Les jeunes entrepreneurs marocains à succès

Dans l’univers des startups à succès

L’entrepreneuriat jeune avance au Maroc avec, à la clé, de belles success- stories. Des dispositifs de financement et d’accompagnement via incubation existent bel et bien, mais se limitent souvent aux grandes villes. Ces insuffisances bloquent l’émergence d’un véritable tissu entrepreneurial jeune et durable.

Au Maroc, des startups dirigées par de jeunes entrepreneurs innovants ont pu trouver la bonne formule. Que ce soit Freterium, une plateforme collaborative de gestion et de suivi du transport routier de marchandises, Cuimer, qui a lancé un projet de recyclage de peaux de poissons ou encore Robots & More, leader de la robotique pédagogique au Maroc, des startups ont pu développer des activités innovantes et économiquement durables. Ces structures sont également à fort impact social et environnemental. Schoonect par exemple travaille avec les élèves afin de construire leur esprit critique à travers une réflexion scientifique. Isla Pack transforme le papier industriel usagé en boîtes et emballages pour articles de confiserie. Quant à Pip Pip Yallah, elle a misé sur l’économie collaborative, via la première application marocaine dédiée au covoiturage intervilles. Vert et solidaire ! Bienvenue dans l’univers des jeunes entrepreneurs à succès.

Bienvenue au Piafe…

Ces startups ont vu le jour ces dernières années grâce à l’émergence de politiques d’appui aux jeunes entrepreneurs. Des politiques qui n’ont pas toujours été efficaces, mais qui ont le mérite d’exister et de se développer. La dernière en date, le « Fonds d’appui au financement de l’entrepreneuriat », lancé fin janvier 2021, a pour objectif de donner de nouvelles perspectives aux jeunes entrepreneurs. Doté d’une enveloppe globale de huit milliards de dirhams (dont six cofinancés par l’État et le secteur bancaire et deux mis à disposition sans intérêt par le Fonds Hassan II), le Fonds sert à financer le Programme intégré d’appui et de financement de l’entrepreneuriat (Piafe), lancé « pour faciliter l’accès au financement des jeunes porteurs de projets et des très petites entreprises. » Le quart de ce Fonds devrait être dédié au monde rural où les porteurs de projets peuvent bénéficier de crédits à taux bas, plafonnés à 1,75 % (contre 2 % dans les villes). Encore une fois, l’objectif est clair : stimuler la création d’entreprises auprès des jeunes, dans les campagnes comme dans les villes.

Créer de la richesse et des emplois

Le portail Al Moukawala a vu le jour en soutien au Piafe. On peut lire sur le site du portail qu’il « a été conçu pour mieux orienter l’entrepreneur vers les solutions d’appui et d’accompagnement lui permettant de démarrer facilement son projet et faire évoluer son entreprise. Avec un programme qui repose sur trois axes : le financement, l’accompagnement et l’inclusion rurale ». Encore une fois, il est question d’initiatives dont le principal but est de solutionner la « problématique d’accès au financement des entrepreneurs, notamment les jeunes porteurs de projet. »

Au cœur du Piafe, on retrouve « Intelaka », un programme d’appui et de financement destinés aux porteurs de projets, autoentrepreneurs, microentreprises, TPE, entreprises exportatrices vers l’Afrique, jeunes diplômés, mais aussi aux jeunes entrepreneurs du monde rural. Toutes ces structures peuvent ainsi bénéficier d’un financement à des conditions inédites, mais également de garanties, de soutien fiscal et d’une simplification des procédures administratives, notamment douanières. Enfin, le programme Intelaka se décline en différents produits : Damane Intelak (pour les autoentrepreneurs, micros & TPE, informel, petites entreprises exportatrices vers l’Afrique et jeunes diplômés), Damane Intelak Al Moustatmir Al Qarawi (entrepreneurs ruraux) et Intelak financement des Start-TPE.

Freins et insuffisances

Ce n’est pas la première fois que des initiatives de la sorte visent de jeunes entrepreneurs en quête d’expansion. Tout a commencé en 1987 avec le lancement du programme Crédits « jeunes promoteurs » dont les parties prenantes étaient l’État et les établissements bancaires. Sa mission : encourager les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur ou professionnel à créer des entreprises grâce à des conditions de financement très avantageuses. D’autres programmes ont suivi comme Moukawalati (entre l’État et l’Anapec) ou d’autres initiatives privées comme celle de l’Association des Femmes Chefs d’Entreprises du Maroc (AFEM) visant à promouvoir l’entrepreneuriat féminin.

