Compétitivité internationale : où se situe le Maroc ?

Bien que doté d’atouts certains, le Maroc peine à s’imposer sur le plan international. Si le Royaume a rattrapé son retard sur certains volets tels que les infrastructures, il reste néanmoins des efforts à fournir pour améliorer le climat des affaires.
En diversifiant son offre et en effectuant un saut qualitatif, le Maroc devrait non seulement favoriser ses exportations, mais aussi stimuler la demande intérieure et accroître son PIB. Afin de consolider son développement, le Royaume doit par ailleurs encourager les investissements privés, nationaux ou internationaux. En 2013, les Investissements Directs Étrangers (IDE) s’élevaient ainsi à 39,6 milliards de dirhams, marquant une reprise après la crise financière internationale.Pour le Maroc, le premier enjeu de la compétitivité est d’équilibrer sa balance commerciale devenue structurellement déficitaire depuis quelques années, notamment en raison de la hausse de la facture énergétique et de l’accroissement de la demande nationale. Selon l’Office des Changes, la balance commerciale (hors secteur des services) s’établit à -195,2 milliards de dirhams en 2013 (contre -202 milliards en 2012), avec un taux de couverture de 48,6 %. Outre la dépendance énergétique, ce déficit met en lumière la faible compétitivité des exportations marocaines. Ces dernières sont peu diversifiées, que ce soit en termes de produits exportés ou de marché cible. L’essentiel des échanges internationaux se concentre vers l’Europe, en particulier vers la France et l’Espagne qui représentent respectivement 20,5 % et 18,2 % des exportations en 2011. Les exportations marocaines se caractérisent également par une faible valeur ajoutée : elles sont constituées pour une grande part de réexportations, demi-produits et produits de consommation.

La nécessité de s’ouvrir vers l’international ne fait plus débat. La question est de négocier les meilleures conditions dans le cadre des accords de libre-échange. Or, le Maroc doit être en mesure de présenter des arguments de poids, à savoir une offre qualitative et diversifiée, une main-d’œuvre qualifiée et un climat des affaires propice au développement économique.

 

Le Maroc, classé 77e par le WEF

Selon le classement 2014 du Forum Économique Mondial (World Economic Forum), le Maroc arrive 77e sur 148 pays, perdant 7 places par rapport à l’année précédente. Ce classement utilise un ensemble d’indicateurs permettant d’évaluer la compétitivité globale des pays. Parmi les points forts du Maroc, on retrouve notamment la maîtrise de l’inflation, la stabilité des institutions, la qualité des infrastructures, ainsi que le potentiel du marché. En revanche, plusieurs points faibles apparaissent : l’analphabétisme, le retard accusé dans l’enseignement supérieur et la formation professionnelle ainsi que l’inadéquation des compétences au regard des besoins du marché (à l’origine du fort taux de chômage chez les jeunes). Le Royaume enregistre aussi un décalage en matière d’innovation et de capacités technologiques. Le rapport fait en outre mention des facteurs qui pénalisent le climat des affaires tels que les lourdeurs administratives, la corruption, la difficulté d’accès au financement et la fiscalité. Ces derniers éléments sont confirmés par le classement Doing Business 2014 : le Maroc se positionne à 87e place sur 189 pays.

 

Des avantages compétitifs à valoriser

Les grandes stratégies nationales de développement ont toutes identifié les atouts du Maroc. Son premier point fort, connu de longue date, mais pas suffisamment valorisé, c’est sa position géographique stratégique au croisement des axes Nord-Sud (Europe- Afrique) et Est Ouest (Amérique-Asie). Cette proximité avec l’Europe et les principaux marchés cibles offre un réel avantage en termes de coûts logistiques et de réactivité de la capacité productive. Les salaires restant, pour leur part, encore compétitifs au regard du niveau de qualification. Les grands projets d’infrastructure tels que le port Tanger Med, les autoroutes et les zones franches ont permis au Maroc de rattraper en partie son retard. Le pays bénéficie en outre de réseaux télécoms performants. Tous ces atouts viennent appuyer le projet du Maroc de devenir le « Hub » facilitant l’accès aux marchés africains, en pleine expansion.

Par ailleurs, en comparaison des pays voisins, la stabilité politique du Royaume rassure les investisseurs, de même que la stabilité monétaire et le maintien d’un taux de croissance positif. Malgré certaines difficultés de mise en œuvre, il existe une forte volonté politique de mener les réformes, d’améliorer le développement humain et de déployer des stratégies sectorielles ambitieuses.

 

D’importants chantiers à mener

Pour accroître sa compétitivité, le Maroc doit poursuivre et engager d’importants chantiers, que ce soit sur le plan des réformes ou des stratégies d’investissement. Un rapport de l’OCDE publié en 2011, portant sur la compétitivité et développement du secteur privé au Maroc identifie les principaux défis à relever afin d’améliorer durablement le climat des affaires.

Le premier chantier concerne la justice et le renforcement du cadre réglementaire des entreprises qui permettront de lutter contre l’informel et la corruption. Aujourd’hui les tribunaux de commerce sont engorgés et il n’existe pas de réelle alternative (comme la médiation) pour régler les litiges commerciaux. L’informel limite, quant à lui, le développement d’un tissu économique sain, où la concurrence n’est plus faussée. Ce qui est indispensable pour créer des emplois stables et aider les PME à prendre leur place au sein de l’économie. Cette réforme du cadre juridique doit également être accompagnée par une réforme administrative et fiscale afin de gagner en transparence et en efficacité. Le problème foncier (notamment la protection de la propriété), qui freine actuellement de nombreux investisseurs, illustre la complexité d’un système où cohabitent droit civil et coutumes ancestrales.

En ce qui concerne son offre de produits et service, le Maroc doit effectuer une importante mise à niveau sur le plan de la productivité et de la valeur ajoutée. Cela passe bien entendu par la qualification des ressources humaines et la mise en place de mesures incitatives pour favoriser l’innovation. Le rapport de l’OCDE souligne par ailleurs la nécessité de coordonner les politiques d’emploi, de formation et d’éducation pour que les compétences soient plus en phase avec les besoins économiques. Une mise à niveau doit être également menée dans le domaine de la qualité et de la certification pour mieux répondre aux normes internationales d’exportation. Pour une meilleure efficacité des accords de libre-échange, les conditions doivent préalablement faire l’objet d’une évaluation afin d’en mesurer pleinement les retombées pour le pays.

Concernant les infrastructures, le rapport relève les efforts réalisés dans le cadre des grands chantiers, efforts qui doivent être poursuivis afin de renforcer le maillage intérieur. L’extension des infrastructures contribuera ainsi à l’amélioration de la compétitivité régionale, l’essentiel de l’activité économique étant actuellement concentré sur l’axe Casablanca/Rabat.

Enfin, pour affermir sa compétitivité, le Maroc doit favoriser l’émergence des PME. Aujourd’hui, le secteur est très peu compétitif en raison de faiblesses structurelles : difficulté d’accès au financement, concurrence de l’informel, ouverture restreinte à l’international, retard en matière d’innovation et de technologies… Les PME font également l’objet d’un « chevauchement des stratégies sectorielles », qui nécessite une remise à plat.

 

Nadia Kabbaj, journaliste

 

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