Zoom sur les grands projets des Provinces du Sud

77 milliards de dirhams d’investissements à l’horizon 2020

La nouvelle stratégie de développement des Provinces du Sud est dotée d’une enveloppe de 77 milliards de dirhams dédiée à la réalisation de grands chantiers. Objectif : créer 120 000 emplois et doubler le PIB régional. Inventaire des projets en cours de réalisation.

Lancés en novembre 2015, à l’occasion du 40e anniversaire de la Marche Verte, les grands chantiers de développement des Provinces du Sud s’inscrivent dans la stratégie Sud-Sud initiée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI depuis son accession au trône. Cette stratégie vise à faire de cet ensemble régional un hub économique servant de « trait d’union » industriel et commercial avec le reste du continent africain. 77 milliards de dirhams d’investissements ont été répartis entre le secteur privé (42 milliards de dirhams), l’État (30,7 milliards de dirhams) et les collectivités territoriales (4,7 milliards de dirhams).

Les provinces du Sud regorgent de potentiels. Leur mise en valeur, associée à une dynamique d’industrialisation, doit, dans un horizon proche, permettre à ces régions de se hisser au rang de pôles de compétitivité économique capables de concurrencer l’attractivité des régions du nord du pays. Ces grands chantiers socio-économiques doivent également permettre de diviser par deux le taux de chômage, qui se maintient autour de 24 %, selon les chiffres du dernier recensement produits par le HCP. Plusieurs secteurs ont été identifiés comme leviers de développement.

Pêche et aquaculture : 4 milliards de dirhams d’investissements pour près de 8000 emplois directs

Principale ressource de cette zone, la pêche est l’un des secteurs les plus dynamiques. Deux grands domaines sont concernés : l’aquaculture et la valorisation des captures. 6 projets de valorisation des petits pélagiques (sardines, maquereaux, anchois) sont prévus à Dakhla pour un investissement total de 1,2 milliard de dirhams et 4300 emplois créés. À cela s’ajoutent 2,8 milliards de dirhams investis dans le secteur aquacole au sein de trois zones de la région Dakhla-Oued Eddahab et 3500 emplois créés.

Phosphates : 18,8 milliards de dirhams d’investissements pour 1200 emplois directs

C’est l’un des programmes phares du nouveau modèle de développement des provinces du Sud. L’objectif est de valoriser le site déjà existant de Phosboucraâ et de renforcer la compétitivité de l’offre phosphatière marocaine en Afrique. Les investissements doivent permettre l’intégration complète de la chaîne de valeur, de la mine à l’exportation. Le but est de « ne plus déplacer la production à El Jadida pour la valoriser, mais de créer de la valeur sur place et, surtout, la garder sur place », selon Mustapha Terrab, PDG du Groupe OCP. Au programme : stockage et traitement des phosphates, mise en place de nouvelles usines et construction d’un port pour exporter la production, pour un investissement de 16,8 milliards de dirhams.

À cela s’ajoute la construction d’une technopole à Foum El Oued, pour un investissement de 2 milliards de dirhams, qui comprendra une université, un lycée d’excellence et un centre de qualification de compétences.

Agriculture : 15 millions de dirhams de valeur ajoutée annuelle pour plus de 11 000 emplois créés

Selon le Ministre de l’Agriculture et de la Pêche Maritime, Aziz Akhannouch, l’objectif des politiques agricoles menées dans les Provinces du Sud est de doter ces régions d’avantages compétitifs décisifs en leur offrant notamment une avance de deux à trois semaines sur le calendrier de production par rapport à la Région du Souss-Massa-Drâa. Cela passe notamment par la valorisation des terres en cultures maraîchères sous serre : 5 000 hectares à Dakhla pour un coût de 1,3 milliard de dirhams et 1000 hectares à Boujdour pour une enveloppe de 465 millions de dirhams. 50 projets d’agriculture solidaire doivent également être créés dans la région de Laâyoune pour un montant de 1,1 milliard de dirhams.

L’irrigation sera assurée par une usine de dessalement d’eau de mer, implantée aux environs de Dakhla, d’une capacité de production de 10 000 m3 par jour, soit près de 36 millions de m3 par an. Fruit d’un partenariat public-privé, le projet représente un investissement estimé à 1,3 milliard de dirhams. Le délégataire, en charge de l’exploitation pour une période de 30 ans, sera choisi courant 2017, après un appel à manifestation d’intérêt lancé par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime. L’usine devrait être opérationnelle en 2020.

Tourisme durable : 2 milliards de dirhams d’investissements pour 800 emplois directs

Le tourisme est un secteur porteur. Les Provinces du Sud disposent d’atouts naturels qui allient balnéaire et désert, lui garantissant de devenir un vrai pôle touristique, au-delà de l’attraction première des sports extrêmes dans la ville de Dakhla. Le programme de développement touristique se décline en 84 projets autour de la mer, du désert et de l’écologie. Parmi eux, un pôle écotouristique verra le jour dans la région de Dakhla Oued-Eddahab pour un montant de 581 millions de dirhams.

