L’innovation et la recherche au service des ressources en eau

Confronté à une pluviométrie imprévisible et répartie inégalement selon les régions, le Maroc fait face à une raréfaction de ses ressources en eau. Différentes alternatives ont été mises en place pour assurer sa sécurité hydrique. Quelle est la place de l’innovation et de la recherche dans la gestion de ces ressources?

Le secteur de l’eau potable et de l’assainissement liquide est un secteur vital soumis en permanence à d’importantes mutations sous l’influence notamment des évolutions sociopolitiques, des révolutions technologiques et des pressions économiques. C’est ce qui a amené l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable (ONEE) à suivre de très près ces mutations. L’Office a ainsi mis en place, entre autres, une activité R&D visant à mieux préparer l’avenir dans le cadre d’une approche de développement durable et d’une gestion optimale des investissements.

L’innovation pour améliorer l’exploitation des infrastructures

« Les orientations stratégiques à l’échelle nationale affichent clairement une prise en charge plus systématique des questions de l’environnement et une orientation vers l’utilisation des énergies renouvelables ce qui s’est traduit par le lancement, entre autres, de la charte de l’environnement et du développement durable et de la loi relative aux énergies renouvelables. Ce contexte offre des conditions favorables au développement de la recherche et des oppor- tunités intéressantes pour les chercheurs marocains », explique Abderrahim El Hafidi, Directeur général de l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable.

Aussi, durant les quatre dernières années, plusieurs projets ont été réalisés ou initiés en partenariat avec les universités, les écoles d’ingénieurs et les centres de recherche marocains ou étrangers. L’objectif était de proposer des solutions innovantes pour résoudre des problèmes d’exploitation des installations ou encore afin d’en optimiser le fonctionnement.

Ces projets couvrent tout le cycle de l’eau potable et concernent aussi bien l’amélioration des ren- dements des systèmes d’eau (NRW), l’efficacité énergétique, les systèmes d’assainissement et d’épuration des eaux usées, l’élimination des odeurs dans les stations d’épuration, l’adap- tation des systèmes d’eau aux changements climatiques, l’utilisation des ressources en eau non conventionnelles, la maintenance des équi- pements ou encore les plans de sécurisation des systèmes d’AEP (Abduction d’Eau Potable). Les résultats de ces projets ont ainsi permis de rectifier et d’adapter les spécifications techniques des contrats de l’ONEE, d’identifier les causes et les solutions pour des problématiques d’exploitation, de concevoir des guides techniques de procédés innovants… Par ailleurs, afin de tester des procédés développés et étudier leur adaptabilité au contexte marocain, l’ONEE procède à des essais et des tests pilotes sur site au niveau de ses installations.

Des investissements insuffisants

Selon le rapport 2021 des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, les données et les informations relatives aux demandes et aux utilisations sociales, économiques et environnementales des ressources en eau, sont indispensables à leur compréhension et à leur valorisation.

Pour les auteurs du rapport, changer, de façon inclusive et véritable, la manière dont est évaluée la valeur de l’eau exige de reconnaître le rôle unique des connaissances locales et autochtones, qui viennent s’ajouter aux connaissances scientifiques ou universitaires traditionnelles. Ils recommandent ainsi d’encourager également les sciences participatives et l’implication de représentants locaux dans la validation des données et des informations sur le terrain. « Davantage d’efforts et d’investissements sont donc nécessaires pour alimenter la chaîne d’approvisionnement en données et en informations, de leur collecte à leur application dans différents secteurs et à différentes échelles, en passant par leur analyse et leur partage », recommandent les auteurs du rapport.

Aujourd’hui, tous ceux qui travaillent dans le secteur appellent ainsi à investir davantage dans la recherche et l’innovation afin de faire face au spectre de la pénurie qui menace le Maroc. « Nous sommes en train de prendre conscience que la société de demain est la société du savoir et que les pays qui n’ont pas développé le savoir et l’innovation vont rester en retrait. Cependant, au Maroc, malgré cette prise de conscience, il n’y a pas assez d’investissement dans la recherche et l’innovation dans le secteur de l’eau. Nous avons l’expertise nécessaire et nous disposons de très bons profils, mais se pose encore le problème le financement. Et c’est là un problème qui n’est pas propre à l’eau », déplore Houria Tazi Sadeq, Docteur d’État en droit, présidente de la Coalition Marocaine pour l’Eau, et Gouverneur au Conseil mondial de l’eau.

Dounia Zineb Mseffer

 

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