Maroc-Afrique: La diplomatie royale comme locomotive du business.

Après le politique, le culturel et le religieux, le Maroc met le business au cœur de ses relations avec les pays d’Afrique subsaharienne, notamment francophones, et ce grâce à la diplomatie royale, mise au service du privé. Du coup, les échanges commerciaux progressent à un rythme soutenu et les implantations d’entreprises marocaines, à la recherche de relais de croissance sur le continent, se multiplient sur le continent. La récente visite royale et les multiples conventions signées donnent une idée plus précise sur les opportunités existantes.

C’est un euphémisme de soutenir que le Maroc entretient d’excellentes relations politiques avec les pays d’Afrique subsaharienne, notamment les pays francophones (Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire, Gabon, RD Congo, etc.). Le Royaume affiche une forte présence diplomatique sur le continent qui sert aujourd’hui de pont à sa présence économique dans différents pays. Le dernier périple du Roi dans 4 pays d’Afrique subsaharienne–Mali, Côte d’Ivoire, Guinée et Gabon- illustre la volonté du Royaume de consolider ses relations bilatérales et son ancrage historique et stratégique sur le continent. Un ancrage jusqu’à présent très marqué par les volets culturel et religieux. Ainsi, le Maroc accueille dans ses universités et grandes écoles plusieurs milliers d’étudiants venant d’Afrique subsaharienne contribuant à la formation des ressources humaines et des élites africaines. Au niveau religieux, l’islam sunnite marocain a noué au fil des siècles d’excellentes relations avec les différentes confréries religieuses du continent, notamment les « Tijanes » qui viennent d’ailleurs d’organiser leur 3ème Forum International du 14 au 16 mai 2014 à Fès.
Reste qu’en dépit de ces très bonnes relations, les échanges commerciaux et les investissements demeuraient faible comparativement aux potentialités. Heureusement, cette situation commence à évoluer. La dimension économique n’est plus secondaire et le Maroc prône le « Partenariat sud-sud » avec une diplomatie royale mise au service des opérateurs économiques.
Forte hausse des échanges commerciaux
En effet, depuis son accession au trône, le Roi n’a cessé de multiplier ses visites en terre africaine pour baliser le terrain aux acteurs économiques marocains. D’ailleurs, lors de sa dernière tournée africaine, la délégation royale comptait presque tous les principaux patrons des groupes publics et privés du Maroc. Grâce à ces actions, les échanges commerciaux ont affiché de fortes progressions. Durant la période 2002-2013, le volume des échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne est passé de 3,6 à 16,4 milliards de dirhams, soit une hausse de 4,5 fois. Quelques 950 entreprises marocaines exportent aujourd’hui vers le continent avec un volume d’affaires dépassant les 13 milliards de dirhams offrant un excédent commercial de 9,1 milliards de dirhams au Royaume. Ces exportations sont faiblement diversifiées et comprennent les produits chimiques (26 %), agroalimentaires (23 %), énergie (18 %), produits métallurgiques et mécanique (14,5 %), etc. Les principaux clients sont le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée Equatoriale, la Mauritanie, le Gabon, le Ghana, le Congo, etc.
En ce qui concerne les importations en provenance de l’Afrique subsaharienne, les produits énergétiques (charbon et produits pétroliers) représentent presque 50 % des importations, suivis des produits d’origine animale et végétale (25 %). L’Afrique du Sud, la Guinée Equatoriale, le Gabon, le Nigéria et la Côte d’Ivoire sont les principaux fournisseurs du Royaume au niveau du continent.
Forte présence bancaire
Parallèlement aux échanges commerciaux, Cette nouvelle dynamique de coopération économique offre aux investisseurs marocains de nouveaux relais de croissance. L’internationalisation des entreprises marocaine est aujourd’hui une réalité sur le continent et touche presque tous les secteurs d’activité : Télécom (Maroc Telecom), Banques (Attijariwafa bank, BMCE Bank et Banque Populaire), Assurances (Saham Assurance, RMA Watanya et Wafa Assurance), Ciment (CIMAF), NTI (IB Maroc, HPS, Involys, GFI Maroc, etc.), Mines (Managem, CMT, etc.), Industrie pharmaceutique (Sothéma), BTP (EMT Bâtiment, TGCC, etc.), Formation (ISCAE, HECI, etc.), etc.
Les 3 grandes banques marocaines, couvrant actuellement presque la moitié des pays du continent, rassurent les opérateurs marocains dans leurs relations commerciales avec leurs partenaires subsahariennes et apportent tout l’accompagnement nécessaire (information sur le marché, financement, garantie, etc.) aux entreprises qui souhaitent s’implanter en Afrique subsaharienne.
Grâce à cet appui, le flux cumulé des investissements marocains sur le continent ne cesse de croître pour atteindre 24,2 milliards de dirhams à fin 2013, faisant du Maroc le second investisseur au niveau intracontinental et le premier investisseur africain au sein de l’UEMOA et de la CEMAC. La Côte d’Ivoire est devenue depuis deux ans la destination privilégiée des investissements opérés par les opérateurs marocains en accueillant au cours des années 2012 et 2013 respectivement 52,1 % et 36,7 % des investissements directs marocains en Afrique.