Énergies renouvelables, la part belle à l’éolien

Les énergies renouvelables sont le secteur qui commence à drainer les investissements étrangers vers les Provinces du Sud. La région, qui jouit d’un potentiel énergétique considérable, ambitionne de devenir un hub des énergies renouvelables au niveau national et international.

La région de Laâyoune Sakia El Hamra est déjà leader de la production d’énergie éolienne à travers la réalisation de trois projets lancés par l’ONEE, le Holding Nareva et Italcementi. Ces projets ont permis la production de 557,25 MW d’énergie électrique propre.

Le Holding Nareva a finalisé le financement du parc éolien de Boujdour d’une capacité de 201,6 MW pour un investissement total de 4 milliards de dirhams. En préparation également, la construction sur 250 km d’une ligne électrique de 400 kV pour raccorder le parc éolien au poste de l’Office National de l’Électricité et de l’Eau potable (ONEE) de Laâyoune en passant par la ville de Boujdour. En outre, des centrales solaires photovoltaïques sont programmées à Laâyoune (80 MW) et Boujdour (20 MW).

Pour rappel, le Maroc, dépendant encore de ses importations d’énergies fossiles, ambitionne de produire 2000 MW, soit 42 % de ses besoins en énergie, grâce aux énergies solaire et éolienne d’ici 2020 (un objectif porté à 52 % à l’horizon 2030).

La gestion durable des ressources en eau

Eau potable, eau d’irrigation, protéger la région des inondations, l’eau est au cœur des préoccupations des Provinces du Sud. En plus de la station de dessalement d’eau de mer de Dakhla, un barrage sera construit sur l’Oued Noun pour un investissement de 800 millions de dirhams.

En février 2016, le Roi Mohammed VI a inauguré, au port de Dakhla, la barge de désalinisation d’eau de mer « Oued Massa ». Cette barge permettra de produire de l’eau potable pour les zones confrontées à la pénurie d’eau et dépourvues d’infrastructures portuaires. D’une capacité de 1 500 mètres cubes par jour, elle alimentera 75 000 personnes en eau potable, à raison de 20 litres par habitant.

Infrastructures : améliorer la connectivité des réseaux

Le développement de la connectivité avec le reste du Royaume est l’une des priorités des investissements qui seront réalisés dans les infrastructures. 8,5 milliards de dirhams seront dédiés au réseau routier. Une voie express atlantique, reliant Tiznit et Laâyoune (555 km), sera construite pour un investissement de 6,2 milliards de dirhams. Cette voie express sera complétée par l’élargissement de la route nationale n° 1, entre Laâyoune et Dakhla avec un budget de 2,3 milliards de dirhams.

Les grands chantiers de développement des Provinces du Sud visent à faire de cette région une plateforme d’exportation vers l’Afrique. La construction du nouveau port Dakhla Atlantique, à 70 kilomètres au nord de la ville, doit servir cette ambition. En perspective, le développement d’activités de transformation de produits et leur exportation vers le continent africain venant ainsi enrichir l’offre portuaire marocaine avec Tanger Med. Le port Dakhla Atlantique en eau profonde et sa zone logistique nécessiteront un investissement de 6 milliards de dirhams.

Pour ce qui concerne les télécoms, 1 milliard de dirhams seront alloués à l’amélioration de la couverture ainsi qu’aux nouvelles technologies, parmi lesquelles la fibre optique. Par ailleurs, la ville de Dakhla sera reliée au réseau électrique national pour un coût de 1,7 milliard de dirhams.

Autre projet d’infrastructure, la création d’un CHU dernier cri à Laâyoune pour un montant de 1,2 milliard de dirhams. Cet établissement, qui constituera un centre hospitalier de référence dans la région, offrira des prestations de dernière génération. Le CHU comprendra 500 lits et proposera des pôles d’excellence dans diverses spécialités (mère-enfant, oncologie, psychiatrie, urgences).

 

 Margot Chevance

Le secteur privé s’y met
La CGEM a annoncé le lancement 56 projets d’investissement privé dans les Provinces du Sud. Ces projets couvrent divers secteurs, notamment l’agro-industrie, le transport, le commerce et la distribution, l’énergie, l’industrie, le BTP, la pêche, la santé ou encore les services et l’immobilier. Ces projets, qui représentent au total un montant de 5,4 milliards de dirhams, pourront générer jusqu’à 10 000 emplois. Les investisseurs s’engagent à impliquer des entreprises locales dans ces projets. Parallèlement, le programme global de développement des Provinces du Sud de la CGEM prévoit 1 milliard de dirhams pour la promotion de l’emploi et l’appui aux entreprises exportatrices.

 

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