Le Maroc face aux fake news

Phénomène planétaire mis en lumière lors de l’élection de Donald Trump, les fake news n’en finissent plus de parasiter les médias sociaux et de susciter la polémique, y compris au Maroc.

Selon Philippe Borremans, consultant indépendant en gestion de réputation à Casablanca, « les fake news sont des informations délibérément fausses ou truquées émanant en général d’un ou de plusieurs médias. Elles participent à des tentatives de désinformation, que ce soit via les médias traditionnels ou via les médias sociaux, avec l’intention d’induire en erreur dans le but d’obtenir un avantage financier ou politique. » Et le Maroc n’est pas épargné : « l’exemple de la fake news de la caserne militaire attaquée à Larache en mai 2017 est un exemple frappant. Des journalistes étrangers ont retweeté cette fausse information sans mentionner sa source, offrant ainsi à la news une nouvelle crédibilité ! L’emballement médiatique a été tel que l’information s’est retrouvée sur des comptes spécialisés dans le monitoring des risques terroristes dans le monde. Cela aurait pu représenter un vraidanger!»

Une désinformation délibérée et intéressée

Car la problématique essentielle des fake news est bien leur circulation : à l’heure des médias sociaux omniprésents, n’importe quelle information peut se propager à une vitesse jamais vue jusque-là. Philippe Borremans relève ainsi trois principaux moyens de diffusion des fausses nouvelles : « d’une part, il y a des personnes qui, involontairement, les diffusent sur les réseaux sociaux en cliquant sur “partager” ou “retweeter” sans vérifier. D’autre part, certaines fake news sont diffusées dans le cadre de campagnes sophistiquées de désinformation, à travers des réseaux de bots et des usines à trolls. Enfin, il y a des nouvelles qui sont amplifiées par des journalistes, qui subissent désormais plus de pression que jamais pour essayer de donner un sens à l’information diffusée sur le web social en temps réel. »

Réponses gouvernementales

Face à ce phénomène, les autorités tentent de réagir en corrigeant les informations et en cherchant des solutions. En janvier, le Ministère de l’Intérieur a souligné dans un communiqué « avoir relevé dernièrement une recrudescence de la diffusion par des journaux, des sites électroniques et des réseaux sociaux, de photos et vidéos truquées prises en dehors du Maroc, notant que celles-ci sont présentées, sans vérification aucune de leurs sources, comme étant celles d’incidents et de faits qui ont eu lieu au Royaume, ou sont exploitées pour solliciter de la charité ». Or, « ces allégations ont été mises à nu, à maintes reprises, par les autorités concernées ». Le Ministère « attire à nouveau l’attention sur la gravité de ces actes qui sont de nature à induire l’opinion publique en erreur, ainsi que le sentiment de peur et l’atteinte flagrante à l’ordre public que cela peut engendrer », insistant sur le fait que « toutes les mesures légales seront prises, par les autorités compétentes, pour identifier les personnes impliquées dans la diffusion de telles allégations ». De son côté, le Ministère de la Culture et de la Communication a annoncé la préparation d’un texte de loi pour lutter contre les fake news.

L’éducation aux médias

Mais la réponse au phénomène est certainement plus complexe : difficile en effet de retrouver la source d’une fausse information, d’autant plus qu’elle peut être partagée durant plusieurs mois ou années. Faute de pouvoir identifier l’émetteur, il serait sans doute aussi judicieux de sensibiliser le récepteur. En effet, quelques réflexes suffisent souvent pour démasquer une fake news et ne pas contribuer à son succès en la relayant : analyser la source et sa crédibilité, recouper l’information, vérifier qu’un démenti n’a pas déjà été publié, etc. Il en irait ainsi de la responsabilité de chacun. De même, inculquer ces méthodes dans les écoles constituerait probalement une démarche efficace. Éduquer aux médias et développer l’esprit critique des jeunes leur permettrait d’être plus vigilants face à la multitude d’informations qu’ils découvrent chaque jour sur les médias sociaux. C’est en tout cas la solution préconisée par Mohamed Ezzouak, directeur de publication du site Yabiladi, qui incite ses journalistes à aller dans les établissements scolaires pour former les élèves.

Thomas Brun

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