Maroc, hub de l’Afrique
Ainsi, grâce à une approche multi-dimensionnelle, le Maroc affiche aujourd’hui son ambition de devenir un véritable hub pour l’Afrique. La compagnie aérienne nationale, la RAM, est devenu le symbole de cette volonté en assurant la desserte de 30 capitales africaines faisant de Casablanca un véritable hub aérien pour le continent. De même, au niveau maritime, le port Tanger Med se positionne en tant que véritable plateforme portuaire et logistique pour l’Afrique.
Par ailleurs, Casablanca ambitionne de devenir le hub financier de l’Afrique du Nord, de l’Ouest et du Centre avec l’objectif de drainer des capitaux, notamment ceux du Golfe, pour les orienter vers le continent offrant la possibilité aux entreprises de la région de se financer sur cette place financière via le marché bousier et/ou le marché de la dette privée. Dans cette optique, plusieurs firmes internationales se positionnent sur la future place financière de Casablanca pour se développer sur le continent.
Perspectives prometteuses
Dans ces conditions, tout porte à croire que les relations économiques entre le Maroc et l’Afrique devraient croître dans les années à venir. En effet, le doublement de la population africaine à l’horizon 2050 passant de 1 à 2 milliards d’habitants, les mutations dans les modes de consommation, la dynamique de croissance de l’Afrique subsaharienne (5,6 % croissance sur la période de 2000-2008, 5,4 % sur la période 2012-2013) et l’élargissement de la classe moyenne ouvrent des perspectives de croissance importantes pour les entreprises marocaines. Les 91 conventions de partenariat et d’investissement signées par le Maroc et les 4 pays africains visités lors de la dernière tournée royale et touchant divers domaines (agriculture, mines, pêche, fiscalité, formation, coopération industrielle, relations commerciales, protection et promotion des investissements, promotion, etc.) montrent la volonté des pays d’encourager le développement de partenariat gagnant-gagnant dans leurs relations économiques. Ainsi, ce sont plus de 600 accords, conventions et protocoles qui ont été signés entre le Maroc et une quarantaine de pays africains.

L’immobilier, nouveau filon
Ainsi, au niveau des exportations, les politiques sectorielles (automobile, électronique, agroalimentaire, etc.) mises en place au cours de ces dernières années devraient contribuer à la diversification de l’offre exportable marocaine.
Du côté des secteurs promoteurs, le logement social figure en bonne place. Tous les promoteurs immobiliers marocains (Alliances, Addoha, Palmeraie Développement, etc.) se sont positionnés sur le continent où les déficits en logements sociaux sont estimés à plusieurs millions d’unités. C’est dire que le filon est promoteur pour ces opérateurs à un moment où le marché marocain de l’immobilier connaît un certain essoufflement. Alliances a ainsi entamé la réalisation d’un programme de 13 000 logements en plusieurs tranches en Côte d’Ivoire et devrait bientôt démarrer la réalisation d’un pôle urbain de plus de 40 000 unités à Dakar (Sénégal). Idem pour le Groupe Addoha qui réalisera plusieurs projets immobiliers dans plusieurs pays africains : Côte d’Ivoire, Congo, Ghana, Guinée, Mali, etc.
Reste que les opérateurs marocains demeurent encore faiblement présents dans certains secteurs à fort potentiel de croissance et très attractifs comme les infrastructures, l’industrie agroalimentaire, les mines, etc. C’est dire que le potentiel de développement des relations économiques entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne reste immense.

Rachid Alaoui, journaliste

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