Interview d’Hicham Bensaid Alaoui, Directeur du Département Risques d’Heuler Hermes Acmar

« Dans certains cas, trop d’investissement tue l’investissement »

Conjoncture.info : Quelle appréciation générale faites-vous de l’environnement dédié à l’investissement et à l’acte d’entreprendre ?

Hicham Bensaid Alaoui :Sur la base d’éléments purement rationnels et objectifs, il apparaît que l’acte d’entreprendre au Maroc demeure plus que perfectible, le pays étant classé, à fin juin 2015, 75e mondial au classement Doing Business. Le Maroc décroche une pénible 130e place pour le volet « règlement de l’insolvabilité », une 109e place pour la thématique « obtention des prêts » et une 105e place au titre de la « protection des investisseurs minoritaires ». En revanche, le Maroc se distingue à des niveaux intéressants en termes de création d’entreprise et d’exécution des contrats, le pays se classant respectivement 43e et 59e pour ces thématiques. Si l’on considère ces données avec attention, on peut en conclure que l’acte d’entreprendre demeure très intéressant pour les investisseurs qui ne souhaitent pas solliciter de financement externe et qui se positionnent en actionnaire majoritaire. Par contre, l’attractivité pour les « petits » investisseurs, marocains ou non, reste à développer davantage.

Y a-t-il un prérequis « standard » en matière d’investissement ?
Oui, un prérequis que je répartirais en trois catégories principales. Tout d’abord, en amont, la facilité pratique à créer une société, sans complications administratives superflues. Par la suite, au cours de la vie de la société, la propension à exécuter des contrats, à obtenir des financements externes et à pouvoir bénéficier d’un minimum de transparence et d’équité dans l’accès aux marchés. Enfin, en aval, la gestion de la liquidation des sociétés, qu’il s’agisse de la sienne ou de celles de ses clients, et en particulier la protection des intérêts des fournisseurs par rapport aux autres créanciers tels que l’État ou les banques.

Qu’en est-il au niveau du Maroc ?
Des progrès notables, tels que ceux reflétés dans le classement Doing Business, sont à relever. Toutefois, plusieurs axes restent peu développés et peuvent être fatals à nombre d’entre- prises, notamment l’aide aux investisseurs qui ne disposent pas de fonds propres significatifs et la gestion des liquidations d’entreprise (avec en trame de fond, l’absence de pénalisation des impayés lors des transactions commerciales).

À quel moment a-t-on enclenché la vitesse supérieure pour doper l’investissement ?
Je pense que les jalons significatifs en ont été rationalisés il y a plus de 10 ans, particulièrement à travers le plan Émergence de 2005, le Pacte National pour l’Émergence Industrielle en 2009 et le Plan National d’Accélération Industrielle de 2014. Mais, au-delà de ces plans d’actions dédiés, les premières vagues de privatisations peuvent être considérées comme antérieures à ces programmes, dans le sens d’une volonté publique de développer l’investissement privé et d’encourager la logique entrepreneuriale.

Est-ce que la vision émergence, et son lot de plans sectoriels, a rendu notre pays plus attractif en matière d’investissement dans les secteurs dits productifs ?
Lorsque nous observons avec attention l’évolution des IDE au Maroc depuis 10 ans, nous nous apercevons que l’investissement demeurait, jusqu’à il y a quelques années, davantage lié à des opportunités, du moins en ce qui concerne les opérations significatives.

Ainsi, les secteurs des télécommunications et des banques, qui ont fait l’objet de prises de participation de la part d’investisseurs étrangers, ou encore les investissements de géants moyen-orientaux dans les secteurs immobilier et hôtelier, sans oublier le changement d’actionnariat au niveau d’anciennes filiales de la SNI, ont dopé mécaniquement les IDE. Toutefois, il est indéniable que la volonté politique de développer certains pans spécifiques de l’économie comme l’automobile ou les énergies renouvelables marque de plus en plus une vision économique originale, tendant à diversifier les sources de revenus vers des secteurs, à priori, plus productifs.

Propos recueillis par Rachid Hallaouy

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans la prochaine édition du magazine Conjoncture

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