Entrepreneuriat féminin : quels outils de financement ?

« L’entrepreneuriat féminin peut et doit jouer pleinement son rôle dans l’essor économique et social du pays »

Hicham Zanati SerghiniEntretien avec Hicham Serghini Zanati, Directeur Général de la Caisse Centrale de Garantie.

Conjoncture : En 2013, la CCG s’est associée à l’AFEM pour promouvoir l’entrepreneuriat féminin en créant le fonds « Ilayki ». Qu’est-ce qui a motivé la CCG ?

Hicham Serghini Zanati : Premier produit financier gendarisé au Maroc, Ilayki a été lancé par la CCG en 2013. Ce qui a motivé cette initiative c’est tout d’abord l’intérêt de renforcer la contribution des femmes au développement économique et social de notre pays. L’objectif à travers la mise en place de cet instrument de garantie incitatif, basé sur l’approche « genre », est de donner une impulsion au secteur bancaire pour l’aider à développer une offre spécifique réservée aux entreprises dirigées par des femmes.

À cette occasion, un protocole d’entente entre la CCG et l’Association des Femmes Chefs d’Entreprise du Maroc (AFEM) a été signé en mars 2013 pour accompagner l’association dans l’information et la sensibilisation de ses membres sur le produit Ilayki ainsi que sur les différents instruments de garantie et de cofinancement. C’était à la fois un geste symbolique qui va dans le sens d’une discrimination positive en faveur de l’entrepreneuriat féminin ainsi qu’une première initiative incitative qui a permis de dynamiser les crédits garantis par la CCG dédiés aux femmes chefs d’entreprise dont le volume a été multiplié par trois entre 2014 et 2017. D’ailleurs, l’activité du produit Ilayki a connu en 2017 un essor remarquable avec une hausse de 169 % par rapport à l’exercice 2016, suite au reparamétrage de ses modalités d’intervention (ouverture de l’éligibilité aux entreprises détenues majoritairement par une ou plusieurs femmes et couverture des crédits à court, moyen ou long terme).

Quelles sont les conditions pour bénéficier de l’offre «Ilayki»?
La garantie Ilayki est mise à la disposition des banques et des sociétés de leasing partenaires pour couvrir les crédits d’investissement et d’exploitation. Les crédits éligibles doivent remplir les conditions suivantes : bénéficier à des entreprises, personnes physiques ou morales de droit marocain, dont le capital est détenu majoritairement par une ou plusieurs femmes ; et le montant du prêt ne doit pas excéder 1 million de dirhams. Tous les secteurs d’activités sont éligibles, à l’exclusion de la promotion immobilière et de la pêche hauturière.

Comment expliquez-vous la frilosité des banques quand les femmes veulent accéder à des financements ?
Les diagnostics qui ont été effectués jusqu’ici sur la question de l’entrepreneuriat féminin mettent en avant plusieurs problématiques. L’accès au financement en fait naturellement partie – c’est un problème qui se pose pour toutes les entreprises, par ailleurs – à cause de l’insuffisance de la surface financière et des sûretés des porteuses de projets. Il semble que cela concerne davantage les femmes entrepreneures, en raison notamment de certaines réalités culturelles et socio-économiques. D’où l’intérêt d’instruments de garantie tels qu’« Ilayki » qui permettent de partager les risques avec le secteur financier pour l’inciter à financer davantage de projets.

Selon vous, quels sont les facteurs qui encouragent, aujourd’hui le développement de l’entrepreneuriat féminin au Maroc et quels sont les principaux freins ?
Il existe de nombreux facteurs d’encouragement, à commencer par les progrès et l’évolution de la place de la femme marocaine dans la société au cours des dernières années. Des initiatives pour améliorer l’accès au financement ont également été adoptées par l’État, les bailleurs de fonds étrangers et le secteur bancaire qui s’engage de plus en plus dans le financement de l’entrepreneuriat féminin. Quant aux freins, ils sont d’abord culturels. Il faut agir dans ce sens sur la sensibilisation des femmes pour les encourager à croire en elles et sensibiliser de même le reste de la société pour briser les stéréotypes.

Dans quelle mesure l’entrepreneuriat féminin au Maroc peut-il constituer un levier majeur dans la dynamique économique et sociale ?
Il est clair que l’entrepreneuriat féminin, qui aujourd’hui ne dépasse pas 10 à 12 %, peut et doit jouer pleinement son rôle dans l’essor économique et social du pays. En soutenant et en encourageant les femmes à entreprendre, on démultiplie la création de croissance et d’emplois.

Selon vous, quelles seraient les autres mesures à prendre pour encourager davantage l’entrepreneuriat féminin ?
Il faut d’abord agir sur l’éducation à l’esprit d’entreprendre, améliorer l’information et la sensibilisation des porteuses de projets pour les inciter à prospecter et à bénéficier des différentes possibilités qui existent en matière de financement et d’accompagnement, notamment par le tissu associatif.

Propos recueillis par Dounia Z. Mseffer

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