Investissement des MRE au Maroc

L’augmentation spectaculaire des transferts des MRE vers le Maroc

La crise liée à la pandémie de Covid-19 a eu un effet inattendu : les transferts de MRE vers le Maroc ont augmenté de 36,8 % en 2021. Les autorités tentent de comprendre les raisons de ce phénomène.

La tendance semble s’installer dans la durée. Début juillet, l’Office des Changes a publié ses indicateurs mensuels des échanges extérieurs pour le mois de mai. Ils montrent que, à fin mai 2022, les transferts des Marocains Résidant à l’Étranger (MRE) ont atteint 38,317 milliards de dirhams, soit une hausse de 5% par rapport à la même période en 2021.

Cette nouvelle augmentation suit celle, spectaculaire, qui a eu lieu en 2021. Elle avait atteint +36,8 % par rapport à 2020, marquant selon Bank Al-Maghrib un record, avec un montant de près de 93 milliards de dirhams. En 2020, si les premiers de mois de la crise liée à la pandémie de Covid-19 se sont accompagnés d’une baisse des transferts, ceux-ci s’étaient rapidement redressés pour finalement augmenter de 5 %.

7 % du PIB

Un intrigant phénomène qui a attiré l’attention des autorités, d’autant plus que les transferts constituent un pilier de l’économie marocaine et atteignent désormais près de 7% de son PIB. En octobre dernier, le Wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a annoncé qu’une commission avait été créée pour tenter d’identifier les raisons de la hausse. Elle comprend Bank Al-Maghrib, l’Office des Changes, le Ministère de l’Économie et des Finances et le Groupement Professionnel des Banques du Maroc (GPBM).

Les conclusions de la commission n’ont pas encore été dévoilées. Lors de la conférence de presse qui a suivi le Conseil de Bank Al-Maghrib en décembre dernier, Abdellatif Jouahri a néanmoins évoqué plusieurs pistes. « Nous n’avons pas une explication, mais des explications », précise le wali. Il évoque notamment des fonds, auparavant transférés de manière informelle, qui empruntent désormais le circuit formel. « Auparavant, les gens amenaient des valises, amenaient du cash avec eux. Maintenant, avec le Covid et les restrictions et contrôles qui ont été mis en place, ce n’est plus possible », analyse Abdellatif Jouahri.

Le Maroc n’est pas un cas isolé

La seconde explication serait liée à un renforcement de la solidarité. « Une étude faite à l’étranger montre que, plus le revenu baisse, plus les aides extérieures augmentent. Avec la crise, il y a eu effectivement une baisse des revenus qui a été compensée en quelque sorte par les aides familiales provenant de l’extérieur », décrit le patron de la banque centrale. La troisième explication serait liée à la convention d’échanges d’informations fiscales signée par le Maroc dans le cadre de l’OCDE. « Nous en sommes à voir de plus près quelle est la raison qui domine et si ce sont les bonnes explications », indique Abdellatif Jouahri.

Le Maroc n’est pas un cas isolé. Dans une publication dévoilée mi-juin, « Construire des systèmes de migration résilients en Méditerranée : Leçons issues du Covid-19 », la Banque Mondiale indique que « les transferts dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient ont augmenté de 2,8 % en 2020 ». Les hausses les plus importantes ont pris place en Égypte, au Maroc et en Tunisie. D’autres pays ont en revanche connu des baisses, comme le Liban ou la Jordanie.

Rémy Pigaglio

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