2017, l’année des nouveaux défis de la croissance

Après une année 2016 marquée par un tassement de la croissance, 2017 doit être celle du rebond économique. Pour y arriver, le pays doit relever de nouveaux défis. Les investissements publics devraient continuer à être un des moteurs de cette croissance. Outre la préservation des équilibres macroéconomiques, l’année pourrait être marquée par des réformes importantes.

Le Maroc va-t-il renouer avec un nouveau cycle de croissance plus vigoureux ? Après une croissance molle comprise entre 1,2 % et 1,5 %, tous les indicateurs convergent vers une progression plus nette du PIB en 2017. Ainsi, le gouvernement table sur une croissance du PIB de l’ordre de 4,5 % en 2017.

Selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), le rythme de croissance devrait connaître une sensible accélération pour s’établir à 3,9 %, notamment grâce au redressement de la valeur ajoutée agricole. En effet, « le cumul pluviométrique des quatre premiers mois de la campagne agricole 2016/2017 aurait plus que triplé, par rapport à la même période de la campagne précédente et de 12,9 % par rapport à la normale », selon le HCP. Plus prudent, le Gouverneur de Bank Al-Maghrib a indiqué, lors d’un récent point de presse, qu’il faudra attendre le mois de mars pour avoir une idée claire sur la campagne agricole 2016/2017. Pour ce qui est de la croissance, le taux a été revu à la baisse par la Banque Centrale en2016 : il passe ainsi de1, 4%à1, 2 %. Le taux de croissance du PIB est, quant à lui, estimé à 4,2 % pour 2017 et à 3,7 % pour 2018, dans la perspective d’une campagne agricole moyenne pour ces deux prochaines années. La composante non agricole devrait, pour sa part, s’accélérer pour atteindre respectivement 3,4 % en 2017 et 3,8 % en 2018.

Une croissance du PIB autour de 4 %

Même conclusion pour le Centre Marocain de Conjoncture (CMC) qui prédit une croissance d’environ 4,1 % en 2017. Ces prévisions sont en ligne avec celles de la Banque mondiale. Après avoir enregistré une croissance de l’ordre de 1,5 % en 2016, le PIB devrait augmenter de 4 % en 2017 avant de ralentir en 2018 et 2019 pour s’établir respectivement à 3,5 % et 3,6 %. Globalement, la reprise de la croissance sera donc au rendez-vous. Toutefois, nous sommes loin du taux de croissance de 6 % nécessaire pour créer de la richesse et des emplois.

Pour atteindre ce trend croissance, le Royaume mise sur les investissements publics. Ainsi, selon le Projet de Loi de Finances (PLF) 2017, l’État compte mobiliser 190 milliards de dirhams. Une enveloppe incluant les investissements des établissements publics, de l’administration publique et des collectivités territoriales. Le budget relevant de l’administration publique s’établit à 62 milliards de dirhams, en progression de 3,6 %. À noter que le rythme de l’investissement public sera maintenu au profit des stratégies sectorielles : 8,9 milliards seront notamment débloqués pour le Plan Maroc Vert, 3,7 milliards de dirhams pour le Plan d’Accélération Industrielle (PAI) et 11,7 milliards de dirhams pour les énergies renouvelables. De même, les investissements dans les grands chantiers d’infrastructures seront poursuivis : 1,2 milliard de dirhams pour le réseau autoroutier, 6 milliards de dirhams dédiés aux chemins de fer et environ 20 milliards de dirhams pour le secteur portuaire.

Les investissements comme levier

Les investissements sociaux ne sont pas oubliés. 10 milliards de dirhams seront mobilisés, dont 3,8 milliards pour l’enseignement, 2,4 milliards pour la santé, 2,5 milliards pour l’habitat, etc. Toutefois, ces investissements prévus dans la Loi de Finances ne doivent pas entraîner de nouveaux déséquilibres macro- économiques. Ainsi, au niveau budgétaire, le gouvernement souhaite poursuivre la réduction du déficit, qui a notamment été ramené à 3,5 % du PIB en 2016. Ce ratio devrait être maintenu à 3 % en 2017 grâce à une maitrise des dépenses, à une gestion du budget axée sur le résultat et à la poursuite des efforts d’optimisation et de recouvrement des recettes.

