Les influenceurs rattrapés par le fisc

Analyse d’expert : Ayache Khellaf, Directeur de la Prévision et de la Prospective au sein du HCP

Bilan 2018 et perspectives 2019 pour l’économie marocaine.

Le HCP vient de présenter des perspectives économiques difficiles pour 2019 : parmi les explications avancées, quelle est celle qui pèse le plus sur ces prévisions ? 

Les perspectives de la croissance économique pour l’année 2019 révèlent une configuration similaire à l’année passée concernant la dynamique des différentes activités sectorielles et celle des composantes de la demande. Dans un contexte international défavorable (qui se traduit par le ralentissement de la demande extérieure adressée au Maroc) et en l’absence d’impulsions permettant l’enclenchement d’une reprise soutenue de la demande intérieure (qui concernerait davantage la production locale et non pas les importations), le faible sentier de croissance des activités non agricoles (qui demeure en deçà de 3 % depuis 2013), devrait se poursuivre en 2019. Ces dernières devraient ainsi augmenter de 3,1 % (contre 2,9 % en 2018) en ayant une contribution à la croissance économique nationale encore plus réduite.

Pour sa part, la demande intérieure, quoiqu’en léger ralentissement, continuerait de tirer la croissance économique nationale. Elle devrait enregistrer un accroissement de 3,4 % en 2019, apportant à la croissance une contribution de 3,8 points au lieu de 4 points en 2018. Cependant, c’est le financement qui reste un facteur handicapant pour la relance de cette demande. En fait, l’économie nationale serait toujours marquée par la faible mobilisation de l’épargne intérieure. Celle-ci devrait représenter 22,2 % du PIB au lieu de 22,5 % en 2018.

Les études du HCP montrent qu’il existe de nombreuses opportunités de diversification des produits au Maroc : comment cela pourrait-il concourir à l’amélioration de la situation économique ?

L’étude du HCP sur la complexité de l’économie marocaine a montré que celle-ci recelait un fort potentiel de diversification, en particulier en produits proches de ceux pour lesquels elle a un avantage comparatif révélé. En effet, selon cette nouvelle approche, la structure optimale et le souffle de la croissance d’une économie sont endogènes aux capabilités dont elle dispose. Ce concept dépasse le cadre classique de l’accumulation des facteurs de production pour englober l’ensemble des connaissances intégrées dans une économie ainsi que sa capacité à les combiner pour aller vers de nouvelles capabilités.

Concernant le cas du Maroc, le principal résultat de cette analyse est la convergence de la croissance vers le contenu en complexité de son économie. Ce contenu étant faible à cause de la dégradation de la diversité de l’économie marocaine, il explique ainsi la problématique de l’essoufflement de la croissance économique nationale.

Cependant, malgré leur niveau de complexité réduit, les produits de l’agriculture, de la pêche et des extractions minières, représentant 60 % du total des exportations marocaines, offrent des créneaux de diversification pour l’économie nationale. De même, des opportunités se trouvent également dans les produits exportés par les industries alimentaires et du textile et cuir qui contribuent à hauteur de 20 % des exportations totales.

Comment l’incertitude liée au secteur agricole – prédominant dans l’économie marocaine – est-elle prise en compte dans l’élaboration des prévisions ?

Après deux bonnes campagnes agricoles successives pour 2016/2017 et 2017/2018, caractérisées par une pluviométrie généreuse (permettant d’alimenter aussi bien les barrages que les nappes hydriques), les prévisions pour le secteur agricole se basent, dans le cadre du budget économique prévisionnel 2019, sur un scénario moyen supérieur. Ce dernier vise la poursuite de la dynamique des cultures irriguées agricoles (notamment l’arboriculture et les cultures fruitières et maraîchères), en limitant le repli de l’activité agricole à -0,4 % seulement en 2019.

Propos recueillis par Thomas  Brun

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