Énergie : 105 milliards de dirhams d’investissement

Les Plans éolien et solaire vont nécessiter un investissement de plus de 100 milliards de dirhams en 10 ans. Outre les fonds d’investissement mis en place par l’État, plusieurs institutions financières internationales (Banque mondiale, BERD, BAD, BEI, KfW, AFD…) apportent leur soutien au développement des énergies renouvelables. Les banques locales commencent à proposer des produits financiers pour l’efficacité énergétique.

La politique énergétique que le Maroc déploie actuellement est très capitalistique. Selon les évaluations, l’investissement nécessaire pour exécuter les Plans solaire et éolien s’établit autour de 105 milliards de dirhams sur la période 2010-2020. À cela, il faut ajouter les investissements dans l’hydroélectrique et l’efficacité énergétique. C’est dire si la nouvelle politique énergétique est coûteuse. Toutefois, face à une facture énergétique non maîtrisable, le choix des énergies renouvelables se justifie. Plusieurs canaux sont mis à contribution pour financer la politique énergétique : l’État, les fonds d’investissement, les bailleurs de fonds internationaux sans oublier les banques.

L’État est bien évidemment le premier acteur concerné. Ne pouvant financer ces Plans éolien et solaire via le budget, l’État a mis en place des véhicules d’investissement. Dotée d’un capital d’un milliard de dirhams, la Société d’Investissements Énergétiques (SIE) a été créée spécialement à cet effet. L’Etat a également lancé un Fonds de développement énergétique d’un montant d’un milliard de dollars, dont le capital provient des dons de l’Arabie Saoudite (500 millions de dollars), les Émirats Arabes Unis (300 millions de dollars) et du Fonds Hassan II pour le développement économique et social (200 millions de dollars).

Noor Ouarzazate
Centrale photovoltaïque Noor de Ouarzazate

Financement assuré par les bailleurs de fonds
Face à l’ampleur des besoins, l’État a fait appel aux bailleurs de fonds dont les mécanismes de financement sont plus appropriés pour ce genre d’investissement. Ces projets nécessitant de gros montants pour des remboursements sur le long et même très long terme (de 20 à 30 ans) et à des conditions préférentielles. Du coup, les premiers projets du programme solaire sont financés essentiellement par les bailleurs de fonds, plus précisément KfW, Banque Mondiale, AFD, BAD et BEI. Ainsi, Noor II et Noor III de la centrale de Ouarzazate vont bénéficier des concours de KfW et de la Banque Mondiale, respectivement à hauteur de 650 et 400 millions d’euros.

L’Union européenne appuie le Plan Solaire Marocain (PSM) dont les investissements sur la période 2010-2020 sont estimés à 74 milliards de dirhams. La Commission européenne pour le climat et l’énergie, dans le cadre de la Facilité d’Investissement pour le Voisinage, a accordé des dons pour la réalisation de la centrale thermosolaire de Ouarzazate pour un montant global de 1 235 MDH (330 MDH pour Noor I, 440 MDH pour Noor II et 465 MDH pour Noor III). L’Agence Française de Développement (AFD) avait apporté un prêt de 100 millions d’euros au projet Noor I. Idem pour la BEI qui a aussi accordé un prêt de 100 millions d’euros.

Plus récemment, la Banque mondiale a accordé au Maroc un prêt de 148,95 millions de dollars visant à soutenir l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

MorSEFF : accompagner les entreprises
Les banques marocaines ont, quant à elles, du mal à financer ces projets avec des durées de remboursement qui s’étalent sur du très long terme. C’est pourquoi elles ont été absentes du financement du projet solaire Noor de Ouarzazate. En matière d’efficacité énergétique, le fonds MorSEFF (Morocco Sustainable Energy Financing Facility) a été lancé pour faciliter l’émergence de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Il vise à accompagner les PME et grandes entreprises privées (notamment celles opérant dans la construction, le tertiaire ou les services énergétiques) dans la mise en œuvre de projets d’énergies renouvelables et/ou d’efficacité énergétique.

Une facilité de 80 millions d’euros a été mise à la disposition des banques marocaines dans le cadre du lancement du Mécanisme de Financement pour l’Énergie Durable au Maroc (MFED Maroc), initié par la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), l’Agence française de développement (AFD), la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW). Les banques pourront financer des projets en faveur de l’efficacité énergétique, ainsi que des projets d’énergie durable à petite échelle, pour des montants allant de 3 à 150 MDH. Des prêts, une assistance technique gratuite et des incitations à l’investissement sont combinés en un produit unique. L’objectif est de promouvoir les technologies économes en énergie et axées sur les énergies renouvelables, d’améliorer la sensibilisation dans ce domaine, de réduire les frais d’exploitation et d’encourager la compétitivité.

BMCE Bank a été la première banque marocaine à proposer des produits financiers dans le cadre de ce programme. Ces offres visent à aider les entreprises à se lancer dans l’autoproduction et l’efficacité énergétique via le MorsSEFF et avec le soutien du MFED Maroc (facilité de 20 millions d’euros).

 

Rachid Hallaouy

 

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