Les business angels, un effet de levier pour les entreprises à fort potentiel de croissance

En quelques années, les business angels se sont imposés comme des acteurs incontournables dans le financement des PME. Plusieurs initiatives ont été mises en place au Maroc pour favoriser et encourager ce type de financement.

Face aux problèmes de financement des TPE et PME, de nouvelles alternatives ont vu le jour dont les business angels. Ces derniers, qui sont avant tout des personnes physiques, investissent à titre individuel dans le capital d’une entreprise, une startup le plus souvent en phase de création ou de démarrage, aussi appelée « early stage ». Mais l’apport des business angels n’est pas que financier. S’ils offrent une solution de financement complémentaire et indispensable pour aider l’entreprise quand l’enjeu financier n’est pas encore suffisamment attractif pour les institutionnels en capital-risque, ils mettent surtout leur expertise, leur réflexion stratégique et leurs réseaux au service du projet dans sa première étape.

Financier et mentor, la double casquette des business angels

Les business angels investissent en général dans des filières qu’ils maîtrisent parfaitement, ce qui permet de capitaliser sur leur savoir-faire et d’offrir au jeune porteur de projet une expertise métier certaine. Ce mode de financement est ainsi complètement adapté aux besoins des entreprises innovantes.

« C’est la raison pour laquelle beaucoup d’entrepreneurs appellent le financement reçu du business angel, de la smart money (monnaie intelligente). La particularité première du business angel est d’agir, mais aussi de comprendre que le financement apporté n’aura pas de retour sur investissement dans les années qui viennent à part en cas de cession ou de désengagement partiel. Le business angel ne pourra en aucun cas intervenir dans la gestion de l’entreprise ou attendre un quelconque intérêt sur les sommes investies », explique Jérôme Mouthon, du Club des Business Angels lancé par la CFCIM en septembre dernier.

Au Maroc, ce mode de financement commence à prendre de l’ampleur et de nombreuses structures travaillent dans ce sens. En premier lieu, la Caisse Centrale de Garantie (CCG). En effet, afin de renforcer l’offre de financement ciblant les startups et entreprises innovantes, la CCG a mis en place en 2017 un dispositif de financement de l’amorçage et de l’innovation durant les phases initiales de création et de développement qui se caractérisent par un niveau élevé de risque.

Démarrage du Fonds Innov Invest

Ce dispositif, baptisé « Fonds Innov Invest », a été initié par le Gouvernement avec l’appui de la Banque mondiale. Le fonds met notamment à la disposition des startups innovantes une enveloppe de 900 millions de dirhams pour les cinq prochaines années, dont 500 millions apportés par la CCG et 400 millions par des investisseurs nationaux et étrangers.

Pour sa mise en œuvre, la CCG a lancé en août dernier un appel à manifestation d’intérêt. La Caisse prévoit ainsi de développer des partenariats avec des business angels constitués en réseaux et les associations sur la base de leurs candidatures. L’objectif est de solliciter les interventions du Fonds sous forme d’investissements conjoints. Ce dispositif inclut également un mécanisme d’appui. Un cahier des charges précisant les conditions d’éligibilité ainsi que les modalités de sélection sera disponible avant la fin de cette année.

Rappelons que depuis son lancement en octobre 2017, le Fonds Innov Invest a permis de financer douze projets pour un montant de trois millions de dirhams au titre des produits Innov Idea (aide financière) et Innov Start (prêt d’honneur) sur une centaine de demandes reçues.

Dans sa composante dédiée à l’accompagnement des startups, Innov Invest compte six structures labellisées, à savoir le Réseau Entreprendre Maroc, le Cluster Solaire, StartUp Maroc, R&D Maroc, La Factory et Numa.

Dounia Z. Mseffer

 

 

Photo-jerome-mouthon3 questions à Jérôme Mouthon, Club des Business Angels de la CFCIM.

« Nos business angels investissent de l’argent dans la société, mais apportent surtout un accompagnement. »

Quel est le rôle exact du Club des Business Angels de la CFCIM et quel est le profil de vos membres ?

Au sein du Club des Business Angels de la CFCIM, nous avons 12 membres actifs. Ceux-ci ont des profils différents, mais ont tous souhaité apporter une contribution au Kluster CFCIM (programme d’incubation de la CFCIM), dans un premier temps sous forme de mécénat. Nous avons 50 % d’entrepreneurs, mais aussi des patrons et des Directeurs Généraux de grandes entreprises qui veulent diversifier leurs investissements et préfèrent participer au capital d’une entreprise à fort potentiel, plutôt que de placer une somme dans un compte sur carnet à faible rentabilité annuelle. Les membres de ce Club fermé sont prêts à investir des montants allant de 50 000 dirhams à 500 000 dirhams, seuls ou à plusieurs. Nos business angels investissent de l’argent dans la société, mais apportent surtout un accompagnement à l’entrepreneur pour l’aider dans son développement commercial ou encore dans la définition de son business model et de son approche marché.

De quelle manière votre Club pourra accompagner les PME et quels types de projets sont susceptibles d’intéresser vos business angels ?

Les business angels interviennent rarement dans le financement des PME, mais plutôt dans des startups au moment du lancement de leur entreprise. Les projets qui peuvent intéresser le Club sont surtout des projets avec une forte rentabilité potentielle dans les cinq années suivant la création. Les critères de sélection sont la scalabilité, l’innovation et enfin l’internationalisation du projet.

En quoi ce genre de financement se distingue-t-il des autres modes de financement, notamment les financements classiques ?

Généralement, un porteur de projet qui fait appel à un business angel n’aurait aucune chance de se voir octroyer un financement classique via un établissement bancaire, car il n’offre pas de garanties satisfaisantes telles que l’ancienneté ou un revenu sérieux (chiffre d’affaires). Les chefs d’entreprise préfèrent donc ce type de solutions pour pouvoir également accéder de façon intelligente au financement et à l’accompagnement.

Propos recueillis par Dounia Z. Mseffer

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