Interview de Fouzi Zemrani

« La relance du tourisme dépasse le cadre d’un seul État »

Fouzi Zemrani, Vice-Président de la Confédération Nationale du Tourisme (CNT)

Conjoncture : Quelle est votre première évaluation du bilan du secteur durant l’année 2020 ?

Fouzi Zemrani : Dans notre secteur, il n’est plus question de performances, mais plutôt de dégâts collatéraux qui vont sûrement aller au-delà de ce que nous avons chiffré dès le début de cette crise. Mis à part les hôtels qui ont été mis à la disposition des rapatriés juste après le déconfinement, l’activité touristique est au point mort, en ce qui concerne les touristes internationaux.

Le tourisme interne a-t-il pu tenir ses promesses malgré les nouvelles contraintes actuelles ?

Nous savions dès le début que le tourisme interne ne pourrait en aucun cas performer durant cet été car les nationaux ont subi le confinement, ce qui s’est traduit par une grande perte de leur pouvoir d’achat. Ajouté à cela une atmosphère des plus délétères avec la peur de contracter le virus et l’incertitude quant à la liberté de circuler et vous obtiendrez le résultat actuel : moins de 10 % de remplissage des unités d’hébergement classées. On ne parle même pas du transport touristique, ni des agences de voyages, ni des guides et, à moindre mal, des restaurateurs.

Un mois après l’annonce du plan de relance sectoriel, où en est la mise en œuvre opérationnelle de ce plan ?

Nous sommes au stade de la signature des différentes conventions qui serviront de pierre angulaire au déploiement de ce plan de relance. Avec la recrudescence des cas de Covid-19, nous sommes quelque peu désarçonnés quant aux priorités à mettre en œuvre. L’urgence est à la sauvegarde de nos ressources humaines par la mise en place de la subvention décrétée en matière d’accompagnement salarial (2 000 dirhams), puis l’application du moratoire concernant les crédits contractés aussi bien par les entreprises que par leurs salariés et, enfin, la réadaptation des outils de production aux nouvelles exigences dictées par la pandémie.

Du côté des opérateurs, quels sont les axes prioritaires pour préparer la relance du secteur ?

Nous avons besoin de visibilité pour préparer la relance et cela ne dépend malheureusement pas de nous, mais du temps que mettront les marchés émetteurs à s’accommoder au coronavirus, à défaut de l’éradiquer. Nous sommes hélas dépendants de la célérité à trouver un vaccin et à tester son efficacité, ou d’une thérapie qui puisse prémunir les touristes du Covid-19. La solution doit être trouvée par les instances internationales telles que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). Cela dépasse, à mon avis, le cadre d’un seul État ou d’un secteur et cela serait plus du ressort des instances onusiennes, FMI et Banque Mondiale inclus. Le secteur du tourisme, à l’échelon international, ne saurait redémarrer sans une volonté politique et économique au service des populations. La durabilité du secteur est en danger.

Propos recueillis par Salaheddine Lemaizi

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