Le point sur l’épidémie de Coronavirus

Alors que les aides aux salariés et aux ménages du secteur informel ont commencé à être distribuées, le HCP anticipe un fort ralentissement de l’économie aux premier et deuxième trimestres.

L’épidémie de coronavirus aura un impact significatif sur l’économie marocaine en 2020, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP) qui a publié mercredi 8 avril sa note de conjoncture trimestrielle. L’institution estime que la croissance a plafonné à 1,1 % au premier trimestre et s’établira à -1,8 % au deuxième trimestre. Elle précise que, sans la crise liée au Covid-19, la croissance aurait atteint 1,9 % au premier trimestre et 2,1 % au deuxième trimestre.

Alors que la croissance de la demande étrangère au Maroc aurait baissé de 3,5 % au premier trimestre en variation annuelle, « les exportations en valeur se seraient repliées de 22,8 %, au lieu d’une augmentation de 1,1 %. L’automobile, premier secteur exportateur (27 % des exportations totales), aurait le plus régressé », précise le HCP, qui rappelle que 97 % des voitures exportées par le Royaume sont destinées au marché européen.

Selon le Chef du Gouvernement, Saâdeddine El Othmani, au 3 avril dernier, 126 957 entreprises avaient déclaré un arrêt total ou partiel à cause de la crise sur le portail internet mis en place par la CNSS, ce qui représente 843 678 salariés. Ces derniers ont commencé à percevoir le 8 avril dernier l’aide de 2 000 dirhams par mois (1 000 dirhams pour la période du 15 au 31 mars) déployée par l’État dans le cadre du Fonds spécial Covid-19.

Distribution de l’aide au secteur informel

Du côté du secteur informel, l’aide de 800 à 1 000 dirhams destinée aux ménages bénéficiant de la couverture Ramed a commencé à être distribuée à partir du lundi 6 avril. En ce qui concerne les foyers en dehors du régime Ramed, le dispositif d’aide a été lancé le vendredi 10 avril : la déclaration peut être effectuée par internet sur la plateforme dédiée (www.tadamoncovid.ma).

Toutes ces mesures sont financées par le fonds spécial de gestion de la pandémie du Coronavirus (Covid-19) mis en place par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Selon le décompte opéré par le cabinet Afrique Advisors basé à Casablanca, le fonds a recueilli près de 34 milliards de dirhams.

Néanmoins, la crise va peser sur le budget de l’État. Le mercredi 8 avril, le Maroc a procédé à un tirage sur la Ligne de Précaution et de Liquidité (LPL) souscrite auprès du FMI pour un montant de 3 milliards de dollars, remboursable sur une période de 5 ans, avec une période de grâce de 3 ans. L’objectif est de limiter l’impact de la crise du Covid-19 sur l’économie marocaine et de préserver les réserves de change ainsi que l’équilibre de la balance des paiements.

Par ailleurs, un décret-loi autorisant le dépassement du plafond des emprunts extérieurs a été adopté lundi par le gouvernement puis présenté au Parlement. Pour rappel, la limite avait été fixée par la Loi de Finances 2020 à 31 milliards de dirhams. Selon un communiqué du porte-parole du Gouvernement relayé par l’agence MAP, « cette mesure vise à permettre au pays d’assurer ses besoins en devises […], étant donné qu’un ensemble de secteurs dont le tourisme, les investissements directs étrangers, les secteurs exportateurs et les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont été impactés ».

MasquePort du masque obligatoire

Sur le plan des mesures adoptées pour ralentir l’épidémie, le gouvernement a décidé, lundi 6 avril, d’imposer le port du masque pour toute sortie autorisée du domicile, une décision applicable dès le jour suivant. Des industriels nationaux doivent assurer l’approvisionnement en masques, indique un communiqué conjoint (des Ministères de l’Intérieur, de la Santé, de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’Administration et de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement, de l’Économie Verte et Numérique) relayé par la MAP. Subventionné par le fonds spécial de gestion de la pandémie, leur prix de vente a été fixé à 0,80 dirham l’unité. Néanmoins, plusieurs médias et l’AFP constataient de nombreuses ruptures de stock cette semaine.

Alors que 1 448 personnes ont été testées positives au Covid-19 dont 122 ont guéri et 107 sont décédées (chiffres du Ministère de la Santé au 10 avril à 18 h), le Royaume continue d’augmenter sa capacité en lits hospitaliers. Un hôpital de campagne de 700 lits est en cours d’installation à la Foire de Casablanca à l’initiative des autorités de la Région de Casablanca-Settat, rapporte l’agence MAP. Un hôpital militaire de campagne a également été créé à Nouaceur et vient s’ajouter à celui de Benslimane.

Selon le Chef du Gouvernement Saâdeddine El Othmani qui s’exprimait lundi à l’ouverture du conseil du gouvernement, le Maroc est à un tournant crucial, mais reste au stade 2 de l’épidémie, d’après un communiqué du porte-parole du Gouvernement relayé par la MAP. Il a aussi précisé que, désormais, 80 % des malades du coronavirus au Maroc ont été contaminés localement.

-6 % de croissance au premier trimestre en France

À l’échelle mondiale, les États-Unis sont désormais très largement le pays le plus touché avec 400 000 contaminations, dont près de 15 000 décès. En Italie et en Espagne, plusieurs centaines de personnes décèdent chaque jour, mais l’épidémie est désormais en train de ralentir.

En France, où le cap des 10 000 morts a été franchi, le ralentissement économique sera très important. La Banque de France a estimé mercredi la croissance du PIB au premier trimestre à -6 %. Une « semaine type de confinement » amputerait l’économie française de 32 % de son activité. L’Élysée a déclaré mercredi que le confinement serait prolongé au-delà du 15 avril, alors que de premiers signes d’essoufflement de l’épidémie apparaissent, notamment une baisse des admissions en réanimation.

Pour faire face à la hausse du chômage, la Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen a annoncé le 2 avril dernier le lancement par l’Union européenne d’un dispositif de réassurance chômage et doté de 100 milliards d’euros. Elle a aussi indiqué mardi que l’Union européenne allait soutenir les pays les plus vulnérables de la planète, et en particulier l’Afrique, à hauteur de 15 milliards d’euros.

De son côté, la Banque africaine de développement a précisé qu’elle mettait en place un fonds de 10 milliards de dollars pour permettre aux pays africains de lutter contre la pandémie. L’Agence française de développement a pour sa part lancé l’initiative « Covid-19 – Santé en commun » pour les pays les plus vulnérables qui prévoit un montant de 150 millions d’euros sous forme de dons et d’un milliard d’euros sous forme de prêts.

L’ONG Oxfam a alerté jeudi sur l’impact de la crise, qui pourrait faire basculer un demi-milliard de personnes dans la pauvreté si aucune mesure n’est prise pour aider les pays en développement.

Rémy Pigaglio

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