Les crédits bancaires au ralenti

Si certains indicateurs des résultats bancaires affichent encore de la croissance, il n’en reste pas moins que leur évolution n’a plus rien à voir avec celles des années précédentes.

D’ici la fin du mois de mars, toutes les banques auront communiqué leurs résultats. C’est alors que l’on saura avec davantage de précision comment s’est comporté le secteur bancaire en 2015. Mais d’ores et déjà, les chiffres publiés par Bank Al-Maghrib et d’autres établissements du GPBM, parvenus à la presse, permettent de dégager les tendances fortes de l’année.

Une croissance historiquement faible
Si l’on considère uniquement les chiffres sur l’année 2015, le PNB du secteur a connu une croissance de 1,9 %. De même, la somme sectorielle globale des résultats nets part du groupe a progressé de 4,8 %. « Cependant, toutes les banques n’ont pas connu les mêmes dynamiques. Certains groupes bancaires ont vu leur PNB – produit net bancaire – en repli (Attijariwafa bank et BMCI) alors que d’autres dépassent les 3 % voire 5 %, car ils ont été plus exposés que d’autres à certaines sociétés opérant dans des secteurs en difficulté (raffinage, immobilier et sidérurgie, etc.) » , nuance Saâd Rguig de Sia Partners, Casablanca.

Globalement, le marché bancaire a évolué du point de vue des dépôts en s’affichant à 751 milliards de dirhams (+5,4 %). CIH Bank est le numéro 1 en terme de taux de croissance des dépôts avec une hausse de 12,6 %, alors que le marché a enregistré une progression de 5,6 %. La Banque Populaire (27,3 %), Attijariwafa bank (24,5 %) et BMCE (14,1 %) tiennent le haut du pavé pour ce qui concerne les parts de marché, avec une mention spéciale pour cette dernière, qui réalise la meilleure performance parmi le trio de tête grâce à une croissance de 8 %. « Toutefois, il est à noter que la captation des dépôts ne constitue plus un véritable enjeu pour les banques. Ou plus exactement, l’enjeu n’est plus aussi crucial qu’auparavant. La conjoncture fait qu’il n’y a plus autant de pression sur les liquidités vu l’atonie de l’investissement et le manque de placements présentant un profil de rentabilité attrayant », relève un analyste financier.

La demande d’investissement en baisse ?
Aujourd’hui, c’est donc du côté des crédits que tout se joue. Avec un total des crédits octroyés qui s’est élevé à 755 milliards de dirhams (+2,8 %), la performance 2015 est certes meilleure que les 2,2 % de 2014, mais les banques sont loin de celles de 2007 (+30,4 %), de 2011 (+10,6 %) ou même encore de 2012 (+4,6 %). Les crédits aux entreprises non financières publiques ont diminué de 1 % pour s’établir à 34,8 milliards de dirhams alors qu’en 2014 elles affichaient une hausse de 10 %. Les crédits aux entreprises non financières privées ont enregistré un recul de 2,4 % (337 milliards de dirhams), sachant qu’en 2014 ils se sont tout de même accrus de 3,1 %. Les crédits aux ménages ont poursuivi leur tendance baissière et sont passés de 4,7 % de croissance en 2014 à 3,6 % en 2015.

Les raisons de cette baisse sont à rechercher dans le repli de la demande des entreprises, mais aussi dans la réduction des subventions des matières premières, dans les difficultés du secteur immobilier, sans oublier, évidemment, le désendettement des grands comptes.

Certes, la conjoncture économique y est pour quelque chose, mais selon un banquier de la place, et concernant les crédits immobiliers, le secteur bancaire aurait déjà servi l’essentiel de la demande solvable. Au chapitre du crédit aux entreprises, c’est le rythme de réalisation des grands projets et tous ses effets indirects sur les TPME qui seraient en cause. De ce fait, les entreprises n’auraient plus de raison de renforcer leur capacité de production ou d’augmenter le financement du cycle d’exploitation. Cependant le ralentissement des crédits serait principalement lié à une réduction de l’exposition sur les grands comptes.

« Les raisons de cette baisse sont à rechercher dans la baisse de la demande des entreprises qui ont de moins en moins de projets, mais aussi dans la baisse des subventions des matières premières, dans les difficultés du secteur immobilier, sans oublier, évidemment, le désendettement des grands groupes », confirme Saâd Rguig. En réalité, beaucoup incriminent la frilosité des banques qui demandent des garanties disproportionnées, bien qu’il faille dire qu’elles ont été amenées à serrer les vis en vue de respecter les règles prudentielles. Quoi qu’il en soit, le résultat est là. Même les ouvertures d’agences ont connu une décélération en 2015 avec 210 nouvelles implantations, contre 300 en moyenne entre 2006 et 2013. Est-ce pour autant un tournant dans l’histoire du secteur bancaire au Maroc ? Même si les banques renouent avec un rythme de croissance plus élevé, ce ne seront plus les mêmes leviers, ou du moins pas dans les mêmes proportions, qui génèreront ces revenus, surtout avec un taux de bancarisation de 64 % qui offre une marge de croissance certaine pour les banques de détail et un accès au financement qui relève souvent du parcours du combattant pour les chefs d’entreprise.

Soumayya Douieb

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