Les enjeux de l’ubérisation du travail

Les travailleurs indépendants sont généralement au centre de l’ubérisation et cette tendance devrait se renforcer dans les années à venir. Leur existence est loin d’être nouvelle au Maroc, mais elle relève souvent de l’économie informelle. Ce statut doit donc être reconsidéré au regard des nouveaux enjeux.

Artisans du bâtiment, chauffeurs, livreurs, mais aussi traducteurs, infographistes ou même conseillers juridiques : nombreux sont les métiers déjà concernés par l’ubérisation au Maroc. En s’inscrivant sur des plateformes en ligne, ils deviennent travailleurs indépendants et gèrent leur activité comme ils le souhaitent. Toutefois, contrairement aux salariés, leur statut est souvent ambigu et pose des questions quant à la pérennité du système.

Sortir de l’informel

A la différence d’autres pays, l’ubérisation n’est pas perçue comme précarisant le marché de l’emploi au Maroc. En effet, les travailleurs concernés sont souvent habitués à l’économie informelle et les plateformes en ligne les amènent à officialiser leur situation, tout en leur donnant un cadre pour se développer. En ce sens, le statut d’auto-entrepreneur, lancé en 2015, remporte un grand succès chez les prestataires référencés en ligne.

Protéger les indépendants

Ce nouveau fonctionnement semble satisfaire toutes les parties, et notamment les entreprises qui peuvent bénéficier de prestataires peu coûteux et flexibles. Mais la situation des travailleurs indépendants reste précaire et c’est donc tout le système qui se retrouve fragilisé. Le statut d’auto-entrepreneur est limité en termes de chiffres d’affaires et les dispositions pour une couverture sociale ne sont pas encore satisfaisantes.

Plus généralement, la question de la flexibilité du travail et de la protection sociale se pose dans le cadre des futures politiques menées par le Maroc. En ce sens, le Conseil Economique, Social et Environnemental s’interrogeait lors d’un atelier en mai dernier sur les « dimensions sociales d’une politique industrielle marocaine dynamique, durable et inclusive ». Conscient que « nous sommes en présence d’un environnement dans lequel des emplois nouveaux et de nouvelle nature vont être créés, plaçant le numérique au coeur de toutes les préoccupations », le Conseil a lancé les bases d’une réflexion sur le modèle à adopter. Selon lui, « il est possible de concilier la flexibilité et une protection sociale active, à condition de ne pas isoler ces dimensions du modèle socio-économique général dans son évolution historique »*.

En d’autres termes, le Maroc doit adapter son modèle pour bénéficier pleinement des opportunités de la nouvelle économie, tout en prenant en considération la protection des travailleurs, dans toute leur diversité.

 

Thomas Brun 

 

* Document du Conseil Economique, Social et Environnemental, relatif à l’atelier « Dimensions sociales d’une politique industrielle marocaine dynamique, durable et inclusive » du 5 mai 2017.

Articles à la une