Portrait – L’entreprise sociale, l’avenir de l’économie sociale et solidaire

Doctorante et Chargée d’études au sein de la Faculté des Sciences Juridiques et Économiques de Casablanca, Meryem Kabbaj est une spécialiste de l’entreprenariat social. Elle croit dur comme fer que l’on peut conjuguer rentabilité et impact social.

Fervente partisane de l’entreprenariat social, Meryem Kabbaj s’est investie très tôt dans le monde associatif. « Depuis 2009, je faisais partie d’un Ceed (Club des étudiants entrepreneurs de demain) de l’Université Hassan II, et ce, dans le cadre de mes activités parascolaires à l’ENCG », se souvient-elle. Une année plus tard, elle se lance en créant l’association Basmat Amal, « afin de redonner le sourire aux personnes dans le besoin. » Meryem est partie de l’idée qu’il fallait connecter les individus : jouer l’intermédiaire entre les populations démunies des bidonvilles et ceux qui avaient les moyens. Bref, utiliser ainsi son réseau de contacts pour une cause humanitaire : « Basmat Amal, c’est aujourd’hui plus de 130 membres et une dizaine d’actions par an partout au Maroc dans le domaine de l’humanitaire, de l’éducation et du médical », ajoute-t-elle.
C’est aux États-Unis que la jeune femme va découvrir le concept d’entreprenariat social, à savoir allier l’entreprenariat et le social, générer des profits et avoir un impact sur la communauté.

« Lors d’un programme d’échange de six semaines aux États-Unis, j’ai visité, entre autres, la Gates Foundation. Depuis toujours, je voulais travailler sur quelque chose qui a du sens. Mon modèle d’entreprise, c’est une structure dont une partie du chiffre d’affaires revient vers les plus précaires », explique-t-elle. Meryem Kabbaj achève son parcours à l’ENCG par l’obtention d’un diplôme dans l’audit et le contrôle de gestion avant de se lancer dans une courte carrière dans ce métier. « En 2014, j’ai décidé de me consacrer à la recherche scientifique dans le domaine de l’entreprenariat social que je couronne cette année avec une thèse de doctorat. »

De l’innovation dans le financement

Meryem rejoint ensuite le Centre Marocain pour l’Innovation et l’Entrepreneuriat Social, une structure dédiée à la recherche de solutions innovantes et entrepreneuriales en vue de répondre à chaque défi social au Maroc. L’organisation a été fondée en 2012 par un groupe de jeunes « enthousiastes à propos de l’idée de mutation sociale au Maroc et convaincus que le soutien aux entrepreneurs sociaux à travers des idées de changement systémique peut offrir des avantages pour le pays et, plus largement, la communauté internationale. » L’entreprenariat social, c’est l’association entre un modèle économique viable et son impact social. Mais, pour Meryem Kabbaj, l’aventure ne fait que débuter au Maroc « C’est une économie encore émergente. Nous nous devons sensibiliser davantage les jeunes sur ce concept même si on assiste à des créations réelles d’entreprises sociales. Un projet de Loi sur le statut de l’entreprise sociale est d’ores et déjà en discussion » Une entreprise sociale peut être une SARL, une coopérative ou un autoentrepreneur. Si l’on retrouve des secteurs économiques classiques comme l’agriculture ou l’artisanat, d’autres domaines comme les énergies renouvelables sont investis. Meryem Kabbaj évoque les défis de l’entreprenariat social, à commencer par le financement. « L’entreprenariat souffre de l’inadéquation entre l’offre financière et les besoins des entreprises. C’est pire pour l’entreprenariat social où l’on n’a pas un retour rapide sur investissement. D’où la difficulté de trouver un business model viable », déplore-t-elle.

Ceci explique l’importance de l’innovation dans l’élaboration de l’idée de projet, mais également dans le mode de financement : crowdfunding, social impact investing…

Au Maroc, ces outils sont pour l’instant à l’état embryonnaire et ne disposent pas de cadre juridique. Mais, la doctorante pense toutefois que les structures classiques de l’économie sociale et solidaire peuvent évoluer vers l’entreprenariat social.

« Cette transition permettra de la viabilité économique et sortira ces entités de l’assistanat. Elle laisse envisager aussi plus d’innovation, la création de choses nouvelles. On passe à une plus grande échelle », conclut-elle, enthousiaste. Cela ne peut faire que du bien à un secteur qui sature avec les mêmes offres alors qu’un peu plus d’innovation ouvrirait bien des perspectives…

Hicham Houdaifa

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