Les énergies renouvelables pour réduire la dépendance énergétique

Étant donné que 90 % des besoins en énergie du Maroc sont couverts par des importations, l’État s’est engagé ces dernières années à réduire fortement la dépendance énergétique vis-à-vis de l’extérieur. L’accent est mis sur le mix énergétique.

Si l’énergie issue des centrales thermiques reste très dominante, la production d’énergie via l’hydroélectrique et les autres énergies renouvelables (solaire et éolien) est en pleine expansion. La nouvelle politique énergétique accorde la primauté aux énergies renouvelables qui devraient représenter 42 % du mix énergétique du pays à l’horizon 2020. Une politique nécessaire pour réduire la dépendance énergétique et la facture abyssale des importations des produits comme le pétrole, le fuel, le charbon ou le gaz.

Ne disposant pas de charbon et encore moins de pétrole, le Maroc dépendait principalement, jusqu’à un passé très récent, des importations qui couvraient plus de 95 % de ses besoins énergétiques (97 % des besoins couverts par les importations en 1998). L’hydroélectrique, malgré un nombre élevé de barrages (environ 35), ne contribue que faiblement à la satisfaction des besoins en électricité du pays. En effet, les barrages sont dédiés à la rétention d’eau, en vue du développement de l’agriculture irriguée. Ainsi, la grande majorité de l’électricité produite au Maroc provient des centrales thermiques alimentées par du charbon ou des hydrocarbures.

Les énergies renouvelables devraient représenter 42 % du mix énergétique du pays à l’horizon 2020

Fortement dépendant des importations, le Maroc se trouve à la merci des évolutions erratiques des prix mondiaux des produits pétroliers. De plus, du fait d’une industrialisation accrue, de l’augmentation de la population et de l’équipement des ménages en appareils électriques, la demande énergétique ne cesse de croître. Entre 2003 et 2013, celle-ci a enregistré une hausse annuelle moyenne de 6,5 %. La demande a donc doublé, passant de 16 800 GWh en 2003 à 32 015 GWh en 2013. La tendance ne devrait pas ralentir avec les nombreux projets lancés, ou en cours de lancement, dans le cadre des écosystèmes industriels autour de l’automobile (Renault à Tanger, PSA à Kénitra), des phosphates ou encore des cimenteries. Et, avec une demande qui croît entre 6 et 8 %, il faudra compter sur un doublement des besoins en électricité sur la prochaine décennie.

Une lourde facture énergétique
Cette dépendance énergétique vis-à-vis de l’extérieur coûte cher au Royaume. Évoluant en fonction des cours des matières premières, la facture a atteint 63,7 milliards de dirhams en 2010, 86 milliards en 2011, 106,6 milliards en 2012, 102 milliards en 2013 et plus de 90 milliards de dirhams en 2014, soit, en moyenne, l’équivalent d’une ponction sur le Produit Intérieur Brut de plus de 8 % au cours de ces dernières années. Face à cette situation et encouragé par la volatilité des cours des énergies fossiles (avec une tendance haussière au début de cette décennie), le Maroc a mis en place une véritable politique de diversification de ses sources énergétiques. Ainsi, la nouvelle stratégie énergétique vise à sécuriser l’approvisionnement électrique, dans un contexte de forte hausse de la demande, et à contribuer à diminuer les émissions à effet de serre en accordant une attention particulière aux énergies renouvelables. Pour atteindre ces objectifs, le Royaume compte porter la puissance installée des énergies renouvelables à plus de 4000 MW à l’horizon 2020, soit 42 % du mix énergétique du pays.

