Casablanca, véritable laboratoire pour les projets de mobilité

Il s’agit d’une plainte récurrente des Casablancais : la difficulté de se déplacer. L’agglomération a connu ces dernières années un développement urbain difficile à anticiper dans les différents schémas directeurs d’aménagement. Les autorités locales ont pris conscience de l’urgence de de restructurer en profondeur le réseau de transport en commun, en particulier pour les populations vivant dans les quartiers périphériques les plus enclavés.

Surnommée la « ville champignon » dès le début du siècle dernier, Casablanca a connu un développement urbain accéléré et pas toujours contrôlé. Outre la multiplication des villes nouvelles, l’agglomération a dû également faire face à la problématique des quartiers informels et au relogement de leurs populations.
D’après le dernier recensement de 2014 réalisé par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), la Région de Casablanca-Settat (selon le dernier découpage régional) abrite 20,3 % de la population marocaine, soit 6 891 739 personnes. Son taux d’urbanisation s’élève à 73,6 %. Toujours selon le HCP, le Grand Casablanca abrite à lui seul 4 270 750 personnes. Sa population a ainsi augmenté de 17,6 % entre 2004 et 2014, ce qui représente un taux d’accroissement annuel moyen de 1,6 %. Face à la pression foncière et à la hausse du coût du logement, de nombreux Casablancais se sont installés dans les quartiers périphériques pas encore bien desservis par le réseau de transport en commun. Pour beaucoup d’entre eux, se rendre au travail était un véritable parcours du combattant : impossibilité d’entrer dans des bus bondés qui souvent ne marquaient même pas l’arrêt, lignes d’attente interminables devant les stations de taxi… Selon l’étude réalisée par Casa Transports de janvier à mai 2018, les Casablancais effectuent 7,8 millions de déplacements chaque jour, tout moyen de transport confondu.

Le rail, pivot des réseaux de transports multimodaux

Dans les grandes agglomérations, l’intérêt du rail est qu’il permet de désengorger les axes routiers et de réduire la pollution tout en améliorant la mobilité. Pour répondre aux besoins de déplacement de ses habitants, la Région de Casablanca-Settat a présenté en 2017 un plan de mobilité régionale s’appuyant sur « un réseau de transport moderne, intégré et multimodal qui s’adapte au développement rapide de la Région et favorise sa compétitivité et attractivité ». Ce plan vise trois principaux objectifs : désengorger la ville de Casablanca (notamment via des projets de contournement), renforcer la connectivité entre les différents pôles régionaux et offrir un service de qualité aux habitants.

PMR

Le plan de mobilité régionale prévoit plusieurs projets de contournement pour désengorger Casablanca.

Dans ce cadre, plusieurs projets ont été proposés à l’horizon 2023 et 2030. Représentant un investissement de 16,6 milliards de dirhams, le projet de développement d’un Réseau Express Régional (RER) inclut la construction d’une ligne entre l’aéroport Mohammed V, Casablanca Finance City (CFC) et la gare de Casa-Port à l’horizon 2023. À partir de 2030, est prévue la potentielle extension du RER entre Mohammedia et Benslimane ainsi qu’entre CFC et El Jadida par la côte, via Sidi Rahal.

En complément du RER, la Région mise sur la création d’un réseau de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) radial circulant entre Bouskoura et l’aéroport Mohammed V et Médiouna à partir de 2023. Ce réseau pourrait être étendu entre Bouskoura et Sidi Rahal ainsi qu’entre Médiouna et Benslimane à partir de 2030. En ce qui concerne le fret, le plan de mobilité régionale prévoit à l’horizon 2030 la construction d’une nouvelle ligne fret et passagers entre l’aéroport Mohammed V et Rabat via Mediouna et Benslimane ainsi que la construction d’une connexion ferroviaire pour le fret et les passagers entre Jorf Lasfar et Sidi Bennour. Le montant de l’investissement estimé pour ces deux projets est de 4,6 milliards de dirhams.

Casablanca-Settat souhaite ainsi lancer la transformation de ses réseaux de transport, une opération dont le succès conditionnera durablement la qualité du climat des affaires et l’attractivité économique de la Région.

Nadia Kabbaj

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