Nouveaux modes de travail

Tour d’horizon des modes de travail alternatifs

Du jour au lendemain, la pandémie de Covid-19 a, au Maroc comme dans le reste du monde, modifié les façons de travailler à partir de mars 2020. Si certains métiers imposaient de continuer à se déplacer sur le lieu de travail, beaucoup de salariés ont été contraints de passer au télétravail. À mesure que la crise se prolongeait, la réflexion a porté sur d’autres modes de travail.

Télétravail, mode hybride, flex-office, ou encore coworking se sont davantage imposés dans le monde de l’entreprise. Tour d’horizon et définitions de ces modes de travail qui pourraient devenir omniprésents dans les années à venir.

Télétravail

S’il était encore largement minoritaire au Maroc comme en Europe, le télétravail est devenu un mode de travail massivement adopté à partir de mars 2020 dans le contexte de la crise sanitaire, qu’il ait été conseillé ou imposé par les autorités. Selon un article publié en mars 2021 par la banque publique française Bpifrance sur le site d’informations La Tribune, cette pratique a été imaginée par le mathématicien américain Norbert Wiener dans les années 1950. Considéré comme le père de la cybernétique, il supervisa à partir de l’Europe les travaux d’un bâtiment situé aux États-Unis.

Le terme de « telework », traduit en télétravail, apparaîtra néanmoins la première fois dans un article du Washington Post en 1972, alors que les moyens de télécommunication se développent. C’est évidemment l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) dans les années 1990 qui permettront d’élargir son adoption. Plus ou moins encadré selon les pays, le télétravail consiste en la réalisation par un travailleur qui se situe hors des locaux de l’entreprise des tâches habituellement réalisées dans ceux-ci grâce aux NTIC. Pour éviter toute déconnexion de la vie de l’entreprise, d’éventuels abus, ou encore pour permettre le financement d’équipements au domicile du travailleur, les règles du télétravail doivent être bien définies au sein de l’entreprise.

Mode hybride

Si la majorité des pays du monde a imposé ou conseillé le télétravail pour limiter les contaminations par le Covid-19 début 2020, les restrictions ont été généralement moins rigides à mesure que la crise se prolongeait. Un mode de télétravail hybride s’est répandu. Il consiste en un temps de travail effectué en partie en télétravail, le reste étant effectué dans les locaux de l’entreprise. En théorie, il permet de tirer parti à la fois des avantages du télétravail et de la présence sur le site de l’entreprise. Car, si le télétravail a souvent été perçu comme positif, il présente aussi des difficultés.

En novembre 2021, le Cigref, une association française représentative des grandes entreprises et administrations publiques dédiée aux enjeux numériques, et Numeum, un syndicat professionnel du numérique, ont publié une étude baptisée « Le mode hybride, vecteur de la transformation de l’organisation du travail et des relations humaines ». Dans sa synthèse, ils rappellent que, à côté des constats « stimulants » des effets du télétravail, celui-ci présente deux écueils principaux : « l’usure naturelle qui touche les équipes en mode distanciel d’une part, et la perte parfois silencieuse du sentiment d’appartenance à un collectif ou une entreprise, d’autre part ». Le mode hybride pourrait ainsi perdurer et dans les activités qui s’y prêtent, ce qui demandera un effort d’organisation au sein des entreprises, en termes d’organisation du temps de travail, d’adaptation des locaux, ou de moyens et de sécurité informatique.

Flex-office

La pandémie et l’adoption massive du télétravail ou du mode hybride qui l’a accompagnée ont poussé les entreprises à la réflexion sur leurs espaces de travail et la manière de les utiliser. Une des tendances qui s’est accélérée avec la crise est le flex-office. Cet étrange anglicisme, qui n’existe pas dans la langue de Shakespeare, désigne un mode de travail où les collaborateurs n’ont pas de bureau dédié. Des emplacements « génériques » sont mis à leur disposition. Dans un article publié début 2021, le quotidien français Les Échos explique que « le concept est loin d’être récent.

Adopté dès les années 1990 par les grands cabinets de conseil dont les collaborateurs passent leur temps chez les clients, le flex est revenu à la mode en France dans les années 2010 ». Il peut permettre la réduction de la surface utilisée par les bureaux de l’entreprise et implique généralement de repenser les espaces communs des salariés et le matériel informatique des travailleurs. Ce partage de bureau peut être organisé via un système de réservation, mais il n’est pas adapté à toutes les fonctions. Il peut également représenter une difficulté pour certains collaborateurs qui préfèrent s’approprier un espace de travail.

Coworking

Avec le coworking, ou cotravail, les entreprises ne sont tout simplement plus propriétaires de leurs bureaux. Les espaces de coworking peuvent accueillir des travailleurs nomades, des indépendants, ou être des lieux partagés par plusieurs entreprises. C’est un système qui est notamment apprécié par les startups, car il peut leur permettre d’éviter d’importantes dépenses pour leurs bureaux, mais aussi de bénéficier des synergies offertes par des espaces communs partagés par plusieurs entreprises innovantes.

En croissance depuis les années 2000, les espaces de coworking peuvent présenter des caractéristiques très différentes : ils peuvent être loués pour une longue ou une courte durée, être des bureaux à part entière ou bien dépendre d’un établissement hôtelier, être adaptés à de grandes entreprises ou au contraire à de petites structures… Ils offrent souvent des services annexes, par exemple de restauration ou de loisirs. Les espaces de coworking semblent avoir pâti de la crise du Covid-19 au moment où les travailleurs étaient obligés ou incités à rester à leur domicile et que les autorités imposaient de fermer les lieux recevant du public. Un article du site d’informations The Conversation publié début 2021 montrait que, en France, « de nombreux [espaces de coworking fragilisés ont connu une baisse de leur fréquentation » alors que le pays est l’un des mieux dotés dans le monde. Mais ils pourraient représenter un mode de travail particulièrement adapté aux travailleurs et aux entreprises qui ont adopté le télétravail, mais souhaitent néanmoins disposer d’un lieu dédié aux professionnels et conserver une certaine flexibilité.

Rémy Pigaglio

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