Christine Léger, fondatrice de la société Phénixa : "Je n'ai jamais ressenti de difficulté liée au fait que je sois une femme"

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Installée depuis plus de 25 ans au Maroc, Christine Léger est la fondatrice et gérante de la société Phénixa, un bureau d’études spécialisé dans l’environnement employant une équipe de 20 personnes. Ingénieur agronome de l’ENSAM de Montpellier, elle fonde Phénixa 1995 et elle en garde la gérance après le rachat par le groupe français Burgeap en 2002. Christine Léger est également Conseillère du Commerce Extérieur de la France (CCEF) et participe à l’organisation de rencontres entre femmes chefs d’entreprises marocaines et françaises.

Conjoncture : Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de la création de votre entreprise ?

Christine Léger : Je n’ai pas rencontré de difficultés particulières lors de la création de l’entreprise, bien qu’à l’époque il n’existait pas encore les CRI. Aujourd’hui, les choses se sont beaucoup améliorées. Les procédures sont plus simples et plus rapides et les PME bénéficient aussi de dispositions fiscales plus avantageuses.
Par contre, le problème du financement est l’une des raisons qui ont motivé ma décision de me rattacher à une structure plus importante. Qu’on soit un homme ou une femme, il est très difficile d’avoir accès à un crédit ou à des facilités bancaires quand on ne dispose pas de bien personnel. Les banques font peu confiance à la « matière grise ». Or, en tant que bureau d’études, les services que nous proposons sont immatériels. Même avec un carnet de commandes bien rempli, il était très difficile à l’époque de pouvoir assurer le financement et le développement de l’entreprise auprès des banques.

Selon vous, le fait d’être une femme est un atout ou un handicap quand on lance son entreprise ?
Je pense que le fait d’être une femme m’a au contraire facilité certaines demandes ou démarches, notamment auprès de mes partenaires femmes et consœurs. Je n’ai jamais ressenti de difficulté liée au fait que je sois une femme. Dans notre secteur d’activité, nos interlocuteurs chez nos clients sont généralement mixtes. En revanche, dans les bureaux d’études, les équipes restent majoritairement masculines. Je me suis un peu impliquée dans la Fédération Marocaine du Conseil et de l’Ingénierie. Les femmes n’y sont quasiment pas représentées. Bien que les choses soient en train d’évoluer, certaines entreprises membres de cette confédération ont encore la tradition d’embaucher de préférence des hommes aux postes d’ingénieurs techniques. Mais je pense que cela va changer et que les femmes vont de plus en plus investir ces métiers. Dans les écoles d’ingénieur, on trouve maintenant des promotions qui comptent 50 % de femmes.
Globalement, je trouve que les femmes ont une forte volonté de se dépasser. De par mon expérience, elles développent plus facilement une adhésion, un esprit d’entreprise en comparaison des hommes qui, il me semble, sont plus détachés ou ont parfois plus de mal à travailler en équipe.

À quelle étape se trouve actuellement votre entreprise ?
Nous essayons de nous positionner à l’avant-garde des services dans le secteur de l’environnement, un domaine dans lequel le Maroc a fait de grandes avancées au cours des dernières années. Nous travaillons ainsi sur différents sujets tels que la géothermie, la qualité de l’air, la problématique bruit… Le fait d’être rattaché à une structure internationale nous fait bénéficier de son expertise grâce au transfert de savoir-faire au niveau des équipes locales. L’objectif n’est pas forcément de grossir en taille, mais de pouvoir grossir en termes d’expertise et de savoir-faire pour avoir une valeur ajoutée un peu plus importante que celle de la concurrence. En matière d’études d’impact environnemental, nous essayons de travailler en amont avec le département de l’environnement sur les procédures et l’amélioration de la qualité.

Propos recueillis par Nadia Kabbaj

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