Laila Hammouchi, Directrice du Centre Régional d’Investissement (CRI) de la région Gharb Chrarda Beni Hssen : « La dynamique que connaît la région confirme sa vocation de terre d’investissement ».

Conjoncture : Quels sont les principaux atouts de la région du Gharb Chrarda Beni Hssen ?

Laila Hammouchi : La région Gharb Chrarda Beni Hssen présente un très fort potentiel de par sa position stratégique au carrefour des régions les plus dynamiques du Royaume. Elle bénéficie d’un emplacement idéal, très bien desservi par tous les axes routiers et dispose de toute l’infrastructure nécessaire pour développer les différents aspects économiques. C’est aussi une région à vocation agricole par excellence, qui dispose de nombreuses ressources naturelles. Elle abrite à peu près 2/3 des réserves hydriques du Maroc, de larges étendues de terre fertile et le plus vaste périmètre irrigué du pays. Un plan agricole très ambitieux, décliné du Plan Maroc Vert, est actuellement mis en place. Dernièrement, grâce à l’élan insufflé par tous les projets structurants lancés par Sa Majesté, la région bénéficie aussi d’une nouvelle plateforme industrielle intégrée située à 17 km à l’est de Kénitra. C’est une zone qui suscite beaucoup d’intérêt : 9 multinationales y sont déjà installées, ce qui représente près de 14 000 emplois.

 

Conjoncture : Quel est l’impact de ces projets structurants ?

Laila Hammouchi : Le projet de plateforme industrielle, nous avons enregistré une très grande dynamique au niveau de la région. D’autres projets majeurs vont ainsi accompagner le développement de la plateforme, notamment sur le volet de l’habitat et de l’urbanisme. Le premier tronçon de la LGV va permettre de parcourir le trajet Tanger-Kénitra en trois quarts d’heure. Installé à 20 km de l’embouchure de l’Oued Sebou, le futur port Kénitra Atlantique sera directement relié à la plateforme. Ce port, qui a vocation à recevoir une bonne partie de l’activité du port de Casablanca, va complètement changer le profil de développement de la région.

Par ailleurs, nous avons d’autres projets structurants tels que la station balnéaire de Mehdia qui sera opérationnelle l’été prochain. Un autre projet très important concerne la reconversion du port fluvial (l’unique port fluvial au Maroc) en port de plaisance. À Kénitra, le projet de dédoublement de la RN4, qui relit le centre-ville à la plateforme industrielle, risque d’être relancé incessamment.

 

Conjoncture : Quels seront les principaux défis à relever ?

Laila Hammouchi : La région doit se préparer et mettre en place toutes les infrastructures d’accueil. Kénitra a un peu de mal à trouver des espaces pour le développement urbain, entourée au sud par la forêt et au nord par l’oued Sebou. Il y a une forte pression foncière en raison des nombreux projets d’investissement et cela commence à être ressenti comme une contrainte majeure. Or, il est important d’avoir une vision de développement durable et de respecter les aspects environnementaux. Nous réfléchissons, avec nos partenaires dans le domaine de l’urbanisme, à des alternatives. L’une d’elles est d’ouvrir l’autre rive de l’Oued Sebou, dans le cadre de la reconversion du port fluvial tout en respectant les contraintes physiques et techniques. Pour accueillir les 45 000 personnes qui, à terme, travailleront sur la plateforme industrielle, un projet de pôle urbain situé à la sortie de Sidi Yahya est en cours d’étude.

D’importants efforts ont été accomplis pour la mise à niveau de Kénitra. Petit à petit, elle devient un pôle d’attraction plutôt qu’une ville dortoir. D’où la nécessité de répondre aux nouveaux besoins en matière d’habitat, d’équipement et d’espaces de divertissement.

 

Conjoncture : Quelle est la stratégie du CRI pour la région ?

Laila Hammouchi : Depuis mon entrée en fonction, il y a moins de 6 mois, nous avons essayé, avec l’Autorité régionale, de travailler dans un esprit d’ouverture et d’encourager l’investissement dans tous ses aspects. C’est une tâche que mes prédécesseurs ont engagée et que nous allons, bien sûr, poursuivre. Notre objectif est d’axer nos efforts sur les spécificités de la région et d’identifier les créneaux qui peuvent accompagner la dynamique régionale. Un autre chantier vise à améliorer l’accueil et les procédures en vue de domicilier l’ensemble des projets d’investissement au sein du CRI.

En 12 ans, un peu plus de 20 000 entreprises ont été créées au niveau du guichet 1. Il est important de savoir ce qu’elles sont devenues. Lesquelles sont toujours en activité ? Combien d’emplois ont-elles réellement générés ? Pourquoi certains projets n’ont-ils finalement pas vu le jour ? Pour répondre à ces questions, nous sommes en train de lancer une étude d’évaluation de tout ce qui a été fait en réexaminant les anciens dossiers. Dans l’accompagnement des investisseurs, le paramètre temps est très important : il faut détecter tous les points de blocage et réduire les délais des procédures. Certains projets étaient parfois déposés dans des services qui n’étaient pas directement concernés, ce qui entrainait des retards. Aujourd’hui, pratiquement tous les projets sont centralisés au niveau du CRI. Pour faire avancer les projets en difficulté, nous avons tenté d’identifier les problèmes et d’accompagner les investisseurs en vue de trouver des solutions.

 

Conjoncture : Actuellement, quelles catégories d’investisseurs font appel à vos services et quels sont les secteurs les plus porteurs ?

Laila Hammouchi : Nous enregistrons une forte demande dans le segment touristique. Il y a aussi le segment de l’habitat et notamment l’habitat social pour lequel nous avons adopté une approche particulière. En effet, beaucoup de demandes sont concentrées dans la province de Kénitra. Avec l’Autorité régionale, nous avons décidé d’orienter ces investisseurs vers d’autres localités ayant des besoins plus importants (comme Sidi Yahia, Souk Larbaa ou Sidi Slimane). Nous essayons de veiller à l’équité territoriale de manière à ce que toutes les provinces bénéficient des projets d’habitat social, au même titre que la province chef-lieu.

En ce qui concerne les autres segments, les investisseurs ont pris conscience du besoin en équipements et infrastructures de loisirs. Nous avons également beaucoup de demandes en rapport avec la zone industrielle. Récemment inaugurée, l’unité Delphi emploie plus de 1 800 personnes et représente un investissement de plus de 33 millions d’euros. Enfin, il y a beaucoup de projets agricoles, par exemple pour l’installation d’unités de conditionnement.

Conjoncture : Comment répondre à la demande en ressources humaines qualifiées ?

Laila Hammouchi : Beaucoup d’emplois vont être créés, mais si la main d’œuvre n’est pas adaptée, pas formée, les entreprises seront obligées de chercher dans d’autres régions et cela peut créer un vrai malaise dans la population. Au sein de la plateforme industrielle, un institut de formation spécialisé a été construit. Nous travaillons par ailleurs en étroite collaboration avec l’université, l’ANAPEC et l’OFPPT pour identifier les besoins en formation, programmer des sessions de formation adaptées et conclure des partenariats avec les entreprises de la plateforme. Ces conventions concernent aussi bien les étudiants et apprentis que les cadres et employés des unités.

 

Propos recueillis par Nadia Kabbaj.

Décembre 2014.

 

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