Le Maroc en retard sur son objectif en matière d’énergies renouvelables

Le Royaume visait une part de 42 % d’énergies renouvelables dans la capacité de production d’électricité en 2020. Le Ministre de l’Énergie Aziz Rabbah veut désormais se concentrer sur le seuil de 52 % en 2030 et assure qu’il sera atteint bien avant.

Les statistiques du bilan 2020 de l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable (ONEE) ont dévoilé, fin janvier, la part des énergies renouvelables dans la capacité de production électrique du Maroc. Sur les 10 557 MW de capacité installée à fin 2020, 36,8 % sont issus des énergies renouvelables.

Malgré les nombreux projets d’énergie solaire ou éolienne lancés, le Royaume n’est donc pas parvenu à remplir l’objectif qu’il s’était fixé, à savoir que la part des énergies renouvelables atteigne 42 % de la capacité de production électrique totale en 2020. Cet horizon avait été déterminé dans la foulée de la stratégie énergétique nationale initiée en 2009 et qui prévoyait pour la première fois d’engager d’ambitieux projets solaires et éoliens.

Invité le 26 mars par la Fondation Links (présidée par l’ancien Ministre des Finances Mohamed Berrada) pour une conférence sur « Les défis de la politique énergétique au Maroc », le Ministre de l’Énergie, des Mines et de l’Environnement Aziz Rabbah, a reconnu le retard enregistré par le Royaume. « Il y a essentiellement deux facteurs qui l’expliquent », a-t-il indiqué. Le premier, selon le Ministre, serait la croissance de la demande en électricité qui n’a pas été au rendez-vous. « On ne pouvait donc pas continuer à développer des projets », précisait-il.

Le second facteur serait la question du foncier et la problématique de l’expropriation, « qui peut demander beaucoup de temps », a souligné le Ministre. Mais Aziz Rabbah l’assure : « ces deux facteurs ont retardé quelques projets, mais ce sera rattrapé en 2024-2025 ».

Le 22 octobre dernier, un communiqué du Cabinet Royal publié à l’occasion d’une séance de travail dédiée à la stratégie des énergies renouvelables révélait que Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait déjà constaté des défaillances. « Au cours de cette séance, le Souverain a relevé un certain nombre de retards pris dans l’exécution de ce vaste projet et a attiré l’attention sur la nécessité de faire aboutir ce chantier stratégique dans les délais impartis et suivant les meilleures conditions, en agissant avec toute la rigueur requise », relayait le communiqué.

Le mix énergétique reste aujourd’hui dominé par les hydrocarbures, avec une part de 52 % selon un avis du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) consacré à la transition énergétique et publié en juillet 2020. Le Conseil constatait que « [la] stratégie énergétique adoptée en 2009 a permis de consolider de nombreux acquis et doit désormais être revisitée ». Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, près de 64 % de l’électricité produite (qui diffère de la capacité installée) par le Royaume en 2019 était issue du charbon, 11 % de l’éolien et 11 % du solaire.

L’institution présidée par Ahmed Reda Chami avait aussi critiqué les choix technologiques effectués par la Masen, l’agence publique chargée de développer les projets d’énergies renouvelables. Celle-ci a en partie misé, pour l’énergie solaire, sur la technologie CSP, jugée trop chère. Le CESE calculait ainsi le déficit des centrales solaires Noor I, II et III à 800 millions de dirhams par an.

Si l’objectif d’élever la part des énergies renouvelables à 42 % de la capacité de production électrique a pris quelques années de retard, le pays a néanmoins réalisé des progrès considérables depuis le lancement en 2009 de la stratégie énergétique nationale.

La part des énergies renouvelables hors hydroélectricité était alors négligeable. Depuis, selon le département d’Aziz Rabbah, ce sont 47 projets d’énergie solaire, éolienne ou hydroélectrique qui ont été lancés pour plus de 50 milliards de dirhams d’investissements.

L’objectif mis en avant est désormais celui d’atteindre 52 % d’énergies renouvelables dans la capacité installée en 2030. Un objectif que Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait dévoilé en 2015 à l’occasion de la COP21 organisée à Paris. « Nous sommes certains, sauf s’il y a des chamboulements de la demande, ou encore si l’hydrogène rentre rapidement dans la donne, que nous serons au plus tard en 2026 au-delà de 52 %, anticipait Aziz Rabbah, toujours lors de la conférence de la fondation Links. En 2030, nous serons peut-être même à 64 %, ou autour de 60 % ».

 

 

Rémy Pigaglio

 

 

 

 

 

 

 

 

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