Invité de Conjoncture : Mohammed Tawfik Mouline, Directeur Général de l’IRES

Interview de Mohammed Tawfik Mouline Directeur Général de l’Institut Royal des Études Stratégiques (IRES)

« Le Maroc doit intégrer le changement climatique dans toutes les politiques publiques »

Quels sont les impacts du changement climatique sur le Maroc ?
Le Maroc est fortement concerné par le changement climatique. Sur les 50 dernières années, la température moyenne a augmenté de 0,16 °C par décennie. Les évènements extrêmes se sont également multipliés, notamment les sécheresses, les inondations… Le changement climatique nous le vivons donc au Maroc et nous le subissons. Les projections montrent que, d’ici la fin du siècle et dans le scénario de l’inaction, l’augmentation de la température serait de l’ordre de 2 °C sur la côte atlantique et pourrait atteindre 5 à 6 °C sur la partie orientale du Maroc. Les amplitudes de variation sont réellement importantes.

Quel est votre regard sur l’approche environnementale mise en place par le Maroc depuis quelques années ? Quelles ont été les avancées et quels sont les grands chantiers qui restent à mettre en œuvre ?
Le Maroc a lancé sa politique de barrages au milieu des années 60. À l’époque, on ne parlait pas encore de responsabilité humaine en matière de changement climatique. Heureusement que, lorsque la problématique de l’eau s’est révélée et que la prise de conscience s’est généralisée, le Maroc avait déjà édifié toute une infrastructure de barrages qui a permis de sécuriser l’approvisionnement en eau du pays en période de sécheresse. La problématique du Maroc n’est pas une problématique d’atténuation, mais d’adaptation au changement climatique. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas agir au niveau de l’atténuation. Nous avons commencé à développer les énergies renouvelables, d’une part pour limiter le rejet de gaz à effet de serre, mais aussi pour réduire la lourde facture en matière d’importation d’énergie.
Donc, la vraie problématique du Maroc, et des pays en voie de développement en général, c’est l’adaptation au changement climatique, à savoir comment s’adapter à un phénomène auquel nous n’avons pas contribué. L’atténuation et l’adaptation ne sont pas contradictoires, mais complémentaires, il faut agir sur ces deux volets. Le Maroc a mené des politiques en matière d’eau, d’agriculture… Le Maroc doit, à présent, intégrer le changement climatique dans toutes les politiques publiques. Aujourd’hui, l’eau doit être placée au cœur des politiques publiques, d’autant plus que les ressources en eau par habitant diminuent avec la progression démographique et sous l’effet du changement climatique. Le risque de dégradation de la qualité de l’eau est élevé. Je pense que le Maroc a fait énormément sur le plan réglementaire. Maintenant, c’est surtout au niveau de la cohérence des politiques publiques et de l’intégration du changement climatique dans ces politiques publiques qu’il faut agir.

Le Maroc se positionne depuis quelques années comme pays producteur d’énergies renouvelables : le pari est-il gagné ?
Pour ce qui concerne le volet relatif à l’atténuation des gaz à effet de serre, le Maroc s’est effectivement engagé dans un programme ambitieux de développement des énergies renouvelables. Ces dernières vont contribuer à hauteur de 40 % de la production d’énergie électrique en 2020. L’objectif de 52 % à atteindre à l’horizon 2030 requiert pour sa concrétisation plus qu’un doublement de la capacité installée en énergies renouvelables et ce, compte tenu du rythme relativement élevé de progression des besoins en énergie électrique du Maroc.

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans la revue Conjoncture de novembre, réservée aux adhérents de la CFCIM.

Couv Conjoncture

 

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