Financement des PME : interview de Zakaria Fahim

Zakaria Fahim CGEMEntretien avec Zakaria Fahim, Président de la Commission PME, Grandes Entreprises et Auto-Entrepreneurs de la CGEM et Président de BDO Maroc

Conjoncture : Comment expliquez-vous la problématique des délais de paiement qui grève la trésorerie des entreprises et entrave le retour sur investissement ? 

Zakaria Fahim : Jugez-en par vous-même, les délais de paiement ont même été à l’ordre du jour d’un Conseil de Gouvernement… Des délais difficilement supportables, variables selon les secteurs : 330 jours dans le BTP, 315 jours dans le commerce ou encore 294 jours dans l’immobilier… Ce problème a occasionné d’innombrables banqueroutes suivies de dépôts de bilan. Au Maroc, le délai moyen de paiement des clients a atteint 83 jours en 2017, contre une moyenne de 66 jours à l’échelle mondiale. La dernière étude d’Euler Hermes menée à l’initiative de Bank Al-Maghrib sur un échantillon réduit laissait ressortir un délai de paiement de 129 jours pour la PME et de 158 pour la TPE. Pour mémoire, la loi prévoit une échéance maximum de 60 jours. Cet allongement abusif des délais de paiement a un impactmécanique sur les défaillances d’entreprises qui augmentent de 8 % par an, selon Inforisk.

On constate des avancées ainsi que des tentatives de prendre à bras le corps la problématique, mais il est important que tous les rouages de l’économie soient impliqués, afin de les rendre pérennes.

La mise en place de l’Observatoire des Délais de Paiement voulu par la Présidence de la CGEM va nous permettre d’avoir une bonne cartographie de la situation de nos entreprises et de pouvoir agir le plus en amont possible pour soutenir et accompagner au mieux notre écosystème. Rappelant qu’il s’agit des principaux freins au développement des TPME.

Par ailleurs, l’accélération du remboursement de la TVA, qui doit rester neutre, représente une grande bouffée d’oxygène pour nos champions à l’export et devrait remettre rapidement des liquidités sur le marché.

Comment expliquez-vous la frilosité des banques au moment de financer les PME ?

Fort heureusement, les contributions des établissements financiers à l’économie continuent de croître, y compris à destination de la PME. Néanmoins, les banques gèrent l’épargne publique et ne prêtent qu’aux PME solvables. Nous devons continuer à œuvrer pour améliorer l’intervention de la Caisse Centrale de Garantie et, en parallèle, militer pour l’activation des financements alternatifs en capital tels que le crowdfunding et les business angels.

Par ailleurs, beaucoup de PME familiales se trouvent à un virage important, celui du passage de relais. Dans ce moment critique de la vie de l’entreprise, l’accompagnement du patronat et des autres parties prenantes – en premier lieu le banquier – sont essentiels. En effet, le baromètre BDO Transmission, en partenariat avec Maroc PME, montre que 40 % de ces entreprises ont une problématique de transmission non prise en charge, ce qui les pénalise dans le coût du crédit voire dans son renouvellement.

Quelles sont aujourd’hui les initiatives mises en œuvre pour pallier tous ces problèmes que rencontrent les entreprises ?

Des concertations sont en cours ou envisagées entre le public et le patronat. Le 24 octobre dernier, Mohamed Benchaâboun, Ministre de l’Économie et des Finances, était l’hôte du patronat à Casablanca. Les Assises de la Fiscalité sont d’ores et déjà annoncées pour le premier semestre 2019. Espérons que l’assiette fiscale sera élargie et que la fiscalité retrouvera sa vraie place de levier pour le développement socio-économique. Espérons également que cela ramènera la confiance dans le tissu économique marocain.

Par ailleurs, chaque partie prenante a un rôle à jouer et doit s’inscrire dans une démarche proactive et collective. L’essentiel est d’adopter la stratégie du colibri, à savoir « faire sa part et être dans une posture d’exemplarité, pour s’inscrire dans la contagion positive ». Seule cette stratégie est capable d’inverser la tendance et de tordre le cou à ce sentiment diffus de sinistrose ambiant, contre-productif et inacceptable.

Concernant la nouvelle Loi de Finances, quelles sont les mesures proposées par la Commission PME en vue de faciliter son développement ?

La CGEM considère que la Loi de Finances n’est pas une fin en soi et qu’elle doit s’inscrire comme un outil contribuant à donner l’impulsion à l’économie réelle. La Présidence a mis en place un comité piloté par l’un de nos Vice-Présidents pour sortir de la lecture fiscale de la Loi de Finances. Nous militons pour un accompagnement global de la PME afin de lui apporter simultanément : un meilleur accès au marché, un accompagnement pour l’entrepreneur ainsi que ses collaborateurs et le financement adéquat.

Par ailleurs, je pense que les prochaines Assises de la Fiscalité pourront et devront marquer une rupture pour mettre sur la table les ingrédients nécessaires pour rétablir la confiance. Elles devront inscrire le civisme fiscal comme une vertu et le (seul) antidote ici et maintenant pour assoir une économie inclusive.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’Observatoire de la PME au sein de la CGEM ?

Contrairement aux idées reçues, la PME constitue l’essentiel de la population des adhérents à la CGEM et c’est à ce titre que nous nous sommes investis dans la création de l’Observatoire de la PME. Ce dernier nous permet d’avoir un suivi chiffré de la situation des PME, notamment concernant leur performance globale et le climat des affaires. À travers ses missions, il nous aide à savoir comment servir l’entreprise en amont et comment l’impliquer dans l’environnement macroéconomique.

Propos recueillis par Dounia Z. Mseffer

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