L'Invité de Conjoncture, Driss Benhima

« La libéralisation, cela veut dire des acteurs à égalité sur un marché ouvert »

Conjoncture reçoit ce mois-ci Driss Benhima, Président Directeur-Général de Royal Air Maroc.

Propos recueillis le mercredi 27 janvier 2016

Conjoncture.info : Au cours de votre carrière, vous vous êtes souvent attaqué à des dossiers épineux. Existe-t-il une « méthode Benhima » ?
Driss Benhima : Je suis très attaché à ce que j’appelle ma quête du sens. Pour moi, un responsable n’est pas là simplement pour signer ses parapheurs, mais pour se rappeler en permanence quel est le sens de sa mission. Le sens de cette mission peut bousculer l’environnement, des situations, des habitudes, des historiques… C’est pourquoi il m’arrive de donner l’impression d’une certaine intransigeance. Ce n’est pas ma nature profonde, je suis quelqu’un de consensuel que les circonstances contraignent à sortir du consensus. Quand j’ai intégré l’ONE, sa responsabilité était traditionnellement restreinte à la gestion d’un ensemble industriel. J’ai alors dit à mes collègues : « ceci est un Office, pas une entreprise industrielle. Le fait que nous ayons des usines à gérer et la privatisation de la production sont des modalités. Notre mission était de rendre l’électricité disponible partout, en quantité suffisante et au coût le moins cher ». Il faut se rappeler ce qui fait l’utilité, la justification et la légitimité des postes que l’on occupe.

Depuis quelques années, Royal Air Maroc a renoué avec les profits grâce à une importante restructuration mise en place dans le cadre d’un contrat-programme avec l’état. Pensez-vous que la situation soit aujourd’hui stabilisée ?
La situation est toujours très fragile. Nous avons, effectivement, amélioré les fondamentaux de la compagnie, qui, elle, est une entreprise et doit être traitée comme telle. Nous ne pouvons pas constater ce qui se passe sur le marché européen – un marché qui nous ressemble, un marché où les compagnies classiques disparaissent ou connaissent de très graves difficultés – et penser que nous pouvons y échapper. D’un autre côté, le business model que nous avons mis en place est pérenne et donne des opportunités de croissance. Ce business model d’un hub centré sur Casablanca est susceptible de se modifier rapidement, car l’aviation et les environnements évoluent eux-mêmes très rapidement. Mais on ne peut pas dire que la situation est stabilisée et je ne sais même pas si elle le sera un jour.

Dans un contexte de forte concurrence internationale, quel est l’enjeu des accords d’open Sky ?
L’Open Sky est un grand succès de l’État Marocain. C’est remarquable de voir que, sous l’impulsion de deux jeunes ministres, Adil Douiri et Karim Ghellab, soutenus à l’époque par le Premier Ministre, Driss Jettou, nous avons vu une politique se définir, se mettre en place, démarrer et donner ses fruits pratiquement dans l’intervalle d’une seule législature. C’est remarquable, car le temps législatif et le temps administratif sont plutôt longs. Sincèrement, l’Open Sky a été une réussite dès son démarrage, mais cela ne doit pas cacher certaines critiques que nous émettons. Ces problèmes se retrouvent dans beaucoup d’opérations de libéralisation que notre pays a connues. La libéralisation c’est un mot dont on se gargarise, mais on ne réfléchit pas toujours à ce que cela signifie.

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans la prochaine édition du magazine Conjoncture

Articles à la une