Le retour en grâce du vinyle

Le vinyle redevient-il à la mode ? Tout porte à le croire avec l’éclosion de nouvelles maisons de production, d’initiatives autour du disque et surtout d’une clientèle adepte du tourne-disque et des vinyles du bon vieux temps. 

Dans l’espace réservé au Souk du L’Boulevard de cette année, il y avait du beau monde : des éditeurs, des représentants de la société civile, des magasins de gaming… Mais, c’est bien le stand d’Ihssan Fiach, qui attirait tous les regards. Le lieu abrite un trésor : disques et vinyles, des 33 et des 45 tours, d’ici et d’ailleurs. 

Mr vinyle et Dr Matos 

Ihssan Fiach et Simou Mohamed, son associé, sont à la tête de « The digger with dusty fingers », une structure digitale très active sur Instagram qui propose du matériel spécialisé et des vinyles « rarities » à un public averti. Ihssan, c’est Mr vinyle et Mohamed, Dr Matos. « Notre amitié s’est construite autour de la musique et de la recherche du son parfait. J’étais spécialisé sur le numérique, mais, avec Ihssan, j’ai compris que le son du vinyle, surtout avec un pressage de qualité, est juste inimitable. En revanche, il faut du bon matériel pour obtenir ce son unique », explique Mohamed.  

C’est ce que proposent les deux comparses : « Nous ne faisons que partager notre passion. Nous sommes une sorte de passerelle, un raccourci pour écouter du bon son. Pour moi, le vinyle est le meilleur support pour écouter la musique, mais également le plus durable », ajoute Ihssan.  

Peut-on parler du revival du vinyle ? « Oui, on le ressent à travers le rajeunissement de la clientèle : des jeunes cadres actifs capables d’acquérir un set de qualité (platine, ampli et paire d’enceintes), en plus des disques bien sûr », souligne Mohamed. Pour ce qui est des prix, un set coûte entre 12 et 20 000 dirhams. Quant aux disques, cela va de 200 à des milliers de dirhams pour des disques de collection. Dernièrement, des sites spécialisés ont vu le jour ainsi que des pages sur les réseaux sociaux dédiés à l’échange et la vente du vinyle par des collectionneurs marocains.  

Plus encore, depuis deux ans, le vinyle a son événement national. Il s’agit du Souk L’Oustouwanate (le marché des disques), une braderie qui a lieu une fois par an à Rabat, durant le mois de juin, au cinéma la Renaissance. Un événement qui coïncide avec le disquaire day, « Journée internationale célébrant les disquaires indépendants et grande fête du vinyle ». 

De grands artistes, aujourd’hui méconnus par le grand public, ont eu leur jour de gloire, du temps du vinyle. C’est le cas de Feddoul, qui a repris bon nombre de tubes de James Brown en darija, à l’image de son hit des années 1970, Sid Raddad, une version revisitée de Papa got a brand new bag. Feddoul, un monument national de la Soul, du funk et du rock, à côté d’une autre légende vivante, Vigon.  

Puis, il y a les Abdou El Omari, le groupe casablancais des Golden Hands, Emjid, Bob Jalil et bien d’autres. « Ce qu’il faut savoir, c’est que si les œuvres de ces artistes n’avaient pas été pressées au vinyle, une bonne partie de ce patrimoine musical aurait disparu », souligne Ihssan Fiach.  

Et d’ajouter : « Avec le décès de Boujemaa Gam, en janvier 2018, nous avons perdu un des derniers disquaires et producteurs nationaux de disques. C’est triste de voir disparaître cette industrie de pressage de vinyles marocains par des producteurs nationaux. Il faut savoir qu’un peu plus de 200 labels existaient dans le Maroc des années 1960, dont Philips, Siemens et Polydor, de grosses pointures à l’international ». 

Notre duo travaille ainsi, à travers leur collection de disques marocains, à la préservation de ce patrimoine. Une opération d’archivage de ces vinyles a déjà été entamée. « Il est essentiel de mettre à la disposition des étudiants, journalistes, chercheurs et grand public cette partie importante de la culture marocaine. C’est ce qui donne du sens à tout ce qu’on fait », conclut Ihssan. 

Hicham Houdaïfa 

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