21 mesures pour sauver le tourisme

Résilience et imagination seront les maitres-mots pour permettre au secteur du tourisme de traverser la zone de turbulences du Covid-19.

Pour riposter à cette crise sans précédent dans le tourisme et l’aérien, le Gouvernement a fait du secteur une priorité dans l’agenda de la relance économique. Un contrat programme a été signé avec les opérateurs touristiques et un plan de sauvetage a été acté pour la compagnie nationale, Royal Air Maroc (RAM). Ces mesures volontaristes pourront-elles atténuer les effets de la crise ? Les opérateurs touristiques s’accordent à dire que le tourisme au niveau national et surtout mondial a besoin de solutions internationales portées par une volonté politique et économique globale.

Penser au post Covid-19

Gouvernement, opérateurs et banques se sont unis pour sauver le tourisme. Cette mobilisation était nécessaire. Le secteur, dans ses différentes activités directes et indirectes, est pourvoyeur d’emplois et de devises pour l’économie nationale. Il fournit 750 000 emplois directs et plus de 2,5 millions d’emplois indirects.

« Le tourisme est essentiel dans certaines zones géographiques où les possibilités de croissance alternatives sont limitées », rappelle la Banque mondiale (BM). Le tourisme a aussi un effet multiplicateur sur d’autres secteurs, notamment la construction, l’agriculture, l’agro-industrie et les services.

Le contrat programme 2020-2022 est un engagement à moyen terme pour faire face à cette crise inédite et préserver cet écosystème économique fragilisé. « L’ensemble des acteurs publics et privés ont conjugué leurs efforts afin d’élaborer le présent contrat programme qui regroupe des mesures ambitieuses et à la hauteur des enjeux et des défis auxquels est confronté le secteur touristique », indique le Ministère du Tourisme. Ce contrat est conçu autour de trois idées : le maintien des emplois et la préservation du tissu économique, la stimulation de la demande et la transformation structurelle du secteur.

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Ce contrat programme comprend 21 mesures qui permettront au secteur d’atteindre huit objectifs. Parmi eux, deux objectifs revêtent un caractère social, à savoir maintenir les emplois et les revenus des employés et garantir l’accès à la couverture sociale pour l’ensemble des acteurs du secteur. Trois objectifs visent à protéger l’offre touristique des aléas de la crise : préserver le tissu économique, renforcer la résilience et faciliter la reprise d’activité et soutenir économiquement et financièrement le secteur pour la relance. Enfin, le contrat programme s’est fixé trois objectifs liés à l’avenir du secteur : réduire le poids de l’informel, stimuler l’investissement et la transformation de l’outil de production et poser les bases d’une transformation durable du tourisme au Maroc. Cette réponse relativement rapide sera-t-elle suffisante pour sauver le secteur, ses entreprises et ses emplois dans une conjoncture des plus difficiles ?

Cette phase s’annonce longue selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). Le tourisme est l’un des secteurs les plus durement touchés par l’épidémie. Au niveau mondial, en 2020, le nombre de touristes diminuera de 58 à 78 % en raison des restrictions de déplacement et des mesures de confinement, estime l’OMT. La croissance mondiale du secteur devrait s’élever à 3,8 % en moyenne en 2022-2024. Vu l’évolution de la situation épidémiologique dans le monde, ces prévisions devront être revues à tout moment.

Cette incertitude et les nouvelles restrictions ont des effets considérables sur les destinations touristiques, entraînant une forte augmentation des pertes d’emplois et mettant en danger de nombreuses PME, notamment au sein des entreprises touristiques nationales. À titre d’exemple, le secteur de la location de voitures est en quasi-faillite : 60 % de ses entreprises ont déposé leur bilan !

Cette hémorragie s’explique par l’arrêt de l’activité et la chute du nombre de visiteurs au Maroc. 100 000 visiteurs en moins en mars 2020. Le transport aérien a perdu environ 4,9 millions de passagers au niveau mondial et environ 728 millions de dollars (USD), ce qui a eu des répercussions sur 225 000 emplois, selon l’OMT. D’après les estimations préliminaires de la CNT, le Maroc connaîtra une baisse de 39 % du nombre de touristes et perdra plus de 13,85 milliards de dollars de recettes touristiques en 2020 et 2022. Il est certain que l’ampleur de l’épidémie risque d’avoir un effet plus durable sur le secteur. Une mise en œuvre efficace des mesures annoncées par les pouvoirs publics permettra à ce secteur stratégique de se maintenir à flot.

Salaheddine Lemaizi

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