La nouvelle stratégie africaine du Maroc

Etat des lieux
Une présence « désertique » en Afrique de l’Est 


Le Maroc a signé quelques 600 accords de coopération avec plus de 40 pays africains depuis l’an 2000. Mais, et ce n’est un secret pour personne, ses relations économiques avec les pays de l’Afrique de l’Est sont quasi inexistantes. Les chiffres sont plus que parlants !

L’Afrique, dont le nombre d’habitants atteindra 2 milliards à l’horizon 2050, soit plus du quart de la population mondiale, attise les convoitises des puissances traditionnelles et émergentes. Les « champions nationaux » du Maroc sont implantés dans de nombreux pays d’Afrique Centrale et d’Afrique de l’Ouest. Ces entreprises opèrent dans le secteur bancaire (Attijariwafa Bank, BMCE Bank of Africa, Banque Populaire), dans les télécommunications (Maroc Telecom), dans les assurances, dans l’énergie, dans l’agroalimentaire ou encore dans l’immobilier.

Ainsi, le stock d’Investissements Directs Etrangers (IDE) marocains en Afrique a totalisé 10,5 milliards de dirhams en 2012. Sur la période 2008-2014, chaque année, ce sont environ 2 milliards de dirhams qui ont été investis en Afrique subsaharienne.
Seulement, ces chiffres valent principalement pour l’Afrique francophone. Si l’on regarde de plus près la présence du Maroc en Afrique de l’Est, les IDE fondent comme neige au soleil. En dehors des phosphates et dérivés, utilisés dans l’agriculture éthiopienne, aucune des catégories de produits exportés par le Maroc n’atteint, en valeur, le milliard de dirham. Les échanges en provenance de ces pays vers le Maroc sont encore plus ténus. Mis à part quelques expéditions forestière et alimentaires du Rwanda vers le Royaume, aucune catégorie de produit n’atteint le million de dirhams (90 000 euros) de valeur d’échange. Une chose est sûre, les ponts commerciaux sont encore très peu exploités entre le Maroc et les pays de la Corne de l’Afrique.
En Afrique de l’Est, seuls quelques groupes marocains ont fait le pari d’investir dans des zones différentes de la CEMAC et de l’UEMOA : Managem (Soudan et Ethiopie), BMCE Bank à travers Bank ok Africa (Djibouti, Kenya, Ouganda, Tanzanie et Madagascar), Saham (Angola, Kenya, Rwanda et Madagascar) et M2M (Ethiopie et Rwanda). Dans les pays anglophones d’Afrique de l’Ouest, il faut également noter une présence timide des entreprises marocaines au Nigéria et au Ghana.

Pourtant, la découverte récente de nouvelles ressources naturelles en Tanzanie, en Ouganda et au Kenya devrait permettre une nette embellie des IDE en Afrique de l’Est. Ces dernières pourraient atteindre les 18,5 milliards de dollars à horizon 2020. L’augmentation du pouvoir d’achat des ménages, l’amélioration des infrastructures et l’intégration régionale devraient, en outre, déclencher de nouveaux investissements au Kenya. Par ailleurs, le succès du partenariat d’échanges et d’investissements entre les Etats-Unis et la Communauté de l’Afrique de l’Est favorisera la prolifération des flux d’IDE dans les secteurs de la banque et des télécommunications, en plein essor au Kenya. En tout, 6 milliards de dollars ont été investis en 2015 dans cette région. Les investissements y ont ainsi été multipliés par 4 en moins de 10 ans.
Aujourd’hui, l’Afrique de l’Est (Kenya, Ethiopie, Djibouti, Ouganda, Rwanda, Burundi, Tanzanie) constitue un marché commun de près de 300 millions d’habitants pour un PIB de 266 milliards de dollars. De ce fait, elle représente des opportunités assez évidentes pour qui saura apprivoiser les cultures « business » locales et maîtriser le facteur risque.

Soumayya Douieb

 

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