Mauritanie : un marché de plus en plus attractif

Entretien avec Djenaba Konta, Directrice Générale d’ASKA International

  

Djenaba KontaConjoncture : Quelles sont les spécificités du marché mauritanien et les perspectives socioéconomiques ?

Djenaba Konta : Peuplée de 4,3 millions d’habitants répartis sur une superficie de 1 030 700 km2, la Mauritanie est un pays qui compte parmi les moins densément peuplés d’Afrique (3 personnes au km2). Une grande part de son territoire est couvert par des étendues désertiques. L’économie mauritanienne est essentiellement basée sur les exportations de minerai de fer et de produits de pêche, ce qui la rend très dépendante et vulnérable aux chocs extérieurs. Ainsi, après plusieurs années de forte croissance (5,5 % en moyenne sur la période 2003-2015) tirée par les cours élevés des matières premières, la Mauritanie a connu une importante décélération économique. En 2015, la croissance de son PIB a chuté à 2 % en raison, principalement, de la baisse des cours des minerais.

Néanmoins, les efforts du gouvernement ont récemment permis d’assister à un léger rebond de la croissance en 2016 qui se redresse à 3,1 %, et ce, grâce aux bonnes performances du secteur primaire (agriculture, élevage et pêche) et du secteur tertiaire (commerce, banque, assurance, NTIC). Ce dernier poursuit son ascension jusqu’à représenter 35 % du PIB réel. En revanche, le secteur secondaire a, quant à lui, continué à décliner en 2016 du fait des faibles résultats de la branche BTP et de la baisse d’activité de l’extraction pétrolière et de l’exploitation de l’or et du cuivre.

En 2017, la croissance devrait être soutenue avec des projections à 4,1 %. Cette progression s’explique notamment par les perspectives favorables de productions minières (mise en exploitation du champ minier de fer de Guelb II), les bonnes performances de l’agriculture, l’augmentation de la production halieutique (accord de partenariat signé avec l’Union européenne) ainsi que par la poursuite des réformes visant à améliorer l’environnement des affaires. La production d’or devrait également participer de manière significative à la création de richesse grâce à l’octroi de nouveaux permis d’exploration dans les secteurs miniers et des hydrocarbures.

En dépit de ces signes d’amélioration, le principal défi de la Mauritanie est donc de parvenir à transformer et à diversifier son économie pour s’affranchir de la prédominance du seul secteur minier (qui représente toujours plus d’un tiers des ressources de l’État), et de réduire sa dépendance vis-à-vis de l’importation de denrées alimentaires qui la rend très vulnérable.

Le pays est parfois présenté comme présentant des risques pour les investisseurs : est-ce une réalité ?

De manière générale, la décision de développement à l’international présente des risques qui sont inhérents à cette démarche. Au titre de ces risques, l’environnement du pays cible peut présenter un certain nombre de facteurs (notamment politiques, économiques, sociaux) susceptibles d’impacter négativement les opérations des investisseurs ou des exportateurs.

Afin d’évaluer une partie de ces risques, le cabinet britannique Control Risks a, par exemple, publié en avril 2017, la nouvelle édition de sa carte annuelle des risques sécuritaires et politiques qui pèsent sur les entreprises et les personnes à travers le monde. La Mauritanie ressort dans ce classement parmi les 13 pays et territoires africains présentant un « risque sécuritaire élevé » (aux côtés de la Côte d’Ivoire, de l’Algérie, du Mali ou du Nigéria) et parmi les 25 pays africains présentant un risque politique moyen, aux côtés de la Tunisie, du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Gabon, etc. Il est à noter que dans ce classement, aucun pays africain ne figure dans la liste des pays à risque zéro.

Ces risques pour la Mauritanie sont basés sur des situations réelles qui tendent néanmoins à être atténuées du fait de certaines mesures gouvernementales et régionales prises en ce sens.

Quels sont les secteurs les plus porteurs pour les entreprises marocaines et quels sont les dispositifs existants pour les investisseurs étrangers ?

Le plan stratégique Mauritanie 2030 vise à apporter des solutions pour la diversification de l’économie, la valorisation et la gestion durable des ressources, la création d’emplois et de richesse et la promotion du secteur privé. La mise en place d’un guichet unique ainsi que les révisions appliquées au code des investissements et au code du pétrole (incluant de nombreux avantages tels que le libre rapatriement des capitaux étrangers, l’établissement des points francs ou encore des incitations à l’exportation) visent à rendre la Mauritanie plus attractive et à mieux protéger les investissements étrangers.

Les activités telles que l’agroalimentaire, la transformation des produits de l’élevage (excédent en viandes rouges, production de peaux et cuirs, etc.), les produits dérivés du pétrole, le commerce et les services offrent de réelles opportunités aux investisseurs. D’autres secteurs émergents tels que le tourisme, les NTIC (le marché compte trois opérateurs de téléphonie mobile : Mattel, filiale de Tunisie Télécom, Mauritel, filiale de Maroc Télécom et Chinguitel, filiale d’Expresso) et les énergies renouvelables présentent aussi un important potentiel de développement.

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