Entretien avec Mohammed Yousfi

Entretien avec Mohammed Yousfi, Directeur Général de l’Agence Marocaine de Développement de la Logistique (AMDL)

« Le Maroc dispose des fondamentaux pour développer une vocation logistique intercontinentale »

Où en est la Stratégie nationale de développement de la compétitivité logistique ?

Depuis la signature en avril 2010 du contrat programme entre l’État et le secteur privé, la logistique au Maroc a connu des avancées notables concernant plusieurs aspects de la Stratégie nationale. Il s’agit notamment du développement d’un réseau de zones logistiques, qui représente le barycentre de cette stratégie.

À ce titre, l’agence s’est attelée à initier un ensemble d’actions – dont l’élaboration des schémas directeurs régionaux des zones logistiques ainsi que la détermination des premiers projets à déployer au niveau de chacune des douze régions du Royaume – permettant de déclencher une réelle dynamique et de surmonter les difficultés liées à la mobilisation du foncier. Ainsi, l’AMDL a entamé ce chantier prometteur avec le lancement de la première tranche de la zone logistique au sud d’Aït Melloul. Cette dynamique va se poursuivre pour faire aboutir de nouveaux projets de zones logistiques à travers d’autres régions du Royaume, à l’instar de Fès – Meknès, Marrakech – Safi et Beni Mellal – Khénifra.

Au-delà des zones logistiques, qu’en est-il de l’amélioration de la performance des opérateurs ?

En ce qui concerne le développement de la performance des opérateurs logistiques, le secteur a connu l’installation au Maroc de grands acteurs, fournissant une offre diversifiée et répondant aux standards internationaux. De plus, afin d’accompagner les PME marocaines souhaitant s’aligner sur ces standards et rehausser le niveau de leurs pratiques, l’agence a lancé un programme de mise à niveau intégrant un accompagnement technique et financier des entreprises sur la période 2017-2021. Cette initiative s’est achevée avec succès et une deuxième édition est en cours de préparation.

Par ailleurs, il est à noter que, dans le cadre du déploiement de la stratégie, le secteur de la logistique a pu identifier des objectifs clairs en matière de formation. Ils se sont cristallisés à travers la définition d’un plan national de formation, aligné avec les besoins du secteur et coiffant vingt et un métiers. La mise en œuvre de ce plan a donné naissance à plusieurs instituts spécialisés qui ont été créés par l’OFPPT ou déployés dans le cadre de la coopération internationale.

Quelles sont les priorités de l’AMDL pour renforcer la position du Maroc comme hub logistique entre l’Europe et l’Afrique ?

L’AMDL veille au développement de zones logistiques de dimensions régionales. D’ailleurs, certaines zones, à l’image de celles de Zenata et Tanger, comptent parmi le Réseau Transméditerranéen, qui découle de la coopération entre le Maroc et l’Union européenne. De plus, d’autres zones de massification des flux seront implantées dans la zone sud du Royaume, avec par exemple une zone logistique attenante au port de Dakhla Atlantique ainsi que deux zones logistiques au niveau de Bir Guendouz et de Guergarate. Ces zones se situent dans des emplacements géographiques privilégiés et bénéficient d’une connectivité adaptée notamment aux aéroports, aux ports et aux réseaux routier et ferroviaire. Cela permet ainsi un accès rapide et efficient aux différents marchés africains et européens.

L’agence œuvre également pour l’amélioration de la chaîne logistique import-export, en partenariat avec les acteurs concernés. Elle coordonne ainsi le déploiement d’un plan d’action national qui vise à orienter l’action publique en vue de contribuer à la réduction des coûts logistiques, d’améliorer la fiabilité des chaînes logistiques et de réduire l’impact des opérations d’import-export sur l’environnement.

Enfin, l’AMDL ambitionne d’intégrer le secteur logistique parmi les secteurs prioritaires couverts par la coopération entre l’Union européenne, l’Afrique et le Maroc afin de contribuer à faciliter les échanges commerciaux et à renforcer les connexions avec les corridors stratégiques adjacents en Afrique et en Europe.

Plus concrètement, quels projets vont permettre de renforcer les flux avec le reste du continent africain ?

Le Maroc a commencé à conclure plusieurs partenariats avec des pays africains, tels que le Sénégal, le Mali, le Congo, la Guinée-Bissau et dernièrement le Tchad, afin de promouvoir la coopération et nouer des accords « win-win ». L’objectif est de soutenir ces pays dans la réalisation de projets logistiques et d’établir des relations pérennes entre les opérateurs logistiques marocains et leurs homologues. Aussi, et en vue de fluidifier les flux transfrontaliers de marchandises du sud du Maroc vers l’Afrique de l’Ouest, le Royaume témoigne d’une réelle volonté de développer un ensemble d’infrastructures logistiques au sud du pays.

La tendance de certaines entreprises européennes à relocaliser leur production à proximité suite à la pandémie de Covid-19 change-t-elle la donne pour les opérateurs logistiques ?

Cet éventuel changement représenterait d’énormes opportunités pour les opérateurs logistiques marocains, compte tenu de la proximité du Maroc avec le continent européen. De même, pour les opérateurs logistiques internationaux, cette tendance constituerait une réelle incitation à s’implanter au niveau du Royaume et à améliorer leur offre de services en vue de s’y adapter.

De son côté, l’AMDL œuvre afin que les différents acteurs logistiques installés au Maroc disposent de tous les atouts, notamment des installations modernes adaptées à leurs besoins. L’objectif est de leur permettre d’être plus agiles et plus flexibles face aux mutations des marchés national et international.

Cette agilité sera grandement facilitée en s’appuyant sur des mécanismes déjà mis en place, tels que le programme PME Logis. Ce programme d’appui dédié aux PME du secteur offre plusieurs types d’aides pouvant répondre aux problématiques et aux défis qu’elles rencontrent actuellement.

Au-delà des infrastructures, qui progressent, que manque-t-il encore au Royaume pour s’imposer comme hub logistique incontournable entre les deux continents ?

Je pense que le Maroc dispose déjà des fondamentaux qui permettent de développer une vocation logistique intercontinentale. Par exemple, il est impératif, pour l’émergence d’un hub logistique, de disposer de l’environnement financier adéquat. Et, dans ce registre, le Maroc jouit d’une position de leader en termes de centres financiers sur le continent africain, avec la place financière de Casablanca Finance City (CFC), qui occupe depuis quelques années la première place en Afrique selon l’index GFCI. Le CFC est considéré aujourd’hui comme un hub économique et financier africain, situé à la croisée des continents, proposant une valeur ajoutée et un accompagnement de qualité qui favorisent les transactions logistiques.

En outre, grâce aux réformes entreprises, aux efforts déployés pour l’adoption de stratégies de diversification de l’économie et à l’assouplissement des cadres réglementaire, institutionnel et administratif, le Maroc se donne plus de chances pour développer un hub logistique multiproduit.

Tant d’acquis, conjugués aux nombreux projets planifiés au niveau de l’ensemble des stratégies sectorielles adoptées, permettront au Royaume, grâce à une coordination renforcée, de se positionner en tant que plateforme logistique intercontinentale par excellence.

Propos recueillis par Thomas Brun

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