Entretien avec Jean-Pascal Darriet

« Les besoins en termes de protection du risque d’inondations sont très importants sur Casablanca. »

Entretien avec Jean-Pascal Darriet, Directeur général de Lydec

Conjoncture : Quel est votre plan d’actions en vue d’accompagner la croissance de la métropole et de garantir aux Casablancais un service de qualité ?

Jean-Pascal Darriet : L’expansion du Grand Casablanca à un rythme de plus de 300 ha par an induit une augmentation des besoins de base en eau, en assainissement et en énergie. En tant que gestionnaire de quatre services essentiels (alimentation en eau potable, évacuation des eaux usées et pluviales, distribution d’électricité et en charge du métier de l’éclairage public), nous contribuons à cette expansion en rendant nos réseaux intelligents, s’inscrivant ainsi dans l’ambition de Casablanca de se transformer en « Smart City ».

Un réseau intelligent est un ensemble de solutions et de systèmes qui utilisent les Systèmes d’Information Géographique (SIG) ou des techniques connectées, permettant alors aux opérateurs de réseaux de contrôler le fonctionnement des réseaux et ouvrages, de diagnostiquer les incidents, de prioriser et de gérer, en continu et à distance, les opérations de maintenance. Grâce aux nouvelles solutions que nous déployons, nous arrivons à optimiser la gestion de nos réseaux, la gestion de la ressource, le service clientèle et la consommation de l’énergie. Notre objectif principal est d’améliorer la qualité du service fourni tout en optimisant les coûts d’exploitation et d’investissement. Depuis 1997, année de démarrage des activités de Lydec, la Gestion Déléguée a investi 24,8 milliards de dirhams dont près de 44 % en financement direct par le délégataire afin d’accompagner la ville dans sa transformation.

Quelles sont les actions mises en place par Lydec pour améliorer les rendements sur les réseaux d’eau potable ?

Lydec dispose d’un plan d’actions qui vise à évoluer vers une gestion intelligente de la ressource en eau et à renforcer les infrastructures, afin d’accompagner la croissance de la ville de Casablanca et de garantir aux clients un service de qualité. Notre mission est d’assurer l’alimentation en eau potable pour toutes nos parties prenantes dans un contexte de stress hydrique et d’urbanisation. C’est ainsi que nos équipes opérationnelles veillent à limiter les pertes en eau potable, notamment celles dues aux fuites dans les réseaux. À ce titre, l’amélioration du rendement du réseau de distribution est un objectif central de notre politique environnementale au niveau opérationnel.

En 2020, nous avons poursuivi notre plan d’amélioration du rendement du réseau, ce qui nous a permis de maintenir le rendement à un bon niveau de performance, de l’ordre de +77 %, dans un contexte de croissance horizontale de la ville. Aussi, et chaque année, nous mettons en service plus de 150 km de réseaux supplémentaires. L’année dernière, nous avons notamment économisé plus de 10 millions de m3 d’eau potable.

Les actions menées ont concerné, entre autres, la maintenance et l’exploitation rigoureuse de la sectorisation périodique, mais également l’augmentation de la capacité de recherche des fuites d’eau à travers le renforcement des équipes dédiées à cette opération et du parc des détecteurs acoustiques fixes des fuites (2 000 détecteurs au total). Lydec a fait évoluer son réseau d’eau potable et a mis en place des solutions intelligentes permettant une meilleure pertinence des actions de réduction des eaux non facturées.

On peut citer, par exemple, l’inspection des grosses canalisations par la technologie smart ball : 10 km de linéaire prospectés et des pertes recherchées de plus 20 l/s. En 2020, les équipes de Lydec ont écouté près de 12 000 km de réseaux lors des opérations d’inspection nocturne. Ce qui leur a permis de détecter et réparer plus de 1 300 fuites d’eau sur les conduites et près de 15 000 fuites d’eau sur les branchements et les postes de comptage. Les équipements et les technologies mis en place sur Casablanca font de cette exploitation l’un des sites du groupe Suez les plus à la pointe de la technologie dans le monde et c’est une grande fierté pour les équipes de Lydec.

Comment la collecte des eaux pluviales est-elle gérée dans le Grand Casablanca ?

