Entretien avec Hicham Mellakh

Entretien avec Hicham Mellakh, Président de la Commission compétitivité logistique et énergétique de la CGEM et associé gérant de Transmel Group

« Nous souhaiterions faire évoluer la stratégie nationale »

Comment se porte le secteur de la logistique au Maroc ?

De nombreux progrès ont été réalisés ces dernières années et les acteurs font de leur mieux, mais il reste encore beaucoup à faire. Vu de l’extérieur, le secteur est toujours en retard dans certains domaines. Par exemple, les zones logistiques prévues tardent à être créées, la digitalisation est trop rare et le secteur informel demeure prédominant. La stratégie nationale est pourtant ambitieuse, mais elle date un peu et, avec la CGEM, nous souhaiterions la faire évoluer. De plus, la pandémie a bouleversé tous les flux mondiaux et c’est le bon moment pour améliorer notre approche afin d’affronter les nouveaux défis !

Dans ce contexte, le Maroc peut-il se positionner comme un véritable hub logistique entre l’Europe et l’Afrique ?

Oui, car il a tous les atouts pour le faire, en particulier au niveau des infrastructures. D’ailleurs, plusieurs grandes entreprises internationales ont choisi le Maroc comme hub logistique pour l’Afrique, voire le monde. Par exemple, Decathlon et 3M se sont installés à Tanger Med. En plus des infrastructures, il y a dans cette région une réelle dynamique, impulsée notamment par le CRI, qui attire de plus en plus de groupes internationaux. C’est le modèle à suivre dans l’ensemble du Royaume, d’autant que la pandémie a renforcé la position du Maroc comme hub logistique pour les pays européens, où les industriels privilégient dorénavant la proximité et la flexibilité pour leurs approvisionnements.

Alors que manque-t-il pour devenir réellement incontournable entre les deux continents ? 

Il faut accompagner tout cela par une vraie force de vente internationale pour donner de la visibilité à l’offre marocaine. L’objectif est d’arriver rapidement à une taille critique pour massifier les flux et être toujours plus compétitifs. Ensuite, il y a encore des progrès à faire au niveau des zones logistiques : il est important de les déployer en favorisant la complémentarité entre les différents modes de transport. Il serait par exemple intéressant de faciliter le lien entre fret aérien et transport routier avec des zones logistiques autour des aéroports.

Quels sont les défis à relever pour devenir encore plus compétitifs ?

Il faut absolument accélérer la digitalisation de tous les acteurs. En Europe, beaucoup de bourses de fret sont digitalisées, alors que les opérateurs marocains ne sont pas toujours capables de s’y connecter. Il est nécessaire de les accompagner dans leur transformation digitale pour que l’ensemble du secteur devienne plus efficace et compétitif.

Par ailleurs, il faut également se positionner au niveau de la décarbonation, qui est un critère important pour les entreprises internationales. Par exemple, dans plusieurs pays européens, on voit que le ferroutage est souvent privilégié. C’est une piste à suivre aussi au Maroc, en imaginant un mix route – rail jusqu’au sud du Royaume, pour être encore plus attractifs. Les consommateurs européens sont de plus en plus sensibles au bilan carbone des produits et le Maroc doit être au rendez-vous.

Comment travaille la CGEM sur ces sujets et quelles sont ses recommandations ?

La CGEM suit et accompagne tous les projets qui peuvent permettre le développement du Maroc en tant que hub logistique. Nous guidons les entreprises et nous sommes force de proposition pour le gouvernement. Nous pensons d’ailleurs que l’accès à l’information est un grand chantier à mener : il faut que les chefs d’entreprise puissent consulter les études sectorielles, les analyses des flux logistiques et leurs coûts pour pouvoir prendre les bonnes décisions et progresser.

Enfin, il y a également la problématique des visas qui se pose pour accéder à l’Europe : nous avons besoin d’une simplification pour les acteurs de service. En effet, nous sommes aux cœurs des flux internationaux et ces difficultés font perdre du temps et de l’argent à tous les secteurs. On ne peut pas traiter les conducteurs routiers comme des voyageurs lambda. Les gouvernements doivent donc y penser sérieusement, car au-delà des accords commerciaux il faut pouvoir transporter les marchandises !

Propos recueillis par Thomas Brun

 

Articles à la une