Maroc : un hub logistique africain en devenir

Le Maroc affiche son ambition de devenir un hub logistique pour l’Afrique. Plusieurs projets sont réalisés et/ou programmés pour le concrétiser. Toutefois, si les enjeux sont importants, le challenge à relever est de taille.

« Nous invitons le gouvernement à réfléchir à la mise en place dans les Provinces du Sud d’un hub de transport aérien desservant l’Afrique. Nous caressons également le rêve de construire une ligne ferroviaire de Tanger à Lagouira, pour relier le Maroc au reste de l’Afrique », a souligné Sa Majesté le Roi Mohammed VI, lors de son discours du 6 novembre 2015 à Laâyoune. Il confirme ainsi la volonté affichée par le Maroc depuis quelques années de devenir le hub de l’Afrique, notamment pour les régions d’Afrique du Nord, de l’Ouest et d’Afrique Centrale.

Pour atteindre ces objectifs, le Maroc dispose d’atouts indéniables. Les plus importants étant sa situation stratégique, ses infrastructures de qualité et la présence de plus en plus marquée des entreprises marocaines en Afrique subsaharienne. Enfin, les flux commerciaux entre le Maroc et le continent africain connaissent une nouvelle impulsion depuis le début de cette décennie. Il existe toutefois une contrainte majeure au développement des échanges avec la région : celle des coûts de transport et de logistique, qui figurent parmi les plus élevés au monde.

Infrastructures dédiées au hub
Pour devenir un véritable hub logistique africain, le Maroc s’est engagé à améliorer ses infrastructures portuaires, aéroportuaires, ses plates-formes et sa connectivité avec le continent en développant les réseaux de transport (terrestre, aérien, maritime et ferroviaire). C’est dans le cadre de cette volonté que Tanger Med a vu le jour. Située au carrefour des routes maritimes, cette plate-forme aura, à terme, une capacité globale de 8,2 millions de tonnes de conteneurs, dont 40 % en continuation vers le continent africain. Le port et la plate-forme logistique MedHub dédiée aux activités logistiques à valeur ajoutée de groupage, de distribution et d’approvisionnement favorisent les échanges avec le continent.
Dans le même sillage, le Port de Dakhla Atlantique est programmé pour impulser une dynamique économique et sociale dans les régions du Sud et, surtout, permettre la transformation d’une large gamme de produits bruts ou semi-finis importés ainsi que leur exportation vers l’Afrique.
En ce qui concerne le transport aérien, après l’aéroport de Casablanca qui relie la capitale économique du Royaume à 31 villes africaines, le Maroc a pour ambition de faire de Dakhla un second hub vers l’Afrique. Cette stratégie vise à faire des régions du Sud un nouveau pôle de développement des échanges entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne. Ainsi, au lieu de transiter par Casablanca, les voyageurs à destination de l’Afrique pourront passer directement par Dakhla avec un gain important en temps et en coût.

Par ailleurs, en l’absence de voies maritimes denses et face à la hausse du trafic routier entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest via la Mauritanie, le Maroc projette de prolonger l’autoroute Tanger-Agadir vers le sud grâce à la réalisation d’une voie express qui reliera Tiznit à Dakhla en passant par Laâyoune. Celle-ci permettra de connecter ces régions avec le reste du Maroc et, surtout, à l’Afrique subsaharienne via la Mauritanie.

Reste que le maillon faible de la logistique en Afrique demeure le volet maritime. Dans ce cadre, certains évoquent la nécessité de créer une joint-venture maroco-africaine en vue de mettre en place une compagnie maritime opérant sur la région.

D’importants challenges à relever
Pour devenir un hub régional, le Maroc doit être, avant tout, un carrefour commercial et financier compétitif. Le pays doit, en outre, agir sur les différents maillons de la chaîne logistique : passage à la frontière, gestion du stock, gestion documentaire, dédouanement, transport local. La fluidité des échanges commerciaux dépend également de la conclusion d’accords de libre-échange avec des blocs régionaux africains et de la mise en place d’un environnement des affaires propice à la circulation des biens, services, capitaux et personnes. Ainsi, pour développer un hub d’approvisionnement vers les pays africains, les opérateurs souhaitent bénéficier des assouplissements douaniers en ne s’acquittant, par exemple, que des droits (droits de douane et TVA) relatifs aux marchandises destinées au marché local, et non sur celles qu’ils doivent réexpédier en Afrique subsaharienne.

Enfin, pour faire du Maroc un hub logistique dynamique, le privé aussi doit jouer sa partition en investissant sur le Transport International Routier (TIR) et particulièrement dans des flottes spécialisées dans le transport de produits périssables (véhicules à température contrôlée). D’où l’intérêt de soutenir la création d’acteurs TIR marocains solides pour accompagner ce hub. Sur ce point, certains opérateurs étrangers commencent déjà à se positionner sur le créneau. C’est le cas du transporteur espagnol San Jose Lopez (SJL) qui prévoit l’implantation d’une plate-forme logistique de 9 000 m2 à Dakhla qui lui servira de hub pour l’Afrique subsaharienne.

Rachid Hallaouy.

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