Parmi les missions de Lydec figurent aussi la lutte contre les inondations et la collecte des eaux pluviales. L’année dernière, nous avons mis en place ou poursuivi différents chantiers. Citons notamment la galerie des eaux pluviales de la RN1 et ses dessertes gravitaires. Cet ouvrage sera raccordé au Super Collecteur Ouest (SCO) et protégera l’axe routier principal Casablanca-El Jadida contre les inondations. Il permettra aussi l’assainissement des eaux pluviales des zones d’extension de l’arrondissement de Hay Hassani. Il y a également la galerie de stockage des eaux pluviales de Hay Sadri d’une capacité d’environ 14 000 m3, en diamètre équivalent DN4000, sur une longueur de 1,4 km. Cette infrastructure, qui s’inscrit dans le cadre de la réalisation du Système de Renforcement Est (SRE), a pour objectif de supprimer les débordements du secteur Hay Sadri et au niveau de l’avenue Mohamed Bouziane pour une pluie de période de retour maximale de 5 ans. La galerie fonctionnera en stockage en attendant la réalisation du SRE. Parmi les autres chantiers, il y a aussi la galerie des eaux pluviales de Tamaris. Cet ouvrage, qui s’étend sur un linéaire de 1 200 m, vise à assainir les eaux pluviales d’une zone de plus de 400 ha au niveau de l’Ouest de la Commune de Dar Bouazza. La galerie rejettera les eaux pluviales collectées au niveau de la mer. Enfin, la réhabilitation du collecteur T150 au niveau du boulevard Mohammed V.

Les besoins en termes de protection du risque d’inondations sont très importants sur Casablanca, c’est pourquoi ces investissements mis en œuvre ont une importance majeure. Ils s’inscrivent dans le cadre du schéma directeur d’assainissement liquide et sont initiés au rythme des financements disponibles.

Quel est le dispositif de sensibilisation et de mobilisation développé par Lydec autour de la réutilisation des eaux usées ?

Nous voulons anticiper les enjeux à venir. C’est ainsi que nous menons l’expérimentation de la réutilisation des eaux usées traitées, afin de pouvoir demain disposer de ressources en eaux alternatives. En 2013, Lydec a mis en service la station d’épuration des eaux usées de Médiouna dimensionnée pour 40000 équivalents habitants extensibles à 80 000. Il s’agit de la première STEP d’Afrique du Nord à utiliser un processus combinant le procédé des boues activées et la technologie membranaire. L’ouvrage est certifié selon la norme ISO 14001 et est performant puisqu’il atteint une qualité d’épuration qui permet la réutilisation des eaux à des fins d’irrigation agricole. Pour démontrer la pertinence et l’intérêt de la réutilisation des eaux épurées de la STEP dans l’agriculture urbaine et biologique, la Fondation Lydec a aménagé en 2016, en partenariat avec une association d’universitaires, l’ARADD (Association Recherche-Action pour le Développement Durable), un jardin expérimental d’agriculture urbaine de 1 600 m2, sur le site de la station.

Il regroupe plus de 80 espèces végétales. Les eaux usées traitées de la STEP sont utilisées pour leur arrosage et les boues déshydratées sont utilisées comme fertilisants. L’espace est aussi un lieu de sensibilisation ouvert à l’ensemble de nos parties prenantes (élèves et étudiants, riverains, associations, agriculteurs, élus…) en faveur de la protection de l’environnement et du développement de l’économie circulaire.

En plus de promouvoir l’économie circulaire et d’encourager durablement la réutilisation des eaux usées traitées, il faut poursuivre la mise en œuvre d’une réglementation incitative et facilitatrice. Ces politiques publiques économiquement incitatives permettront d’accélérer la transition vers l’économie circulaire.

De quelle manière Lydec sensibilise-t-elle le grand public à l’économie de l’eau ?

Un des trois axes de la Fondation Lydec est la sensibilisation et l’éducation à l’environnement et au développement durable. Cela inclut bien évidemment la question de l’eau et de sa préservation. C’est ainsi que notre Fondation promeut la préservation de la ressource en eau. Elle peut s’appuyer sur des partenaires de référence, à savoir l’Association des Enseignants des Sciences de la Vie et de la Terre (AESVT), l’Association Recherche-Action pour le Développement Durable (ARADD) et l’Alliance Marocaine pour le Climat et le Développement Durable (AMCDD), pour mener des actions concrètes dans ce sens (expositions sur l’économie de la ressource, tables rondes autour de la question, projets d’éco-hammams, d’espace expérimental d’agriculture urbaine…). Par ailleurs, Lydec est l’un des membres fondateurs de la Coalition marocaine pour l’eau (Coalma) de par ses métiers de distribution d’eau potable et d’assainissement liquide et son engagement en faveur de la gestion durable de la ressource en eau. L’objectif est de mener des campagnes de sensibilisation et d’éducation, d’organiser des colloques et des manifestations scientifiques, mais aussi de développer des partenariats entre les différents acteurs nationaux et internationaux dans le domaine de l’eau.

Propos recueillis par Dounia Zineb Mseffer

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