Interview d’Ahmed Khalid Benomar

« L’État doit jouer un rôle important dans la relance économique »

Ahmed Khalid Benomar, Coordinateur du Pôle de la politique économique et de l’investissement – Département du Chef du Gouvernement.

Conjoncture : Quelles sont les leçons à retenir de cette crise sanitaire pour l’économie marocaine ?

Ahmed Khalid Benomar : La première des choses c’est qu’il est trop tôt pour tirer des leçons face à une situation en perpétuel changement. Deuxième remarque, le Maroc a misé sur des secteurs dont la pérennité n’est pas remise en question par cette crise sanitaire. En tablant sur l’automobile ou l’aéronautique, c’est un choix audacieux qui a été fait et qui portera ses fruits à moyen et long terme. De même, pour des choix historiques comme la chimie et parachimie avec les phosphates ou encore l’agriculture. Ces derniers secteurs contribuent à notre autosuffisance alimentaire et permettent de renforcer l’export. Donc, nos choix stratégiques demeurent pertinents et ils ont été confirmés par le contexte actuel.

Quels sont les secteurs que le Maroc devra soutenir à l’avenir ?

La crise sanitaire a montré qu’il faut renforcer un certain nombre de secteurs, en particulier le digital et les industries de pointe. À ceux-là s’ajoutent des secteurs à vocation sociale comme la santé et l’éducation dans lesquels il faut développer une résilience, mais aussi une capacité de réponse face à tous les types de crises que le monde peut connaître.

Quel est l’objectif principal des différentes mesures prises par gouvernement pour la relance sectorielle ?
Notre conviction est que l’État doit jouer un rôle important dans la relance économique. L’État se doit de créer un climat de confiance nécessaire en cette période à travers un cadre de gouvernance lisible. De cette manière, les pouvoirs publics permettront aux agents économiques d’anticiper une reprise.

Dans cette période d’incertitude, comment le Gouvernement peut-il soutenir les entreprises pour retrouver cette confiance ?

Toutes les mesures prises visent cet objectif. À titre d’exemple, le soutien à la préservation de l’emploi est un message fort aux entreprises pour maintenir leur premier levier de compétitivité qui est le capital humain en attendant un retour à la normale.

Un autre exemple de mesure phare est le renforcement de la commande publique. La Loi de Finances rectificative a augmenté ses investissements publics de 15 milliards de dirhams. C’est un signe de confiance qui s’accompagne de l’amélioration des délais de paiement. Cet effort devrait se maintenir en 2021. Ce type de mesures nous permettra de nous inscrire dans des perspectives de reprise prometteuses avec un taux de croissance de 5,4 %. Ces prévisions de croissance annoncées sont très réalistes et rejoignent celles de nos partenaires économiques. Bien sûr, tout dépendra également de l’évolution de la situation sanitaire.

Comment faire profiter le tissu économique de ces décisions, notamment les PME-TPME ?

C’est tout le sens des efforts déployés par le Maroc pour améliorer le climat des affaires. Ceci passe, entre autres, par la réduction des délais de paiement. Actuellement, le Comité de Veille Économique assure l’aiguillage des décisions gouvernementales et le soutien aux secteurs prioritaires. Nous l’avons démarré avec le tourisme. D’autres secteurs suivront prochainement.

Plusieurs réformes ont été lancées avant la pandémie. Comment faire pour maintenir ce train de réformes visant à l’amélioration du climat des affaires ?

Le Maroc dispose, pour la première fois, d’un processus de suivi de programme gouvernemental. Une unité au niveau du Chef de gouvernement assure cette mission. 50 % des 435 mesures annoncées ont déjà été réalisées par le Gouvernement. L’autre partie est en cours de réalisation. À partir de la 4e année du mandat du Gouvernement, nous pourrons atteindre les objectifs du programme annoncé. Je rappelle que ces réformes phares sont très attendues et qu’elles concernent autant le monde des affaires que le domaine social. La réforme des CRI avance, la révision de la Charte d’investissement est aussi en cours de finalisation, l’élargissement de la couverture médicale est également déjà bien avancée. Le travail continue à se faire pour faciliter la vie à nos entrepreneurs. Nous sommes sereins pour l’avenir.

Propos recueillis par Salaheddine Lemaizi

 

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