La création d’entreprise, un défi pour les femmes ?

Aujourd’hui peu de Marocaines se lancent dans la création d’entreprise. Malgré les inégalités constatées en termes d’emploi, les problèmes rencontrés par les femmes entrepreneurs ne sont pas spécifiques à la gent féminine. Elles restent néanmoins plus vulnérables en raison de leur statut social et ont souvent besoin d’un accompagnement adapté.

Etant donné le poids de l’informel et le manque de données statistiques, il est difficile d’établir un état lieux précis des entreprises féminines au Maroc. Selon les sources, leur nombre est estimé entre 7 000 et 10 000. D’après le HCP, les pourcentages d’indépendants et d’employeurs dans la population des femmes actives occupée s’élèvent respectivement à 16,5 % et 0,8 %. En 2012, 8 % des employeurs sont des femmes, contre 6,6 % en 2 000. La proportion de femmes chez les indépendants a quant à elle progressé de 0,4 point pour s’établir à 14,7 %.

Selon l’étude menée en 2006 par l’Association des Femmes Chefs d’Entreprises du Maroc (AFEM), les entreprises dirigées par les femmes sont essentiellement des PME-PMI et microentreprises : 57 % sont des SARL et 22 % sont des entreprises individuelles. Ces entreprises sont concentrées à 37 % dans les services et à 31 % dans la distribution. Leur chiffre d’affaires est dans la majorité des cas inférieur à 20 millions de dirhams. D’après le rapport de l’ANPME présenté lors du Forum OCDE MENA des Femmes Entrepreneurs, 60 % de ces entreprises emploient moins de 20 salariés et leur chiffre d’affaires global est inférieur à 2,4 millions de dollars.

 

Quel est le profil des femmes entrepreneurs marocaines ?

Selon l’enquête de l’AFEM, 60 % des femmes chefs d’entreprises ont un niveau d’études minimum de BAC+4 et plus de 50 % ont occupé par le passé un poste d’encadrement ou de direction dans le secteur privé (la proportion de jeunes diplômées est très faible). L’âge moyen des femmes entrepreneurs se situe entre 25 et 44 ans. 77 % d’entre elles ont des enfants à charge.

Par ailleurs, l’enquête réalisée par l’ANPME auprès de 500 PME révèle que 11 % de ces entreprises sont dirigées par des femmes. L’analyse comparative issue de cette étude met en avant que les dirigeantes de PME sont plus jeunes que les hommes, ont un niveau d’études supérieur et ont une plus grande expérience de leur secteur. Elles sont en revanche moins expérimentées dans le domaine de la création d’entreprise.

Des challenges à relever à chaque étape de la vie d’entreprise

La création d’entreprise exige un grand investissement, que ce soit sur le plan financier ou personnel. C’est pourquoi beaucoup de femmes hésitent à sauter le pas et préfèrent le salariat qui leur assure une stabilité de revenu et des horaires de travail compatibles avec la vie de famille. Car, contrairement aux pays développés où l’homme prend en charge une partie des tâches, les Marocaines doivent en général gérer seules leur foyer. Aussi, avant même de créer leur entreprise, les femmes entrepreneurs doivent dépasser les préjugés sociaux et assumer une certaine prise de risque. Elles sont ensuite confrontées aux mêmes problèmes que l’ensemble des entreprises, en particulier l’accès au financement qui est structurellement déficient pour les PME marocaines. En phase de développement de leur activité, les femmes doivent déployer d’importants efforts pour prouver la viabilité de leur entreprise, que ce soit vis-à-vis de leur banquier, de leurs partenaires ou de leurs clients. C’est pourquoi nombreuses sont celles qui retournent au salariat après une expérience inaboutie dans l’entreprenariat.

Une fois l’entreprise opérationnelle, les femmes entrepreneurs doivent encore gérer les soucis quotidiens. L’enquête de l’AFEM a conclu que 82 % des problèmes rencontrés portent essentiellement sur les aspects administratifs et managériaux (accès au marché et au financement, recrutement…). Les femmes interrogées ont notamment exprimé un besoin de soutien dans les domaines suivants : management (47 %), marketing (41 %), fiscalité (25 %), comptabilité et finances (21 %).

Pour créer et développer leur entreprise, les femmes entrepreneurs peuvent s’appuyer sur les réseaux institutionnels (Centre Régionaux d’Investissement) et les programmes nationaux en faveur des PME (Imtiaz, Moussanada…). En parallèle, de plus en plus de réseaux féminins s’organisent au niveau national et régional. Ainsi, le tissu associatif se mobilise pour promouvoir l’entreprenariat féminin et plus généralement le rôle de la femme en tant qu’acteur de développement socioéconomique. En parallèle de leurs actions de terrain, ces associations mènent le lobbying auprès de l’État et des institutions afin de lever progressivement les barrières à l’entreprenariat féminin.

 

Nadia Kabbaj, journaliste

 

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