100 milliards débloqués pour le solaire et l’éolien
Partant avec cette nouvelle politique énergétique (qui couvre la période 2009-2020), le pays a lancé des plans solaire et éolien pour un investissement, à parts égales, de plus de 100 milliards de dirhams. Pour accompagner ce programme d’investissement, un nouveau cadre législatif dédié aux énergies renouvelables a été mis en place (loi n° 13-09). De même, l’État a créé plusieurs institutions pour accompagner le développement des énergies vertes, dont l’ADEREE (Agence pour le Développement des Énergies Renouvelables et de l’Efficacité Énergétique) et l’agence MASEN (Morrocan Agency for Solar Energy) devant gérer le programme solaire de 2000 MW à l’horizon 2020. En outre, afin de soutenir le développement de ce secteur, l’État a lancé un fonds de développement énergétique doté d’un capital d’un milliard de dollars (environ 9,5 milliards de dirhams). Il a également créé la Société d’Investissements Énergétiques (SIE), disposant d’un capital d’un milliard de dirhams dédié aux énergies renouvelables. Par ailleurs, l’ONEE a initié un programme intégré éolien de 1000 MW à l’horizon 2020.

Le privé se met (aussi) au vert

Conformément à la loi 13-09, l’État a autorisé les industries énergivores (ciment, sidérurgie, etc.) à créer des parcs éoliens afin de couvrir leurs besoins. Aujourd’hui, les capacités installées par le secteur privé dépassent les 400 MW. Précurseur dans ce domaine, Lafarge Ciments produit actuellement plus de 80 % de sa consommation énergétique via son propre parc éolien. Pour encourager cette autoproduction, qui était auparavant limitée à 50 MW, l’État a supprimé ce seuil pour les très gros consommateurs d’électricité, tout en facilitant leur accès au réseau de transport.

Un fort potentiel naturel
Avec plus de 5 kWh/m2/jour en moyenne et plus de 3000 heures d’ensoleillement par an, le Maroc dispose d’un fort potentiel en matière d’énergie photovoltaïque. En 2009, le Plan Solaire Marocain (PSM) 2010-2020 a été dévoilé à Ouarzazate. Piloté par l’agence MASEN, le plan a pour objectif de produire 2000 MW à l’horizon 2020, pour un investissement global de 74 milliards de dirhams. Le PSM se matérialisera par la création de cinq centrales à Ouarzazate, Aïn Béni Mathar, Foum Loued, Boujdour et Sebkhat Tah. La plus grande centrale, baptisée Noor, d’une capacité de 500 MW, est en cours de réalisation dans la région de OuarzazateNoor Ouarzazate. Le projet est scindé en trois tranches (Noor I, Noor II et Noor III). Noor I, d’une capacité de 161 MW, a commencé à produire ses premiers MW en 2015.
L’éolien offre également un potentiel extraordinaire, estimé à 25 000 MW. Un programme a été lancé pour la période 2010-2020 pour un investissement d’environ 31,5 milliards de dirhams. Ce programme vise à réaliser plusieurs parcs éoliens dans différents sites du pays : Khoudia Al Baida, Tarfaya, Akhfenir, Tanger, Tétouan, Taza, Tiskrad, Boujdour, Jbel Khalladj, etc. Si l’on tient compte d’une puissance électrique installée de 280 MW, les différents projets devraient permettre une production éolienne supplémentaire de 1720 MW à l’horizon 2020.
Parallèlement à l’éolien et au solaire, le Gouvernement prévoit également de renforcer l’apport de l’énergie hydraulique. L’objectif affiché est de porter la capacité de production de l’énergie hydroélectrique à 14 % de la production totale à l’horizon 2020. Outre la construction du complexe de Mdez El Menzel, d’une puissance de 170 MW, il est aussi prévu de réaliser une Station de Transfert d’Énergie par Pompage (STEP) de 350 MW sur le barrage d’Abdelmoumen, près d’Agadir. Enfin, toujours dans le cadre du mix énergétique, l’État compte porter la puissance installée au niveau de la biomasse énergie à 144 MW à l’horizon 2020.