Le rapport, « L’entrepreneuriat des jeunes au Maroc : freins et motivations » apporte un précieux éclairage sur le rapport des jeunes à l’entrepreneuriat. Cette étude a été publiée en avril 2020, dans le cadre des Documents de la recherche de l’Observatoire de la recherche économique (Drofe). Ses rédacteurs se sont donné comme objectif « de mieux caractériser le phénomène de l’entrepreneuriat chez les jeunes au Maroc, un pays où cette catégorie de la population est fortement exposée au chômage. » Menée auprès de 455 jeunes de 15 à 24 ans, elle a également permis d’identifier les principaux obstacles à l’entrepreneuriat, qui représente un véritable moyen d’insertion professionnelle des jeunes.

Selon cette enquête, c’est le manque de capital de départ qui constitue l’obstacle majeur dans le processus d’entrepreneuriat pour les jeunes. Il est cité par 75,31 % des jeunes non-entrepreneurs. Viennent ensuite d’autres raisons : le manque d’expérience professionnelle, l’absence de connaissances et de compétences en entrepreneuriat, les contraintes administratives, le manque de conseils et d’orientation ainsi que le manque de relations professionnelles. Tous ces obstacles ont également pour conséquence un manque de préparation des porteurs de projets afin de rendre leur idée plus pertinente et surtout durable.

L’étude confirme aussi des constats relevés dans d’autres études : la création d’entreprise concerne davantage les hommes que les femmes. Le rapport « Global Entrepreneurship Monitor Morocco » publié en 2017 estime qu’il y a trois plus d’hommes que de femmes parmi les entrepreneurs. Deuxième constat important de l’étude : la majorité des entreprises créées est concentrée sur les deux régions de Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat.

La solution par l’incubation !

Les deux régions, poumons économiques du Maroc, offrent, en plus des opportunités de financement les plus avantageuses, une possibilité d’être accompagnés par les meilleurs incubateurs du pays. À Casablanca, l’espace Bidaya propose depuis 2015, un accompagnement de qualité qui a permis à des dizaines de startups d’installer durablement leurs business. Porté par le réseau international Groupe SOS Pulse, Bidaya peut s’appuyer sur l’expérience de ce réseau (créé il y a plus de 35 ans), afin de contribuer à la professionnalisation et au développement de l’entrepreneuriat social. Pour être éligibles au programme d’incubation, les structures doivent présenter un projet à impact social ou environnemental. Ainsi, l’espace se définit comme « spécialiste des startups en amorçage et de l’innovation sociale, environnementale et technologique, accompagne les entrepreneurs (es) dans l’élaboration et le développement de leurs projets d’entreprises à fort impact social ou environnemental. » Bidaya opère en effet à travers quatre volets de soutien : inspiration, financement, évaluation et incubation. Il compte trois catégories de partenaires : les experts métiers, les grands groupes ainsi que des partenaires associatifs. Enfin, l’espace propose une méthodologie d’accompagnement qui s’est avérée bénéfique pour le développement de nombreux projets. Élaboration du business modèle, stratégie marketing, gestion de projets, constitution d’équipe, suivi stratégique individualisé, mises en relation, open innovation, mentorat, espace de coworking, soutien à la levée de fonds…

Bidaya offre tout ce qu’il faut pour la réussite des structures en stade d’amorçage.
Bidaya n’est qu’un exemple d’incubateurs parmi d’autres. À Rabat, Enactus, une structure plus ancienne lancée en 2003, a accompagné plus de 20 000 étudiants ainsi que, chaque année, 200 projets de développement durable.

Rattaché à l’Université Mohammed VI Polytechnique, U-Founders accompagne étudiants, chercheurs et entrepreneurs appartenant à l’écosystème de l’université afin de les transformer en chefs d’entreprise. Le programme d’accompagnement et de financement 212 Founders de CDG Invest s’adresse quant à lui aux entrepreneurs à haut potentiel pour faire émerger des startups d’envergure mondiale à partir du Maroc en s’appuyant notamment sur un réseau de mentors externes ayant un haut niveau d’expertise et des conseillers dotés de parcours d’entrepreneur. Puis, il y a Impact Lab, La Startup Factory, Afriquia 50 Sprints…

Toutes ces structures ont, en grande partie, contribué à l’émergence de ces startups à fort potentiel. Des bonnes pratiques qui gagneraient à être développées par les pouvoirs publics afin d’accompagner efficacement ces milliers de jeunes porteurs de projets en particulier dans les régions où ces incubateurs n’existent pas, en dehors de l’axe Casablanca-Kénitra. Le Programme intégré d’appui et de financement de l’entrepreneuriat (Piafe) peut offrir cette opportunité afin d’éviter une prise en charge à plusieurs vitesses des jeunes entrepreneurs.

Hicham Houdaïfa

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