Les nouvelles ambitions logistiques du Sud

Après avoir développé ses infrastructures principalement au Nord, avec le port de Tanger Med et celui à venir de Nador West Med, le Maroc se tourne dorénavant vers le Sud. Ainsi, plusieurs projets en cours autour de Dakhla, dont l’immense port Dakhla Atlantique, devraient faire de la région un véritable hub logistique tourné vers l’Afrique.

La grande réussite du complexe industrialo-portuaire de Tanger Med est-elle duplicable dans le sud du Maroc ? C’est en tout cas le défi que veut relever la région de Dakhla, porté par le nouveau modèle de développement des provinces du Sud. En ce sens, plusieurs projets lancés ces dernières années concernent des infrastructures de transport et de logistiques, pour constituer un hub de référence aux portes de l’Afrique subsaharienne.

L’immense projet du Port Dakhla Atlantique

Parmi eux, l’immense port de Dakhla Atlantique symbolise parfaitement l’ambition de la région. Situé à 40 km au nord de Dakhla, ce port en eaux profondes sera, comme Tanger Med, adossé à une vaste zone industrialo-logistique de 1 650 ha. Son objectif sera de repositionner toute la région sur les routes maritimes internationales, en attirant plus de flux au Maroc tout en diminuant les coûts de fret. Il devrait être terminé en 2030 et nécessitera un investissement de 12,4 milliards de dirhams.

La voie expresse Tiznit – Dakhla

Pour consolider les liaisons routières, un autre projet concerne la voie expresse Tiznit – Dakhla. Ce chantier, qui devrait se terminer dans les prochains mois, intègre le dédoublement sur 555 km de la route nationale n° 1 entre Tiznit et Laâyoune ainsi que l’élargissement à 9 m de la voie entre Laâyoune et Dakhla sur 500 km. Cet aménagement, d’un coût de 10 milliards de dirhams, permettra d’améliorer la relation commerciale entre le Maroc et la Mauritanie, ainsi que les échanges avec l’Afrique subsaharienne.

De nouvelles zones logistiques

Dans l’optique de renforcer le positionnement du Maroc en tant que hub vers l’Afrique, deux zones logistiques sont prévues pour l’année prochaine à Guergarate et à Bir Gandouz. Mobilisant un investissement de 160 millions de dirhams, ces deux plateformes de 30 ha chacune permettront de renforcer les flux d’import-export entre le Royaume et les pays africains. Leur commercialisation a déjà commencé et, à ce jour, les demandes reçues couvrent 60 % de la surface des deux zones.

En attendant le train

Si le transport multimodal dans la région bénéficiera aussi de l’aérien, avec notamment l’agrandissement programmé de l’aéroport de Dakhla – qui passera de 3 000 à 10 000 m2, il faudra évidemment attendre plus longtemps pour le fret ferroviaire. Dans un « policy paper » publié en septembre 2021, intitulé « Le corridor atlantique au service d’un partenariat UE – Afrique – Méditerranée », Tayeb Ghazi, économiste au Policy Center for the New South, et Fathallah Oualalou, ex-ministre de l’Économie et des Finances, estiment que « le Maroc œuvre avec sérieux pour l’avancement de son corridor commercial entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe occidentale » et que le dispositif ferroviaire y aura toute sa place. Ils rappellent ainsi que le Plan Rail Maroc 2040 consiste notamment à « mettre en place des projets de connexion ferroviaire des nouveaux ports, en ligne avec la stratégie nationale en la matière, et visant à contribuer au développement portuaire, industriel et logistique ». En ce sens, ils estiment qu’« une grande priorité stratégique, aujourd’hui, est la création d’une liaison ferroviaire à grande vitesse entre Tanger et Lagouira. Laquelle créera un corridor de transport commercial à grande vitesse entre les rives de la Méditerranée occidentale et la frontière de l’Afrique de l’Ouest ».

Thomas Brun

Articles à la une