Nouvelle filière de recyclage automobile au Maroc

« Il ne faut pas agir contre le secteur informel de la ferraille, mais avec lui »

Loic Bey-RozetInterview de Loïc Bey-Rozet,Directeur Général d’Indra Automobile Recycling

Conjoncture : En quoi consiste le marché de création d’une filière de recyclage automobile qui vous a été confié ?
Loïc Bey-Rozet : Le marché attribué par le Secrétariat d’État au Développement Durable porte sur deux missions, menées en partenariat avec Deloitte : un diagnostic de cinq mois et l’élaboration d’un schéma directeur pendant trois mois. Le marché, de 2,5 millions de dirhams, est financé par l’Agence Française de Développement.

Depuis le 3 avril dernier, nous avons commencé à établir le diagnostic du secteur des véhicules hors d’usage au Maroc. Chaque pays a une situation spécifique, notamment quand la filière de la ferraille est informelle comme au Maroc. Au départ, vous ne savez rien, il y a beaucoup d’acteurs, d’intermédiaires, de paiements en liquide… Nous rencontrons tous les acteurs officiels, notamment les constructeurs, les associations (Aivam, Amica, représentants des taxis…), les concessionnaires et les représentants des ferrailleurs. L’objectif est d’essayer de comprendre comment tout cela fonctionne. C’est la première fois qu’un tel diagnostic est fait. Nous faisons un point avec les responsables gouvernementaux chaque mois.

À partir de ce diagnostic, nous allons élaborer un schéma directeur qui portera sur une période de cinq ans. Même si j’ai prévenu nos interlocuteurs que la naissance d’une telle filière devrait plutôt nécessiter un travail de 10 ans ! Ce schéma devra permettre de faire naître un cadre réglementaire. Actuellement, la Loi existe, mais les textes d’application n’ont pas été adoptés.

Comment comptez-vous intégrer le secteur informel existant dans cette nouvelle filière ?
En effet, aujourd’hui, le secteur est essentiellement informel. Je crois même savoir que des concessionnaires réparent les voitures avec des pièces d’occasion, car les pièces neuves sont introuvables ! Il nous faut donc comprendre les trafics, l’impact économique, l’impact social, combien de personnes font appel au secteur, les intermédiaires, les flux…

Il ne faut pas agir contre la filière des véhicules hors d’usage, mais avec elle. Tous les acteurs sont motivés. Quand on interroge les ferrailleurs en particulier ils nous confient qu’ils en ont assez d’être traités comme des « moins que rien » alors qu’ils emploieraient selon eux 300 000 personnes. Nous vérifions justement les chiffres qui sont certainement surestimés.

Pourquoi créer cette filière maintenant ?

Le Gouvernement marocain a une conscience environnementale forte. Par ailleurs, on constate une accidentologie importante et le Maroc est arrivé à une phase que connaissent beaucoup de pays émergents dans le secteur automobile : le passage d’un marché d’équipement à un marché de renouvellement. Comment assurer cette transition ? Comme la nature a horreur du vide, des personnes ont déjà investi le secteur. Or, le véhicule hors d’usage est un déchet dangereux. Il comporte en effet de la pyrotechnique, des airbags… Sans oublier la problématique des pneus abandonnés, qui sont de vrais nids à moustique, dans un contexte de propagation du chikungunya. Tout cela préoccupait le gouvernement.

Propos recueillis par Rémy Pigaglio

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