Région Souss-Massa

Entretien avec Karim Achengli

« La région fait de nombreux efforts pour améliorer son attractivité »

Entretien avec Karim Achengli, Président de la Région Souss-Massa

Près de deux ans après le début de la crise liée au Covid-19, comment va la Région Souss-Massa ?

Comme beaucoup de pays, le Royaume a été fortement impacté par la pandémie. Personne ne pouvait s’y attendre, et nous avons été touchés de plein fouet. Mais nous pouvons nous estimer heureux de la bonne gestion qui en a été faite au Maroc. Sur les plans économique et financier, nous nous en sortons plutôt bien !

Ceci étant dit, au niveau régional, la situation est plus compliquée. Notre région repose sur trois piliers, que sont l’agriculture, la pêche et le tourisme, et ce dernier a été très fortement touché par la crise. Les deux autres piliers ont permis de limiter les dégâts économiques, mais le contexte reste difficile, avec beaucoup d’hôtels et de restaurants qui ont notamment fermé.

Justement, aujourd’hui encore, la pandémie se poursuit à travers le monde : comment soutenir le secteur touristique, impacté notamment par la suspension de certains vols internationaux ?

Le tourisme international est effectivement le moteur du secteur et une légère reprise avait été constatée cet été, jusqu’à l’arrivée des variants. Depuis, c’est le retour de nombreuses restrictions pour les voyages internationaux. Ce qui est légitime.

Aujourd’hui, la situation reste complexe pour beaucoup de pays, avec une forte remontée des cas, et nous cherchons des solutions pour pallier ces difficultés. Par exemple, nous négocions avec les autorités pour pouvoir autoriser des vols charters en provenance de ces pays et faire ainsi venir des touristes : il ne s’agirait pas de vols commerciaux classiques, mais de vols spéciaux, avec des passagers bien identifiés, testés et suivis tout au long de leur séjour pour prévenir et gérer toute contamination.

Le potentiel touristique de notre région est exceptionnel, avec par exemple la sublime baie de Taghazout, et nous devons tout faire pour soutenir l’ensemble des entreprises du secteur.

Durant cette période, il a souvent été question d’encourager le tourisme interne pour compenser l’absence des touristes étrangers : cette approche est-elle efficace et comment la développer ?

Le tourisme national a pris quelque peu le relais, mais ce n’est pas suffisant. Actuellement, nous ne sommes pas compétitifs pour attirer ce public, en raison des prix élevés. De plus, ce marché concerne essentiellement les vacances scolaires, donc des périodes d’activité ponctuelles pour nous.

Là encore, notre région veut progresser et redevenir une destination privilégiée pour les Marocains. Pour cela, nous devons développer notre offre d’animations touristiques : loisir, culture, sport, etc. La région dispose d’un riche patrimoine que nous devons valoriser. Il y a par exemple 180 km de baies à exploiter pour attirer les touristes ! Par ailleurs, nous travaillons également avec les tour-opérateurs pour proposer des tarifs spéciaux aux familles marocaines, tout en proposant des solutions aériennes pour venir plus facilement. Ce sont là des clés indispensables pour devenir plus compétitifs.

Vous avez également évoqué les secteurs de l’agriculture et de la pêche dans la région : quelles sont leurs perspectives ?

L’agriculture se porte bien et son seul frein, jusqu’à présent, était la problématique du stress hydrique. Cette difficulté est en passe d’être contournée grâce à la mise en place de la nouvelle station de dessalement d’eau de mer. Elle est déjà opérationnelle et son eau est de très bonne qualité. Cela va permettre de sauver toute la filière agricole.

La pêche se porte également très bien : notre région dispose de larges richesses halieutiques et l’activité est restée importante depuis le début de la crise. Pour aller plus loin, il faut valoriser et transformer nos produits en encourageant notamment l’industrie agroalimentaire. C’est un levier important pour la région, car cela crée de l’emploi et de la valeur. Pour l’agriculture comme pour la pêche, les produits marocains sont très demandés et nous devons encore innover pour renforcer cette tendance.

Concernant l’industrie, de nombreuses initiatives ont été lancées ces dernières années, comme le Plan d’Accélération Industrielle (PAI) et notamment la convention relative à la déclinaison de l’écosystème automobile dans la Région Souss-Massa : où en est-on ?

Le PAI, qui avait commencé par notre région, est un vrai succès. Il nous a apporté beaucoup de souffle. Ainsi, le Fonds de Développement Industriel et Agricole a permis de subventionner de nombreux projets et la région a pleinement bénéficié de ce plan. Cela a complètement redynamisé notre chaîne industrielle, après des années de stagnation.

En ce qui concerne l’écosystème automobile, la région a bien avancé, mais elle est pour le moment freinée par le port d’Agadir, qui n’est pas suffisant pour les grands acteurs du secteur. Au-delà de la zone franche, qui comporte de nombreux atouts, nous devons encore faire progresser la logistique pour être totalement au niveau. Et cela passera sans doute par l’agrandissement du port.

Par ailleurs, la région fait de nombreux efforts pour améliorer son attractivité. C’est notamment le cas dans la formation professionnelle avec, par exemple, la prochaine ouverture de la Cité des Métiers et des Compétences de Souss-Massa. Nous pouvons également évoquer notre Cité de l’Innovation, qui est une référence pour contribuer à la recherche et développement des entreprises, ou encore le Technopark d’Agadir, qui peut accueillir 100 startups.

La Région Souss-Massa est marquée par les disparités entre les villes, mais aussi les zones plus rurales : comment remédier à cette situation ?

D’une part, nous accompagnons le programme du Ministère de l’Intérieur contre les disparités régionales, avec son fonds de développement rural. Ainsi, les infrastructures et les équipements sont de plus en plus présents sur l’ensemble du territoire et l’accès des populations aux services essentiels (eau, assainissement, électricité, santé, éducation, etc.) s’améliore considérablement, y compris dans les provinces les plus reculées.

D’autre part, d’un point de vue économique, nous favorisons l’installation des entreprises dans les différentes préfectures et provinces, avec le développement de nouvelles zones industrielles à Taroudant, Tiznit ou encore à Chtouka Ait Baha. Des cimentiers tels que Lafarge ou Ciments du Maroc sont par exemple présents ici. De même, la remise à niveau du petit aéroport de Tata devrait permettre d’attirer de nouveaux investisseurs dans cette province, qui est la plus reculée de la région.

Votre équipe vient d’être élue à la tête de la Région : quelle est votre ambition pour les prochaines années ?

Notre objectif est de soutenir l’économie de la région. Les dernières années ont surtout permis de faire du social et nous souhaitons à présent donner une plus grande impulsion économique pour créer plus de valeur et renforcer notre développement socio-économique.

Il y a deux ans, Sa Majesté a rappelé qu’Agadir et sa région sont au centre du Royaume et que leur développement devait être à la hauteur. C’est une grande responsabilité pour nous, il faut mériter cette place, et nous avons donc beaucoup de travail à mener en équipe !

Propos recueillis par Thomas Brun

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