L’insertion par le recyclage

L’association Al Ikram, qui s’est distinguée par le passé par des programmes d’accès à l’éducation, a lancé Ressourc’In, une entreprise sociale dont l’objectif est de créer des opportunités de travail écologique pour des jeunes au profil bien particulier.

Mardi 19 juin 2018. Les locaux d’Al Ikram, situés dans le quartier casablancais de Sbata, sont le théâtre d’un évènement particulier. Officiels, journalistes et acteurs associatifs ont été invités à découvrir les heureux gagnants de la Design Contest : un concours mettant en compétition 15 équipes européennes et marocaines, dans le cadre du projet européen Ecostep Youth. Les produits écologiques conçus par les candidats sont le fruit d’un travail de recyclage. Au niveau national, c’est une équipe d’Al Ikram qui a remporté cette compétition. « Nous avons présenté une table et une horloge en papier recyclé. Ce prix consacre le long travail d’une équipe de cinq personnes », explique Abbas El Kanouni, Ambassadeur de l’équipe d’Al Ikram.

Vaincre la précarité par la récupération

Le projet Ressourc’In, initié par l’association Al Ikram depuis octobre 2016 a pour ambition de faire de la valorisation des déchets une solution pérenne pour l’insertion sociale et professionnelle. « Ce projet,en plus d’être un programme de protection de l’environnement, crée également des opportunités d’emplois pour les jeunes sans qualification professionnelle », explique Marine Pointillart, la fondatrice du projet. Les produits imaginés par les jeunes sont vendus et servent ainsi à payer les salaires des bénéficiaires, âgés de 18 à 45 ans. L’association Al Ikram est partie d’un double constat. D’une part, le chômage des jeunes ou encore la précarité des familles habitant les quartiers défavorisés de Casablanca sont un problème endémique. D’autre part, la gestion des déchets urbains dans la métropole est loin d’être optimisée, ce qui crée un grand impact environnemental. Ressourc’In a ainsi pour objectif d’insérer 80 personnes en situation précaire d’ici 2020 grâce à la collecte et la valorisation des déchets plastique et papier. Trente jeunes ont déjà eu accès à une formation à travers quatre ateliers : collecte, design plastique, tissage et papier recyclé. Quinze travaillent actuellement au sein de Ressourc’In. On retrouve parmi les bénéficiaires du programme des jeunes filles, jeunes hommes et femmes en situation précaire.

Le projet s’articule sur trois points essentiels. D’abord des formations techniques apportant les compétences recherchées sur le marché de l’emploi, notamment la maitrise des différentes techniques de transformation et de valorisation de chaque type de déchets. Ensuite, le renforcement des compétences comportementales à travers la formation « Life skills »,qui contribue à consolider la confiance en soi et le savoir-être, l’esprit d’entreprenariat et l’éducation financière. Enfin, le projet inclut un accompagnement social et psychologique individuel assuré par une assistante sociale et une psychologue dans l’optique d’offrir une insertion durable aux bénéficiaires. Les jeunes ont un statut d’auto-entrepreneur à mi-temps et gagnent 2 000 dirhams par mois alors que les agents de collecte sont rémunérés à hauteur de 3 500 dirhams par mois. Les salaires des jeunes reposent sur la commercialisation des produits recyclés sous la marque Koun (K), distribuée sur Koun.ma ainsi que dans des concept stores, situés à Marrakech, Fès, Rabat et Casablanca. Al Ikram compte également ouvrir quatre Eco kiosques à Ben Msik. On y retrouvera des produits sortis en direct des ateliers d’Al Ikram. Des blocs-notes, cartes de visite et feuilles en papier recyclé. Pour ce qui est du tissage, ces points de vente proposeront des pochettes, coussins, sets de table, ceintures, paniers… Quant au design plastique, place aux luminaires et aux meubles fabriqués artisanalement à partir de plastique HDPE recyclé. La matière première est récupérée grâce au travail de collecte des déchets. Depuis début 2017, Koun a collecté et recyclé pas moins de 6,3 tonnes de plastique, plus de 10 tonnes de papier et de cartons. En outre, plus de 300 personnes ont été sensibilisées au tri et à la collecte des déchets.

Mais pour réussir cette belle aventure, l’association a besoin d’entreprises partenaires. « Nous sommes encore à la recherche d’entreprises partenaires aussi bien pour la collecte des déchets que pour l’achat de nos produits. Nos jeunes ne peuvent être payés que grâce à la commercialisation de ces produits », insiste Mme Pointillart. Autre problème, l’insertion des jeunes dans les entreprises se heurte à la réticence des employeurs à cause de leur parcours souvent chaotique, mais également du fait que le domaine du recyclage n’a pas toujours bonne presse.

 

Al Ikram : Plus de 20 ans d’actions associatives

Créée en 1996, l’Association Al Ikram est une ONG reconnue d’utilité publique. Pendant des années, elle a développé des programmes favorisant l’accès à l’éducation et à l’insertion professionnelle mis en place sur Casablanca, particulièrement dans les quartiers périphériques défavorisés (Moulay Rachid, Ben Msik…). Son programme Éducation Non Formelle (ENF) permet aux enfants d’acquérir, en trois ans, les compétences scolaires et comportementales nécessaires à leur insertion sociale et professionnelle durable. Depuis 2001, pas moins de 1 500 élèves ont bénéficié de ce programme qui se fait en partenariat avec les Délégations de Ben Msik, de Moulay Rachid, d’Al Fida, Anfa et de Sidi Bernoussi. Al Ikram apporte également aux familles un accompagnement de proximité incluant accueil, écoute et orientation, ainsi qu’un appui médical, un suivi psychologique et une assistance juridique permanente.

 

 

Hicham Houdaifa

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