Sur fond d’accélération de l’épidémie, la « guerre des vaccins » est déclenchée

Après une accalmie en début d’année, la situation épidémiologique s’aggrave et frappe durement certains pays, comme l’Inde et le Brésil. La spectaculaire montée en puissance des campagnes de vaccination laisse entrevoir la sortie de crise, mais la pénurie de doses pousse les États à prioriser la vaccination de leurs propres populations au détriment de nombreux pays.

Les campagnes de vaccination contre le nouveau coronavirus accélèrent sur une grande partie de la planète. Le 12 avril dernier, selon les statistiques compilées par le New York Times, 806 millions de doses de vaccin ont été administrées à l’échelle internationale. Israël est le pays qui a vacciné la plus large proportion de sa population, avec 56 % des habitants ayant reçu toutes les doses requises, suivi des Seychelles (45 %), de Bahreïn (25 %), du Chili (25 %) et du petit État européen de Saint-Marin (23 %). Les États-Unis, pays le plus endeuillé de la planète par l’épidémie avec plus de 560 000 morts dus à la Covid-19, ont considérablement accéléré leur campagne ces dernières semaines et vacciné 22 % de leur population. En termes de doses administrées par rapport au nombre d’habitants, le Royaume-Uni et les Émirats arabes unis font partie des pays les plus performants.

Malgré ces progrès, le monde fait désormais face à une pénurie de doses. Fin mars dernier, alors que la plupart des pays européens sont critiqués pour la relative lenteur de leurs campagnes de vaccination, la Commission européenne s’est résolue à la guerre des vaccins, en particulier avec le Royaume-Uni. L’exécutif européen a décidé de renforcer le dispositif de contrôle des exportations de vaccins pour les restreindre drastiquement vers les pays qui en produisent ou dont la population est déjà largement vaccinée, rapporte l’AFP. L’Union européenne a notamment menacé de bloquer les exportations du vaccin du laboratoire AstraZeneca.

La Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a prévenu : l’entreprise suédo-britannique, qui n’a livré aux Vingt-Sept que 30 des 120 millions de doses promises au premier trimestre 2021, « devra d’abord rattraper son retard » et honorer son contrat avant de pouvoir exporter hors du continent, indique l’AFP. Fin mars, le Royaume-Uni, qui a pris une avance considérable dans sa campagne de vaccination, n’avait exporté aucune dose de vaccin.

D’autres pays producteurs ont décidé de limiter largement l’exportation de leurs vaccins et de les réserver ou les prioriser pour leur propre population. Les États-Unis n’ont en exporté qu’une quantité minime. L’Inde, confrontée à une nouvelle vague épidémique sévère, a décidé de restreindre les exportations des produits du Serum Institute of India (SII), l’un des plus gros producteurs de vaccins au monde, qui fabrique notamment sous licence le vaccin d’AstraZeneca. La Russie et la Chine, quant à elles, peinent aussi bien à répondre à la demande de leurs propres populations qu’à celle de l’exportation.

Si les progrès de la vaccination permettent d’entrevoir une sortie de crise, de nombreux pays n’ont pas ou quasiment pas administré de doses à leurs populations. C’est notamment le cas de l’immense majorité des États d’Afrique, où les campagnes n’ont pratiquement pas démarré, à l’exception des Seychelles et du Maroc.

Ces disparités mettent à mal les efforts pour lutter contre la pandémie, alors que celle-ci ne cesse d’accélérer ces dernières semaines. « Nous en sommes désormais à sept semaines consécutives d’augmentation des cas, et quatre semaines d’augmentation des décès », a déploré le 12 avril dernier Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur Général de l’OMS, qui a estimé que la pandémie est « loin d’être terminée ». Ce même jour, l’Inde, qui multiplie les records quotidiens d’infections, était devenue le second pays le plus touché avec 13,5 millions de cas détectés, dépassant le Brésil, et 170 000 décès. Au Brésil, le mois de mars a été le plus meurtrier, avec 66 000 morts.

En France, le Président de la République Emmanuel Macron a annoncé, début avril, un troisième reconfinement. L’exécutif avait constamment repoussé cette décision depuis le début de l’année mais l’accélération de l’épidémie l’a contraint à adopter des mesures plus sévères. La France comptait, le 13 avril dernier, près de 99 000 décès. La vaccination y est désormais ouverte aux plus de 55 ans.

Au Maroc, alors que le pays est entré fin mars dans sa deuxième année de crise, le Gouvernement a décidé d’allonger le couvre-feu national à l’occasion du Ramadan, qui a débuté le 13 avril. Il n’est ainsi pas possible de sortir de son domicile, sauf exceptions, entre 20 h et 6 h. Selon l’agence MAP, le Chef du Gouvernement Saâdeddine El Othmani a constaté, lors du Conseil de Gouvernement du 8 avril, une hausse du taux de remplissage des lits de réanimation. Dans un communiqué relayé par la MAP, le Ministère de la Santé a précisé que la décision d’étendre le couvre-feu « intervient sur la base des recommandations de la Commission scientifique et technique au sujet de la nécessité de poursuivre la mise en œuvre des mesures nécessaires visant à lutter contre la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19), essentiellement avec l’apparition de nouveaux variants dans le pays ». Au 13 avril, le Maroc comptait 4 758 cas actifs et déplorait un total de 8 915 décès dus au coronavirus.

Le département de Khalid Aït Taleb a indiqué début avril que le variant dit « britannique », plus contagieux, était désormais régulièrement détecté sur le territoire. Une quarantaine de cas de ce variant ont d’ailleurs été identifiés à Dakhla fin mars. Les autorités locales ont alors décrété, selon des informations de presse, un reconfinement de trois jours. Les autorités marocaines ont en outre multiplié, ces dernières semaines, les suspensions de liaisons aériennes, notamment celles avec la France et l’Espagne, interrompues depuis le 30 mars dernier.

Démarrée tambour battant, la campagne de vaccination marocaine fait figure d’exception en Afrique. Mais elle avance désormais au ralenti, faute de doses. Au 13 avril, 4,5 millions de premières doses ont été administrées et 4,2 millions de deuxièmes doses, ce qui implique que 12 % de la population est aujourd’hui totalement vaccinée. Le pays administre les vaccins d’AstraZeneca-Oxford fabriqué sous licence par SII et ceux de Sinopharm. Si les deux entreprises n’ont pas acheminé directement de doses au Maroc depuis des semaines, une première livraison dans le cadre du dispositif Covax piloté par l’OMS et destiné aux pays en développement a été effectuée début avril, avec 300 000 doses du vaccin d’AstraZeneca-Oxford.

Malgré la persistance de la crise, l’économie se redresse très légèrement, après une année 2020 marquée par une croissance estimée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) dans ses comptes nationaux publiés fin mars à – 7,1 %. Début avril, le HCP a évalué à 0,7 % la croissance au premier trimestre 2021. Une hausse enregistrée après quatre trimestres de baisses successives, sous l’effet notamment d’un rebond de la valeur ajoutée agricole. L’institution anticipe une croissance de 14,7 % au deuxième trimestre. De son côté, Bank Al-Maghrib a indiqué fin mars prévoir une croissance de 5,3 % en 2021 puis de 3,2 % en 2022.

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