Tanzanie : une nouvelle voie ouverte pour les investissements marocains

Entretien avec Djenaba Konta, Directrice Générale d’ASKA International

Quel est votre regard sur l’évolution de l’économie tanzanienne ?

L’Afrique de l’Est est une des régions motrices de l’Afrique Subsaharienne, et la Tanzanie, qui en fait partie, n’est pas en reste. Le pays a enregistré un PIB de 45,628 milliards de dollars en 2015 et un taux de croissance de 7 % en 2014 et en 2015. Les prévisions de croissance sont de 7,2 % pour 2016 et 2017. L’économie est principalement tirée par les services (49 % du PIB en 2014), l’industrie (22 %) mais également par l’agriculture (28 %). La dette publique a représenté 38,9 % du PIB en 2015. La balance commerciale de la Tanzanie, gros importateur, est de l’ordre de – 48,85 milliards de dollars.

Si l’économie est en plein essor, les indicateurs sociaux et ceux relatifs au développement humain sont, toutefois, loin de refléter la dynamique économique du pays, comme en témoigne le PIB par habitant qui s’est limité à 920 dollars en 2015. La Tanzanie s’est, en outre, positionnée à la 151e place (sur 188 pays) dans le classement de l’Indice de Développement Humain en 2016.

Pourquoi les opérateurs et investisseurs marocains sont-ils encore très peu présents en Afrique de l’Est ?

L’analyse de la structure des échanges commerciaux du Maroc et de la Tanzanie met effectivement en lumière la faiblesse des relations commerciales entre les deux pays. Selon l’Office des Changes marocain, en 2013, les exportations marocaines vers la Tanzanie se sont établies à 5,3 millions de dirhams et les importations, à 27,3 millions de dirhams ? Ces chiffres font que la Tanzanie se classe 136e client et 103e fournisseur du Maroc.

Entre 2011 et 2015, les IDE marocains en Afrique avaient pour principales destinations la Côte d’Ivoire (30 %), l’Île Maurice (16 %), le Mali (12 %), le Cameroun (9 %), le Nigeria (8 %), le Sénégal (6 %), le Gabon (5 %), suivi du Congo et du Togo.

En 2014, les exportations marocaines à destination de l’Afrique ont principalement concerné la Mauritanie (12 %), le Sénégal (9,4 %), la Côte d’Ivoire (9,1 %), le Nigeria (8,4 %), la Guinée (6,4 %), l’Angola (5,2 %), le Congo (5,1 %), le Gabon (4,3 %), le Mali (4,1 %) et l’Éthiopie (4 %).

Les importations proviennent, quant à elles, de l’Afrique du Sud (37 %) et du Nigeria (14 %), suivis par le Gabon, Madagascar, le Congo, l’Ouganda, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Cameroun.

Les principaux partenaires commerciaux de la Tanzanie sont l’Arabie Saoudite, la Chine, l’Inde, les Émirats arabes unis, l’Afrique du Sud, le Kenya, le Japon, l’Allemagne, la République Démocratique du Congo et les États-Unis.

Lorsque l’on se penche sur les caractéristiques communes des principaux partenaires commerciaux du Maroc en Afrique subsaharienne, force est de constater que chacun de ces pays dispose d’accords bilatéraux avec le Royaume (accords commerciaux, accords de promotion et de protection des investissements, accords de non double imposition ou convention d’établissement). Il va s’en dire que la diplomatie économique joue un rôle primordial dans l’attractivité commerciale des pays africains pour les entreprises marocaines.

Or, ce n’est que récemment, en 2016, que le Roi Mohammed VI a entamé une stratégie de diplomatie économique avec la Tanzanie, avec à la clé, 22 accords multisectoriels conclus. De quoi, peut-être, paver la route aux entreprises marocaines et renforcer la présence du Royaume dans cette région.

Quelles opportunités leur offre aujourd’hui le marché tanzanien ?

En 2014, les secteurs des mines, de la construction, des services, des technologies de l’information et de la communication (TIC), de la finance (et assurances) en Tanzanie ont connu une très forte croissance, respectivement de l’ordre de 9,4 %, 14,1 %, 7,2 %, 8,0 % et 10,8 %.

Ces secteurs représentent de réelles opportunités d’investissement pour les entreprises marocaines, qui sont, d’ailleurs, habituées à concentrer leurs IDE dans les secteurs de la banque (31 % des IDE en 2015), des télécoms (21 %) et de l’industrie (12 %).

Il est également possible d’identifier les opportunités pour les entreprises exportatrices marocaines au regard de la structure des importations de la Tanzanie. Cette dernière importe, par ordre de priorité : le fuel (50,67 %), les équipements électriques (12,99 %), les produits chimiques (7,64 %), les matériels de transport (6,67 %), les métaux (5,04 %) et les plastiques et caoutchoucs (4,07 %).

Le marché tanzanien peut donc s’avérer très porteur pour les entreprises marocaines qui sauront adapter leurs stratégies export à la demande et aux besoins d’importation de la Tanzanie.

La Tanzanie est un pays anglophone : est-ce que cela peut constituer un frein ? Si oui, comment contourner ce problème ?

Cette question revient à s’interroger sur les challenges de l’internationalisation des entreprises. Dès lors qu’un opérateur économique sort de son périmètre national, il sera confronté à toute une série de différences qu’elles soient culturelles, linguistiques, règlementaires ou financières.

Le continent africain est constitué de 54 pays, soit autant de législations nationales, plus de dix organisations régionales, et une véritable mosaïque linguistique entre les pays francophones, anglophones, arabophones ou lusophones. Si le Maroc ambitionne d’être un hub vers l’Afrique Subsaharienne, il faudra intégrer cette diversité, surtout lorsque l’on sait que les pays anglophones affichent les meilleurs taux de croissance et sont les plus dynamiques du continent.

En outre, l’analyse des flux commerciaux entre le Maroc et l’Afrique Subsaharienne nous révèle que le Nigeria et l’Afrique du Sud, pays anglophones, et l’Angola, pays lusophone, comptent parmi les principaux partenaires commerciaux du Royaume Chérifien, parfois même devant les pays francophones.

Si la diversité linguistique nécessite parfois d’adapter ses produits aux marchés de destination (étiquetage, tarifs, circuits de distribution, etc.), elle n’empêche pas les opérateurs économiques de commercer entre eux.

Toutefois, il est vrai que cela peut dissuader certaines entreprises marocaines de s’intéresser à ces pays pourtant dotés d’un fort potentiel. Ce frein peut être surmonté par une meilleure connaissance de ces marchés, le recrutement d’un personnel bilingue, l’intégration de réseaux communautaires dans le pays cible, ou encore par un accompagnement dans la recherche de partenaires commerciaux pertinents.

 

La Tanzanie en chiffres
947 300 km2 de superficie
50,14 millions d’habitants
2,77 % de croissance démographique
80,3 % de taux d’alphabétisation
45,628 milliards de dollars de PIB en 2015
7% de croissance en 2014 et 2015

 

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