Le point sur la crise du Covid-19 au Maroc

Le HCP indique dans une enquête que près de 57 % des « entreprises organisées » ont arrêté ou réduit leur activité à cause de la crise, alors que l’état d’urgence sanitaire a été prolongé jusqu’au 20 mai prochain.

Samedi dernier, l’état d’urgence sanitaire, qui avait été déclaré le 20 mars pour faire face à l’épidémie de Covid-19, a été prolongé jusqu’au 20 mai prochain sur l’ensemble du territoire national par le Gouvernement. Il devait initialement se terminer le 20 avril.

Vendredi 24 avril à 10 h, le Maroc comptait 3 692 personnes testées positives au nouveau coronavirus. 155 sont décédées et 478 ont guéri. Par ailleurs, 19 124 tests se sont révélés négatifs.

Alors que certains pays ont entamé des mesures de déconfinement, le Royaume a maintenu pour le moment toutes les mesures visant à prévenir la propagation du virus, dont le confinement, la fermeture des commerces non essentiels ou encore le port du masque obligatoire. Le déconfinement se déroulera de manière progressive, a affirmé le 20 avril le Ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, devant la Chambre des représentants, selon l’agence MAP.

La fabrication des masques en tissu non tissé, dont le prix de 0,80 dirham est subventionné par le Fonds spécial Covid-19, est désormais soumise à la norme NM ST 21.5.200, a indiqué dimanche le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Économie Verte et Numérique. Le Maroc est censé en produire 5 millions d’unités par jour, mais des pénuries sont toujours constatées par les médias.

Crédit à taux zéro pour les autoentrepreneurs

Lundi 20 avril, le Comité de Veille Économique (CVE) mis en place par le Ministère de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’Administration a tenu sa cinquième réunion et a annoncé une nouvelle série de mesures. Le CVE a notamment décidé de mettre en place un crédit à taux zéro pour les autoentrepreneurs impactés par la crise du Covid-19 pouvant atteindre un montant de 15 000 dirhams. Disponible à partir du 27 avril, il est remboursable sur une période pouvant aller jusqu’à trois ans avec un délai de grâce d’un an. « Les intérêts y afférents seront totalement pris en charge par le secteur des assurances », indique le communiqué.

Le Comité a aussi décidé d’étendre la garantie Damane Oxygène de la CCG aux entreprises du secteur immobilier, d’assouplir les procédures de déclaration des salariés affiliés à la CNSS qui sont en arrêt provisoire et de mettre en place un traitement comptable dérogatoire pour étaler les dons et charges relatives à la période d’état d’urgence sanitaire sur cinq ans.

Selon le même communiqué, le Ministre de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’Administration, Mohamed Benchaâboun, a par ailleurs indiqué au cours de la réunion que 200 000 ménages du secteur informel bénéficiant de la couverture médicale Ramed ont reçu à ce jour l’aide d’un montant de 800 à 1200 dirhams. Les ménages non-ramedistes percevront cette aide à partir du 23 avril.

De son côté, le Groupement Professionnel des Banques du Maroc (GPBM) a annoncé dans un communiqué relayé par la MAP que « près de 400 000 demandes de report d’échéances de crédit ont été traitées et validées avec un taux de rejet ne dépassant guère 4 % ». Sur requête du CVE, les banques ont en effet offert la possibilité aux entreprises touchées par la crise de reporter leurs échéances de crédit.

La mise en œuvre de cette mesure par les banques a parfois été critiquée par des opérateurs économiques. Le GPBM a jugé les critiques « injustifiées », affirmant que les banques ont bien mis en place ces mesures et participé à la distribution des aides aux ménages décidées par le CVE.

L’hébergement et la restauration, secteurs les plus touchés par la crise

Malgré les mesures mises en place pour amortir les effets de la crise, l’économie tourne au ralenti, comme l’ont confirmé les résultats d’une enquête de conjoncture du Haut-Commissariat au Plan (HCP) dévoilée le 22 avril. Celle-ci a été réalisée par téléphone entre les 1er et 4 avril 2020 auprès d’un échantillon de 4 000 « entreprises organisées ». L’institution indique que, début avril, près de 143 000 entreprises, soit 57 % du total des entreprises, ont déclaré avoir arrêté définitivement ou temporairement leurs activités. 6 300 ont arrêté leur activité de manière définitive.

« Les secteurs les plus touchés par cette crise sont l’hébergement et la restauration avec 89 % d’entreprises en arrêt, les industries textiles et du cuir et les industries métalliques et mécaniques avec 76 % et 73 %, respectivement, ainsi que le secteur de la construction avec près de 60 % des entreprises en arrêt », détaille le HCP. 726 000 postes ont été « réduits » temporairement ou définitivement, soit 20 % de la main d’œuvre des entreprises organisées.

Sur le plan international, si les mesures de confinement restent en vigueur dans la plupart des pays touchés par l’épidémie, certains ont commencé à lever les restrictions. Le 20 avril dernier, l’Allemagne a permis la réouverture de certains magasins. Le pays, qui a notamment pratiqué une campagne de tests massive, a recensé 150 000 personnes infectées dont 5 300 sont décédées. Le Danemark, l’Iran ou encore la Norvège ont aussi permis le redémarrage de certaines activités.

La province de Hubei en Chine avait, de son côté, débuté le déconfinement fin mars. Alors que Pékin fait l’objet d’accusations de dissimulation de l’ampleur de l’épidémie, la mairie de Wuhan, berceau de l’épidémie, a réévalué la semaine dernière le nombre de décès liés au Covid-19 dans la ville à 4 632, soit une hausse de 50 %.

En France, si la date d’un déconfinement progressif a été fixée au 11 mai prochain, le Premier Ministre Édouard Philippe a indiqué dimanche que les Français ne retrouveront « probablement pas avant longtemps » leur « vie d’avant ». Lundi, le cap symbolique des 20 000 morts a été franchi dans le pays.

 

Rémy Pigaglio

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