Inteview de Larbi Bencheikh, Directeur Général de l’OFPPT

« La formation professionnelle est le levier incontournable pour accroître notre compétitivité. »

Entretien avec Larbi Bencheikh, Directeur Général de l’Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail (OFPPT)

Conjoncture.info : Comment l’OFPPT parvient-il à développer une offre de formation pour les jeunes qui soit en adéquation avec les besoins des entreprises au Maroc ?

Larbi Bencheikh : L’OFPPT est aujourd’hui très impliqué dans les grands projets structurants et les programmes gouvernementaux de développement économique et social.(…) Pour renforcer cette adéquation en amont, et dans le cadre de la vision stratégique pour la réforme de l’École Marocaine (2015-2030), l’OFPPT œuvre pour le renforcement des parcours professionnalisants (Bac Pro, Parcours collégial, Certificat des Compétences Professionnelles pour les Licenciés, etc.), l’instauration de passerelles entre la formation professionnelle, l’enseignement supérieur et l’éducation nationale, etc. L’amélioration de l’insertion professionnelle et le renforcement de l’employabilité des jeunes demeure donc au cœur de notre démarche. Ainsi, notre plan de développement à l’horizon 2020 a pour objectif d’atteindre une capacité d’accueil de 650 000 places pédagogiques et de former 1 726 000 personnes.

Comment se font les liens entre l’OFPPT et les entreprises ?
Nous souhaitons que les entreprises soient davantage présentes dans la gestion quotidienne de la formation, à travers la mise en place d’un nouveau modèle de gouvernance des établissements de formation professionnelle. Ce modèle, qui consiste à renforcer l’ancrage des établissements dans leur environnement socio- économique pour une meilleure adéquation formation-emploi, a été adopté avec des associations et fédérations professionnelles. La dernière convention en date est celle conclue avec l’AMICA en avril dernier, dans le cadre de la concrétisation des contrats de performance automobile. L’OFPPT souhaite inscrire ce mode de gouvernance dans un esprit de partenariat public-privé, pour assurer une plus grande visibilité sur les besoins quantitatifs et qualitatifs des entreprises et répondre de manière efficiente à leurs besoins en compétences dans leur globalité (formation initiale, formation qualifiante, formation continue, etc.) et assurer, in fine, l’insertion professionnelle des jeunes que nous formons.

Les stages, l’alternance, l’apprentissage… quelles sont les meilleures formules pour améliorer la formation des jeunes et permettre aux entreprises de préparer leurs futurs recrutements ?
De prime abord, il faut nuancer entre ces différentes formules. Le stage fait partie intégrante de la formation. Ces stages obligatoires permettent de s’imprégner de la culture d’entreprise et de renforcer la maitrise du métier en situation de travail, sous l’encadrement d’un tuteur. La formation alternée, qui a fait ses preuves dans les pays industrialisés, se déroule 50 % du temps en entreprise et 50 % dans l’établissement de formation. Ce mode permet l’implication des professionnels dans le renforcement des compétences des stagiaires, la transmission des savoirs, ainsi qu’une meilleure adéquation avec les besoins en ressources humaines. L’alternance a été inscrite comme l’un des axes prioritaires de la convention de partenariat pour le renforcement des compétences dans l’Industrie, conclue le 2 avril 2014, sous la présidence effective de Sa Majesté le Roi, que Dieu l’assiste, entre le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie Numérique, l’OFPPT et la CGEM.

OFPPT
Ainsi, nous ambitionnons d’augmenter la part de la formation alternée dans notre dispositif à 60 % à l’horizon 2020, contre 30 % actuellement. Pour ce qui est de l’apprentissage (80 % du temps en entreprise et 20 % en établissement de formation), il présente encore bien des limites. En effet, l’OFPPT ne l’applique plus depuis 2005, suite à un audit qui a décelé des dysfonctionnements portant atteinte aux stagiaires. Certains étaient en effet dévolus à des tâches sans lien avec leur formation. Toutefois, ce mode pourrait être adapté à d’autres secteurs, tels que l’artisanat ou l’agriculture. Il permettrait en outre de renforcer l’ancrage des établissements dans leur environnement socio-économique régional et local et d’assurer ainsi une meilleure employabilité des jeunes.

Propos recueillis par Thomas Brun

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