Par ailleurs, la balance commerciale, dont le déficit s’est alourdi malgré la baisse du cours du baril de pétrole, pourrait se redresser grâce au secteur exportateur. Il est à noter qu’en 2016, l’aggravation du déficit commercial est due à une hausse plus soutenue des importations, dans le sillage d’une progression de la demande intérieure. Ce phénomène s’est traduit par un gap du taux de couverture des importations par les exportations, qui a perdu 3,7 points pour s’établir à 55 %, selon le HCP.

Préserver les équilibres macroéconomiques

Le niveau du déficit commercial pourrait toutefois s’améliorer grâce aux secteurs porteurs que sont l’automobile, l’aéronautique, l’offshoring, le textile & habillement ou encore l’agroalimentaire. Autrement dit, les Métiers Mondiaux du Maroc. Les phosphates devraient également contribuer à cette amélioration en bénéficiant de la diversification des débouchés induite par les dernières visites royales en Afrique. Ces secteurs devraient, en outre, tirer profit de la mise en œuvre du PAI 2014-2020 et surtout de la signature des Contrats de Performance avec les fédérations sectorielles et les grands donneurs d’ordres (Renault, Peugeot et OCP). Outre l’impact positif du PAI sur le PIB (l’objectif étant de faire passer de 14 % à 23 % la part de l’industrie dans le PIB à l’horizon 2020), la hausse des exportations devrait contribuer au rééquilibrage de la balance commerciale.

Outre les exportations, les transferts des Marocains Résidents à l’Étranger (soutenus par une évolution favorable de la conjoncture en Europe) devraient influer positivement sur la balance du compte courant, à l’instar des recettes touristiques et des Investissements Directs Étrangers (IDE).

Poursuivre le train des réformes

Toutes ces performances ne pourront être réalisées qu’à la condition de poursuivre les réformes structurelles. Conscient que le renforcement de sa compétitivité est étroitement lié au processus de transformation structurelle de l’économie marocaine, le gouvernement s’est ainsi engagé à poursuivre ses chantiers visant à promouvoir l’investissement et à moderniser le cadre juridique des affaires.

Dans ce registre, de nombreuses réformes sont attendues pour 2017. Au niveau fiscal, plusieurs mesures ont été initiées, notamment l’exonération de l’Impôt sur les Sociétés (IS) durant cinq ans pour les entreprises industrielles nouvellement créées, pour l’amélioration et le soutien de l’intégration industrielle dans les zones franches d’export.

De même, il est prévu d’exonérer de TVA pendant 36 mois les entreprises lançant, dans le cadre des accords d’investissement, de nouveaux projets d’un montant supérieur à 100 millions de dirhams. Afin de promouvoir l’emploi des jeunes diplômés et de relancer la dynamique de l’auto-entreprenariat, le PLF 2017 prévoit aussi l’exonération permanente de l’Impôt sur le Revenu (IR) pour une indemnité de stage plafonnée à 6 000 dirhams. Par ailleurs, les efforts pour le renforcement de l’attractivité de l’économie marocaine et la promotion de l’investissement privé se traduiront par la consolidation des actions menées dans le cadre du Comité National de l’Environnement des Affaires (CNEA). Pour rappel, ce dernier a pour mission de simplifier les procédures administratives liées à l’investissement et de moderniser le cadre juridique.

Vers une flexibilité du régime de change

Autre changement qui marquera l’année 2017, le démarrage du processus de flexibilisation du régime de change. Ainsi, le système de fixité en vigueur actuellement sera grandement assoupli. Afin d’assurer une transition en douceur, les opérateurs économiques seront sensibilisés au cours du premier semestre. Selon Bank Al-Maghrib, cette réforme s’effectuera de manière graduelle, en trois phases. Au cours de la première phase, des changements seront introduits tout en continuant à rattacher le dirham au panier de devises avec une pondération de 60 % en euros et 40 % en dollars. En fonction des résultats obtenus, les parties prenantes analyseront les modalités techniques de cette réforme. Ce processus prendra le temps nécessaire pour ne pas impacter négativement les opérateurs économiques et les ménages. Notons que, dans certains pays, ce processus a duré une quinzaine d’années comme en Pologne, où la transition vers une flexibilité totale a duré 9 ans (1991 à 2000).

En n, plusieurs autres réformes seront poursuivies, dont celle du système judiciaire, éducatif, des retraites, mais aussi celles concernant le système fiscal, la caisse de compensation ou encore la santé (élargissement de la couverture médicale).

 

Rachid Hallaouy

 

 

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