Des résultats tangibles
Aujourd’hui, cette nouvelle politique énergétique se matérialise progressivement grâce à d’importants projets aussi bien solaires, éoliens qu’hydroélectriques. Preuve que ces politiques commencent à produire leurs effets, à fin 2013, la part de l’éolien dans le mix énergétique national était de 4,2 % contre 2,3 % en 2012. En ce qui concerne l’hydroélectrique, cette proportion était de 9,2 % en 2013, contre 5,6 % en 2012. Grâce aux investissements engagés dans les énergies renouvelables, le Maroc devrait réaliser une économie annuelle estimée à 1,5 million de tonnes d’équivalent pétrole, et réduire ainsi ses émissions de CO2 de 5,6 millions de tonnes/an. Le Royaume dispose, en outre, de sources énergétiques compétitives et stables qui offrent une visibilité sur la facture énergétique, source majeure de déséquilibre pour la balance commerciale du pays.

Tout en mettant l’accent sur les énergies renouvelables, l’État n’abandonne pas la production d’énergie via les centrales thermiques. Ainsi, au cours de 2014, Taqa Morocco a mis en service deux unités d’une puissance de 2×350 MW à Jorf Lasfar. De même, deux centrales thermiques verront le jour à Safi et Jerada, respectivement dotées d’une capacité de 1 386 MW (2×693 MW) et de 350 MW. La centrale de Safi va nécessiter un investissement de 2,6 milliards de dollars.

Des économies grâce à l’efficacité énergétique
L’efficacité énergétique fait partie intégrante de la nouvelle politique énergétique du Royaume, dont l’ambition est d’économiser 12 % de l’énergie consommée à l’horizon 2020 et 25 % à l’horizon 2030. Dans ce cadre, différents programmes ont été lancés et pilotés par l’ADEREE. Certaines banques proposent aux entreprises, avec le soutien d’institutions européennes, divers instruments de financement dans le domaine de l’efficacité énergétique.

L’intégration industrielle
Reste que si les énergies renouvelables constituent une alternative sérieuse pour réduire la dépendance énergétique du Royaume, il n’en demeure pas moins que les interconnexions (comme c’est le cas avec l’Algérie et l’Espagne) et l’intégration des marchés et des réseaux électriques méritent d’être renforcées. Actuellement, 16 à 17 % des besoins en électricité du Maroc sont assurés par des importations d’Espagne et d’Algérie. Du fait des coûts élevés des investissements et de l’étroitesse du marché local, il est également essentiel d’agir dans une optique régionale des investissements.

Les plans solaire et éolien, incluant le principe d’intégration industrielle dans les contrats, peuvent stimuler l’implication des entreprises locales dans la réalisation d’infrastructures à forte valeur ajoutée et contribuer aussi à la dynamisation de la formation professionnelle. Ces industries pourraient représenter jusqu’à 5 % du PIB de la valeur totale des biens produits à l’horizon 2020. 

Encadré

L’après 2020 : une feuille de route en gestation

Le Ministère de l’Énergie et ses organismes de tutelle devraient bientôt présenter l’ébauche de la nouvelle politique énergétique. Celle-ci aura pour objectif de relever la part de puissance fournie par les énergies renouvelables, et ce, dans le but de réduire encore plus la facture des importations de produits énergétiques. En outre, la nouvelle mouture devrait également apporter des corrections au niveau de la stratégie de développement de l’énergie solaire, notamment en ce qui concerne le programme piloté par l’ONEE qui enregistre un retard considérable.
Au niveau règlementaire, le réseau électrique de moyenne tension a été ouvert cette année de manière effective à la production de sources renouvelables. La feuille de route devrait améliorer le cadre règlementaire afin d’encourager le secteur privé à produire de l’électricité via les énergies renouvelables et offrir davantage de garanties aux investisseurs.Enfin, la nouvelle politique énergétique en gestation sera marquée par la mise en place de l’Autorité Nationale de Régulation de l’Électricité (ANRE) qui va compléter le dispositif institutionnel du secteur.

 

Par Rachid Hallaouy

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