Le retour des talents marocains

Après quelques années passées à l’étranger, nombreux sont ceux qui décident de revenir au bercail. Avec l’ouverture du Maroc vers l’Afrique notamment, plusieurs opportunités de travail s’offrent à eux. Détails.

Si le Maroc voit de plus en plus ses talents partir sous d’autres cieux, il est loin d’être le seul.Tous les pays dans le monde sont concernés par ce phénomène. L’immigration économique est devenue aujourd’hui circulaire. Les compétences, et ce à travers le monde entier, ont un souhait de développer leur carrière à l’international pour plusieurs raisons : meilleur salaire, meilleures perspectives d’avenir ou encore meilleures conditions de vie. Pour beaucoup, le départ à l’étranger est une opportunité pour mieux réussir professionnellement. « La fuite des cerveaux ne touche pas uniquement les pays en voie de développement, mais aussi des pays européens et asiatiques. Pour exemple, les Français sont de plus en plus attirés par l’expatriation puisqu’ils sont entre 60 000 et 80 000 chaque année à tenter l’expérience à l’international. D’ailleurs, plusieurs observateurs estiment qu’il n’y a rien là d’inquiétant, qu’il est normal et sain que les jeunes s’intéressent à l’international, que beaucoup compétences reviennent au Maroc au bout de quelques années », explique Hamza Idrissi, Fondateur de Careers in Morocco.

En effet, ils sont nombreux ceux qui, après avoir passé 5, 10, 15 ans ou plus hors du Maroc, ont choisi de rentrer une fois leur diplôme en poche ou après avoir eu une ou plusieurs expériences professionnelles. D’après les enquêtes réalisées par Careers in Morocco, le portail de recrutement pour les jeunes diplômés et les cadres marocains de l’étranger, 75 % des Marocains installés en France souhaitent revenir au Maroc dans une période s’étalantjusqu’à quatre ans après leur première expérience. Selon l’enquête publiée en avril 2018 par Rekrute, ils seraient 74 % àpenser rentrer un jour au Maroc pour contribuer au développement du pays (53 %), avoir une meilleure carrière après l’expérience acquise à l’étranger (52 %), être proche de la famille (48 %), et se lancer dans l’entrepreneuriat (31 %).

« Ce retour est souvent l’occasion, pour ces profils, de faire valoir leur expérience acquise à l’étranger et d’apporter de nouvelles idées et concepts à exécuter au Maroc surtout avec l’ouverture du Royaume sur l’Afrique. Si certains choisissent de créer leur propre entreprise, d’autres préfèrent rejoindre de grandes entreprises.Aujourd’hui, de grands groupes offrent des perspectives de carrières intéressantes ainsi que des niveaux de rémunération qui s’alignent sur ceux pratiqués à l’international. La multiplication des fonds d’accompagnement pour les porteurs de projets et le soutien apporté aux entrepreneurs (incubateurs, pôles de compétitivité…) sont parmi les raisons qui poussent certains Marocains expatriés à revenir au pays », précise Hamza Idrissi. Beaucoup d’opportunités s’offrent en effet aux compétences marocaines lorsqu’ils rentrent au pays. La banque et la finance sont le secteur qui recrute le plus de profils bénéficiant d’une expérience internationale, surtout depuis son implantation et son développement dans plusieurs pays africains. C’est aussi le cas des énergies renouvelables et de l’automobile.

Un retour pas toujours définitif

Cependant,après quelques années passées au Maroc, nombreux sont ceux qui repartent. En effet, le retour au Maroc n’est pas toujours une réussite, car beaucoup rencontrent des difficultés à s’adapter au milieu de travail. D’autres trouvent la vie trop chère surtout lorsqu’il s’agit de scolariser leurs enfants ou encore se heurtent à des problèmes pour lancer leurs projets au Maroc à cause des lourdeurs administratives; 

« C’est souvent suite à une déception ou parfois en raison de la volonté de donner un nouvel élan à leur carrière que certains choisissent de repartir. Après plusieurs années à l’étranger, certains éprouvent de la difficulté à se réintégrer sur le marché de l’emploi et rencontrent des obstacles liés à l’environnement économique. D’ailleurs, plusieurs MRE porteurs de projets d’investissement sont confrontés à des problèmes administratifs pour réaliser leurs projets au Maroc.Nous remarquons que plusieurs repartent principalement en Amérique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie où les perspectives sont plus intéressantes », poursuit Hamza Idrissi. 

Le manque de civisme, la pression sociale, le manque de fluidité dans les échanges surtout sur le plan professionnel, le fait de se sentir « étranger » dans son propre pays… sont autant de raisons qui amènent certains à envisager de repartir. D’où la nécessité de mettre en place une réelle politique et stratégie pour accompagner le retour des talents au Maroc. « Nous ne pouvons pas empêcher les gens de partir, mais nous pouvons toujours investir dans les entreprises pour qu’elles améliorent les conditions de travail afin qu’elles attirent et fidélisent les compétences », indique Hamza Idrissi.

Selon Alexandra Montant, « les entreprises marocaines devraient mettre en place des stratégies efficaces pour retenir les talents, basées sur la motivation, la reconnaissance et l’amélioration des conditions de travail. Un climat favorable doit être établi au sein de l’organisation pour pousser les cadres à donner le meilleur d’eux-mêmes et à contribuer au développement du pays ». 

 

Dounia Z. Mseffer

Les entreprises préférées des MRE

Le Groupe OCP, Royal Air Maroc, Le Groupe Akwa, P & G, Maroc Telecom, Orange Maroc, le Groupe Renault, Masen, le Groupe Managem, Nestlé Maroc, et le Groupe CDG, figurent en tête du top 20 des employeurs qui font rêver les étudiants marocains en France, d’après le classement publié en 2017 par Careers in Morocco. 500 étudiants, issus des filiales commerciales et d’ingénierie des 12 meilleures écoles de France ont répondu à cette enquête. Ainsi, d’après cette étude, le Groupe OCP conforte sa position en tant qu’employeur préféré par les lauréats. En deuxième place vient Royal Air Maroc, suivie par le Groupe CDG, Maroc Telecom et le Groupe Attijariwafa bank. Il en ressort également que les secteurs du conseil, de la banque/finance et des nouvelles technologies sont ouvertement plébiscités par les lauréats. Plusieurs multinationales font aussi partie de la liste : Orange Maroc, le cabinet d’audit EY, Nestlé, P & G ou encore Coca Cola Maroc. Elles gardent un important pouvoir de séduction : 52 % des lauréats cherchent des opportunités auprès de ces sociétés. Ils privilégient avant tout des entreprises ayant des marques-produits très fortes et attractives, qui commencent à investir sérieusement dans leur marque employeur. 13 % des diplômés souhaitent quant à eux œuvrer dans le secteur public. Les startups, et en particulier celles opérant dans les nouvelles technologies, attirent de plus en plus les lauréats en quête de sens, de challenges et de responsabilités au Maroc. Cependant, les futurs lauréats se montrent intransigeants en matière de salaire et conditions de travail quand une opportunité de poste s’offre à eux et qu’elle implique un retour au Maroc. Le niveau de rémunération, les perspectives d’évolution et l’intérêt des missions et des responsabilités constituent les facteurs les plus importants. Plus de 41 % prétendent à des salaires de plus de 30 000 dirhams nets par mois. L’équilibre entre vie professionnelle et privée reste le critère dominant pour les lauréats, toutes filières confondues, une tendance encore plus marquée chez les ingénieurs.

 

 

 

 

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