Formation : une offre en quête de lisibilité pour les entreprises

Depuis plusieurs années, l’offre de formation du Maroc se développe et se métamorphose. Universités publiques ou privées, écoles, centres de formation professionnelle étatiques ou non, partenariats internationaux : il est difficile de s’y retrouver pour les entreprises qui souhaitent recruter !

D’après le site Internet du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de la Formation des Cadres, le Maroc compte actuellement 12 universités publiques, regroupant 125 établissements, ainsi que 58 autres institutions d’enseignement. À cela s’ajoute le secteur privé, constitué de plusieurs universités internationales et d’environ 200 écoles à travers tout le royaume. Pour ce qui concerne la formation professionnelle, le constat est à peu près le même : l’offre de formation publique, principalement portée par l’OFPPT (Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail), est complétée par une offre privée très dense.

Des milliers de formations difficiles à cerner
Au total, ce sont plusieurs milliers de formations qui existent au Maroc et les entreprises ont souvent du mal à faire leur choix lorsqu’il s’agit de recruter des cadres ou des techniciens. Cette problématique est d’autant plus importante que le pays se développe à grande vitesse et doit fournir des ressources humaines qualifiées pour soutenir la croissance des entreprises et attirer des investisseurs. Non seulement le Maroc a besoin d’une main-d’œuvre qualifiée et spécialisée dans les nombreux secteurs qui progressent, tels que l’automobile, l’aéronautique ou la logistique, mais il doit également former les cadres et dirigeants qui vont pérenniser ce développement et permettre au royaume de franchir de nouveaux paliers.

L’entreprise, partie prenante
Pour clarifier cette offre et la rapprocher des attentes des acteurs économiques, le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de la Formation des Cadres et celui de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle ont mis en place depuis plusieurs années des politiques de partenariats avec les entreprises. Celles-ci sont encouragées à tisser des liens avec les différents acteurs de la formation pour améliorer les programmes et faire part de leurs besoins futurs en termes de ressources humaines. L’objectif est, bien entendu, d’améliorer l’employabilité des jeunes diplômés en rapprochant leurs compétences de ce qu‘attendent les entreprises. Il faut en effet rappeler que cette partie de la population est particulièrement touchée par le chômage.

Des jeunes diplômés fortement touchés par le chômage
Ainsi, au 1er trimestre 2016, le taux de chômage est de 4,3 % parmi les personnes sans diplôme, de 15,3 % parmi celles ayant un diplôme de niveau moyen (certificats de l’enseignement primaire, du secondaire collégial et diplômes de qualification ou de spécialisation professionnelle), avec un taux de 25,9 % parmi les diplômés de la spécialisation professionnelle et de 21,8 % parmi les détenteurs d’un diplôme de niveau supérieur (baccalauréats, diplômes de techniciens ou de techniciens spécialisés et diplômes d’enseignement supérieur des facultés, grandes écoles et instituts). Le taux de chômage atteint 24,2 % pour les lauréats des facultés.

… y compris les hauts diplômés
Et la situation s’aggrave, d’après le Haut-Commissariat au Plan*, y compris pour les lauréats des grandes écoles et instituts : « cette catégorie de population, qui traditionnellement soufrait le moins du chômage, commence à s’inscrire dans une tendance haussière semblable à celle connue par les autres catégories des diplômés du supérieur. Sans atteindre toutefois le niveau élevé des diplômés des facultés, dont le taux de chômage représente actuellement près de 2,5 fois le taux national, celui des lauréats des grandes écoles et instituts (9,5 %) tend à avoisiner le taux national alors qu’il était, jusqu’en 2012, de l’ordre de 5 %. » Les programmes de promotion de l’emploi se multiplient depuis plus de dix ans, avec notamment la volonté d’améliorer l’insertion des diplômés (IDMAJ, CIP, TAEHIL, etc.). Mais les résultats ne sont pas satisfaisants et d’autres approches doivent être envisagées en impliquant davantage les entreprises. Elles doivent, d’une part, mieux connaître l’offre existante et, d’autre part, participer à l’élaboration des nouvelles formations en partageant leurs besoins futurs.

Thomas Brun

* Note d’information du Haut-Commissariat au Plan au sujet de la situation du marché du travail au premier trimestre de l’année 2016.

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