Nouveaux modes de travail

Le travail à distance, de l’urgence du confinement à la normalité

Le confinement instauré début 2020 a précipité de nombreuses entreprises dans un télétravail forcé et inattendu. Néanmoins, celui-ci s’est souvent pérennisé, employeurs et employés y trouvant de nombreux avantages. Il présente toutefois des inconvénients et nécessite la mise en place d’un cadre clair en concertation avec les salariés.

Le 2 mars 2020, un premier cas de nouveau coronavirus est détecté sur le territoire du Maroc. Alors que le Covid-19 se répand à grande vitesse dans l’Europe toute proche, les autorités appellent le 18 mars à l’« isolement volontaire » avant d’instaurer un confinement dès le 20 mars. Les déplacements sont fortement restreints et les trajets liés au travail sont limités à ceux qui sont absolument nécessaires. Près d’une entreprise organisée sur trois a alors arrêté totalement son activité, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Beaucoup ont décidé de mettre en place, dans l’urgence, le télétravail pour permettre la poursuite de leurs activités.

Les cadres, premiers concernés

Dans une enquête publiée en juillet 2020, le HCP indique que « 28 % des entreprises ont déclaré que le confinement les a poussées à adopter une flexibilité des modalités de travail (télétravail, travail en alternance…) ». C’est en particulier le cas des grandes entreprises qui sont 51 % à choisir cette proposition.

La dynamique concerne avant tout, bien sûr, les entreprises et les fonctions pour lesquelles le travail à distance est possible. Ainsi, à l’échelle de l’ensemble des personnes en situation d’emploi, seulement 16 % ont adopté le télétravail pendant le confinement, toujours selon le HCP. En revanche 62 % des cadres supérieurs ont eu recours au télétravail, que ce soit de manière partielle ou non.

En avril 2020, une enquête du site Rekrute.com, réalisée auprès de 1778 personnes contactées par courriel, illustre l’urgence dans laquelle le télétravail a été instauré. Parmi ceux qui travaillent à distance, 63 % témoignent que leur entreprise a mis en place ce mode de fonctionnement en quelques jours à peine, 22 % en une semaine et 15 % en deux semaines et plus. Un constat qui ne va pas sans des écueils : 57 % confessent avoir rencontré des difficultés techniques pendant des réunions à distance. Ils sont néanmoins 68 % à considérer qu’elles sont plus efficaces.

Une plus grande productivité

Près de deux ans après le début de la pandémie, les habitudes semblent s’installer durablement. Certaines entreprises avaient entamé le chantier du travail à distance bien avant la crise et celle-ci l’a accélérée. D’autres ont saisi l’occasion de cet événement inédit pour s’engager dans la transformation de leurs modes de travail.

Une autre enquête de Rekrute.com, publiée en novembre 2021, a recueilli les réponses de 2 709 personnes présentes dans sa base de données. Parmi les répondants, 48 % indiquent que leur entreprise applique partiellement le travail à distance et 13 % complètement. Ils précisent en outre que, globalement, leur productivité est meilleure avec le télétravail. 67 % considèrent ainsi qu’il s’agit d’un bon mode de travail.

Dans une publication de juillet 2020, l’Organisation des Nations unies montrait l’étendue de l’adoption du télétravail à l’échelle mondiale, même si ce mode de travail ne peut être utilisé que par 18 % des travailleurs. Ses avantages, d’après l’organisation, sont notamment la réduction du temps de trajet et donc des émissions de CO2 et du stress lié au déplacement. Selon les travaux de Jon Messenger, de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), évoqués par l’ONU, le temps optimal de télétravail se situerait entre deux et trois jours par semaine, afin de garantir qu’aucun membre du personnel ne soit dissocié de son équipe.

Risque sur la santé mentale

Le travail à distance présente néanmoins un autre risque important. « Pour les personnes travaillant à domicile, la limite entre le temps consacré au travail et le temps consacré à la vie privée devient floue, augmentant le stress et les risques pour la santé mentale », avertit Susan Hayter, une conseillère technique de l’OIT. Pour nombre d’entre elles, le passage au télétravail a « aggravé le sentiment d’isolement et la perte d’identité et d’objectif », précise-t-elle.

La mise en place réussie du télétravail dépend ainsi de la création de règles claires au sein de l’entreprise et en concertation avec les collaborateurs. L’OIT a d’ailleurs publié un guide pratique du télétravail pour guider les employeurs. Il faut anticiper une nouvelle manière de diriger les équipes, une gestion différente du temps de travail, l’enjeu de la déconnexion, la sécurité informatique, la prise en charge de l’achat du matériel de bureau, l’équilibre entre présentiel et télétravail… Ce qui n’a souvent pas été permis par la soudaineté de la crise, d’autant plus que le Maroc ne dispose encore d’aucun cadre légal dédié au travail à distance.

Rémy Pigaglio

 

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