Comment tisser des liens entre écoles et entreprises ?

Aujourd’hui, les liens entre les établissements de l’enseignement supérieur et les entreprises ne se limitent plus à la simple offre de stage. De plus en plus, la collaboration démarre en amont de la formation des étudiants, dès la conception des programmes. L’entreprise dispose ainsi de profils déjà opérationnels, formés selon ses besoins en compétences. Quant à l’école, elle offre une meilleure employabilité et des débouchés concrets pour ses étudiants.

Pour la majorité des entreprises, le principal lien avec les écoles réside dans la proposition de stages. Cette solution est souvent considérée comme intéressante pour étoffer les effectifs et bénéficier de ressources humaines peu coûteuses. Mais, au-delà de cette conception étroite des stages, il est important de les considérer surtout comme une contribution à la formation des étudiants, en améliorant ainsi le futur marché de l’emploi.

Les stages comme contribution à la formation
La 3e édition du Baromètre du marché des stages au Maroc, publiée en 2015 par Stagiaires.ma, indique clairement une corrélation entre stages et employabilité. En d’autres termes, plus un étudiant effectue des stages en entreprises et plus il a de chances d’être recruté rapidement, une fois diplômé. Parfois, c’est même en fin de stage que le recrutement est réalisé. Pour l’entreprise, cela signifie qu’un étudiant qui a été régulièrement intégré au monde professionnel dispose d’une meilleure formation. Il y a donc une logique collective à entretenir : plus le nombre de stages proposés est élevé et plus la proportion de diplômés fortement employables augmentera.

C’est ce que confirme Youssef El Hammal, Directeur fondateur de Stagiaires.ma : « Il y a un vrai décalage entre les besoins du marché de l’emploi et les formations assurées par les écoles. Ainsi, le stage peut jouer le rôle de catalyseur pour combler les lacunes ». Bien entendu, cela implique, pour les entreprises, de bien encadrer chaque expérience en veillant à respecter les objectifs du stagiaire pour l’amener à progresser véritablement. De même, du côté des écoles, il faut préparer et sensibiliser les étudiants à bien se comporter lors des stages. Le baromètre de Stagiaires.ma relève en effet que de nombreux efforts sont à accomplir de part et d’autre sur ce volet.

Impliquer les entreprises dans la formation
Toujours dans l’optique de tisser des liens, une autre approche consiste à faire intervenir l’entreprise directement au sein des écoles pour échanger avec les étudiants et les faire travailler sur des études de cas réels. C’est par exemple ce que font l’EFA (École Française des Affaires) et Com’Sup, école supérieure de communication et de publicité, en demandant à Up Maroc (ex-Groupe Chèque Déjeuner) de venir proposer un sujet de réflexion à leurs étudiants.
Dans un premier temps, l’entreprise est venue présenter une problématique de marketing et communication autour de la commercialisation en ligne de son chèque-cadeau Cadhoc au Maroc. Les étudiants se sont montrés très intéressés par la thématique du e-commerce et ont constitué des groupes de travail pour réfléchir et répondre à cette étude de cas.
Les résultats ont ensuite été exposés aux responsables de Up Maroc lors de présentations orales qui ont donné une belle envergure au projet. L’enjeu est en effet de placer les futurs diplômés face à des professionnels qui vont instaurer un dialogue différent de celui mené habituellement par les enseignants. Ainsi confrontés au monde de l’entreprise, les étudiants mesurent ce qui leur reste à apprendre et gagnent en maturité.

Partenariat gagnant-gagnant
Pour Amine Barkate, Directeur de l’EFA, cette expérience est très positive : « Pour réussir ce projet nous avons travaillé en étroite collaboration avec Up Maroc qui est un modèle d’entreprise. Ils sont très professionnels dans leur approche et ont remis dès le départ aux étudiants un brief détaillé, digne d’un véritable appel d’offres ! Cela a beaucoup plu à nos étudiants de 2e année ainsi qu’à leurs enseignants qui ont pu travailler sur une étude de cas très réaliste. L’émulation était très forte et nous ne pouvons que souligner l’intérêt de ce projet dans la progression de nos élèves. » Même son de cloche chez Azzedine Lazrak, Directeur pédagogique de Com’Sup : « il est très important pour nos étudiants d’être au contact du milieu professionnel dans lequel ils seront amenés à évoluer. L’école est notamment impliquée avec le GAM (Groupement des Annonceurs Marocains), où elle occupe une vice-présidence, et elle invite régulièrement des entreprises à proposer des études de cas en Licence et Master. Le projet avec Up Maroc m’a particulièrement intéressé, car il traite de e-commerce et de médias sociaux, qui sont des thèmes incontournables pour l’école ». Du côté de l’entreprise, l’expérience est également très appréciée. Hervé Gombert, Directeur Général de Up Maroc, y voit un double intérêt : « D’une part, nous rencontrons un public jeune qui fait partie de notre cible et que nous ne côtoyons pas vraiment le reste du temps : c’est donc un échange très riche qui s’instaure. D’autre part, nous estimons que c’est le devoir d’une entreprise citoyenne que de contribuer à la formation de futurs diplômés. Nous considérons les écoles et universités comme des parties prenantes et nous sommes à l’écoute de leurs demandes. Enfin, c’est un excellent moyen de faire connaître nos besoins en compétences et de permettre ainsi aux écoles d’ajuster leurs programmes pour améliorer l’employabilité de leurs futurs diplômés. »

Toujours plus de liens
Conscientes de l’intérêt que représentent ces échanges avec les entreprises, de plus en plus d’écoles cherchent à multiplier les opportunités de rencontres. Amine Barkate explique ainsi que l’EFA développe une véritable stratégie pour attirer les professionnels : invitations aux entretiens d’admission, présence dans les jurys de soutenance, recherche de tuteurs pour encadrer chaque étudiant, organisation d’un forum des métiers, multiplication des stages, etc. « Plus les entreprises sont présentes à l’école et plus notre formation est pertinente », estime-t-il. Les opportunités sont donc nombreuses pour les entreprises qui souhaitent se rapprocher des écoles et ainsi s’impliquer dans la formation. Cette démarche est intéressante à plus d’un titre : elle permet d’améliorer les compétences des futures ressources humaines du Royaume et d’exposer aux jeunes la vision de l’entreprise partenaire.

Thomas Brun

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