L’agroalimentaire, un secteur stratégique trop peu valorisé ?

L’agroalimentaire (agriculture et industrie agroalimentaire) est l’un des moteurs de l’économie marocaine. Il représente environ 20 % du PIB et 20 % des exportations du Royaume. Son potentiel est loin d’être totalement exploité. Le secteur souffre en effet d’un manque de compétitivité à l’international, aggravant le déficit de la balance commerciale du pays. Après la mise en place du Plan Maroc Vert, comment le Maroc compte-t-il relancer la dynamique de ce secteur dans les années à venir ?

Véritable épine dorsale du tissu socio-économique marocain, le secteur agroalimentaire se caractérise par une grande diversité d’acteurs et de filières (céréalière, sucrière, laitière, agrumicole, avicole, maraichère, viande, oléicole). Il joue, en outre, un rôle important dans le renforcement de la sécurité alimentaire nationale, la création d’emplois et les entrées de devises, à travers les exportations. Ainsi, la production marocaine couvre 100 % des besoins en viandes, fruits et légumes, 82 % en lait, 50 % en sucre, 60 % en céréales, ou encore 20 % en huiles.

L’agriculture contribue à hauteur de 16 % du PIB et emploie 40 % de la population active du pays. L’élevage occupe à lui seul 20 % de la population rurale active. L’agro-industrie représente, quant à elle, 4 % du PIB national, 30 % du PIB industriel et 25 % des emplois industriels du pays. C’est la seconde branche industrielle du pays après la chimie. Regroupant plus de 2050 unités (soit 26 % des établissements industriels du pays), l’industrie de transformation alimentaire génère un chiffre d’affaires annuel dépassant les 100 milliards de dirhams en moyenne et a permis la création de près de 110 000 emplois. Ce secteur est fortement lié aux performances de l’agriculture qui, elle-même, dépend fortement de la pluviométrie et du prix des intrants.

Des exportations de faible valeur ajoutée
Les exportations alimentaires marocaines, composées de poissons, fruits et légumes, huile d’olive, etc., ont atteint 44,9 milliards de dirhams en 2015, ce qui représente 20,6 % des exportations globales du pays et environ 23 % de la production du secteur. Presque la moitié des exportations est constituée de produits de l’agro-industrie. Globalement, la structure des exportations montre la prédominance de trois segments qui contribuent à hauteur de 78 % du total des ventes : les produits halieutiques, les agrumes, la tomate et les légumes congelés. En effet, la plupart des produits exportés par le Maroc sont à faible valeur ajoutée et n’ont subi qu’une simple transformation. Les produits de la mer représentent plus de la moitié des exportations de l’agro-industrie.
Selon une étude de la Direction Marocaine des Études et des Prévisions Financières (DEPF) couvrant la période 2007-2013, plus de 90 % des exportations de produits agroalimentaires prennent la destination de l’Union européenne. Les principaux pays clients étant la France, qui totalise près de 38,9 % des exportations agroalimentaires marocaines, suivie de la Russie (14,6 %), de l’Espagne (13,1 %) et des Pays-Bas (9,9 %).

Plan Maroc Vert, un premier bilan positif
Malgré son poids dans l’économie marocaine et sa part dans les exportations, le secteur peine encore à exploiter tout son potentiel. C’est pour donner un nouveau souffle au secteur agroalimentaire qu’a été lancé, en 2008, le Plan Maroc Vert.
Cette stratégie est articulée autour d’une approche globale qui couvre l’ensemble des acteurs, notamment les filières à fort potentiel. S’appuyant sur des investissements annuels évalués à 10 milliards de dirhams, cette stratégie se fixe des objectifs quantitatifs et qualitatifs. À titre d’exemple, pour ce qui concerne la filière agrumicole (l’une des plus importantes), l’objectif est d’atteindre une production de 2,9 millions de tonnes à l’horizon 2018, contre 1,3 million de tonnes lors du lancement du programme (2010). Les exportations d’agrumes devront, quant à elles, s’élever à 1,3 million de tonnes, contre 530 000 tonnes auparavant. Pour réaliser ces objectifs, les superficies réservées aux agrumes ont été augmentées de 105 000 ha supplémentaires. 85 % de la superficie globale dédiée à cette culture a été équipée de systèmes d’irrigations. Grâce à cette stratégie, à l’horizon 2018, la filière agrumicole devrait créer 34 millions de jours de travail/an et apporter chaque année l’équivalent de 8 milliards de dirhams en devises.

 

Rachid Hallaouy

 

Retrouvez l’intégralité de cet article dans la prochaine édition de la revue Conjoncture!

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